Exclusif – Parfumerie / Cosmétiques: un secteur qui peut mieux faire

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Le Centre Technique de la Chimie (CTC), en collaboration avec la Chambre syndicale du Secteur de la Parfumerie et des Cosmétiques relevant de l’UTICA, ont piloté et lancé une étude. Elle concerne le positionnement stratégique du secteur des produits cosmétiques, d’hygiène corporelle et de parfumerie en Tunisie. Le groupement de bureaux d’études tunisiens SCE et MBM Consulting menaient l’étude. Nous en présentons les résultats à nos lecteurs.

L’étude révèle les points forts et les aspects à améliorer du secteur parfumerie / Cosmétique. Ainsi, un comité de pilotage impliquant les acteurs publics et privés du secteur a suivi l’étude. Le CTC annonce donc les résultats de l’étude, aujourd’hui 7 décembre, lors d’un atelier au siège de l’UTICA.

Principaux indicateurs de cette étude

Tout d’abord, l’étude présente l’état des lieux du secteur en Tunisie.

Ainsi, la branche compte 774 entreprises de fabrication dont 75% sont sans salariés déclarés. En effet, seules 60 unités se composent de plus de six salariés. Ces entreprises emploient en 2019 près de 7 600 salariés. La production à prix courants de la branche enregistrait une forte croissance sur la période 2005-2018. Avec un taux annuel moyen de 11,2%, passant de 91 MDT à 362 MDT. Les importations globales de la branche avoisinent les 455 MDT en 2019; contre 269 MDT d’exportation. Soit un taux de couverture d’environ 60%.

En outre, l’année 2020 enregistrait une forte baisse des échanges, à cause de la pandémie de COVID-19. Les exportations évoluaient à un rythme plus accéléré que les importations au cours des cinq dernières années (24% contre 12%). Ce qui permettait d’améliorer le taux de couverture et de réduire le déficit de la balance de la branche. Et ce, malgré le fait que la quasi totalité des intrants soit importée. Effectivement, plusieurs contraintes freinaient le développement de la fabrication tunisienne des cosmétiques. Notamment :

  • Une offre locale d’intrants et d’emballages très peu développée ne répondant pas dans la plupart des cas aux exigences de qualité et de compétitivité requises par la branche.
  • Une forte pression fiscale sur certains produits ayant encouragé la prolifération du marché parallèle.
  • La taxation de certaines provenances de matières limitant les possibilités de sourcing des entreprises locales.
  • L’absence d’un cadre juridique spécifique et adapté; conjuguée de plus au manque de moyens des organismes de contrôle sur le marché.
  • Les délais de contrôle de qualité et les difficultés logistiques pour le commerce extérieur.
  • L’absence de cursus de formation spécialisés. Avec une offre locale de formation continue et d’assistance peu développée dans les domaines spécifiques.
  • Un potentiel de plantes aromatiques et médicinales peu valorisé au niveau de la fabrication locale.
  • Un tissu très dense de micro-entreprises non structurées et peu intégrées dans les circuits formels.

Production mondiale et marchés potentiels à l’export

Le marché mondial des produits cosmétiques est estimé à plus de 500 milliards $ en 2019. Avec une croissance annuelle moyenne de 5% au cours des cinq dernières années. Elle est portée essentiellement par: l’augmentation de la consommation dans les pays émergents; l’urbanisation; l’augmentation des dépenses allouées à la beauté et l’hygiène; et l’effet d’internet et des réseaux sociaux.

Par ailleurs, ce sont les leaders mondiaux qui dominent le marché. Tels que l’Oréal, Unilever, Procter & Gamble et autres… Les échanges commerciaux connaissent également une évolution continue. D’ailleurs, ils représentent près de 30% du marché mondial. Avec la France comme leader du marché, grâce notamment à ses acteurs dans l’industrie du luxe.

En outre, les pays limitrophes et l’Afrique subsaharienne restent les principaux marchés potentiels pour la Tunisie. Et ce, compte tenu de leurs perspectives de croissance et des spécificités de la demande qui correspond à l’offre tunisienne. A cet égard, la demande dans certains pays de l’Afrique subsaharienne augmente à plus de 10% par an; avec une industrie locale relativement peu développée.

Cependant que les marchés matures comme la France, leader mondial du secteur, offrent des possibilités très limitées de positionnement pour des produits en provenance de fournisseurs comme la Tunisie. Néanmoins, ces marchés enregistrent des mutations assez remarquables. Puisqu’elles sont portées par des nouvelles tendances de distribution ou de choix de produits naturels ou bio. Ces derniers pourraient générer des possibilités d’exportation pour certains produits tunisiens basés sur des intrants locaux et authentiques.

Perspectives et plan de développement du secteur parfumerie / cosmétiques

La consommation moyenne des produits cosmétiques par habitant en Tunisie enregistre une forte croissance depuis plus d’une décennie. Et ce, avec un taux annuel moyen dépassant les 12%. La moyenne des dépenses par habitant se situe à environ 170 DT par an. Ce niveau est encore très faible comparé à la moyenne des dépenses dans certains pays développés comme la France qui dépasse les 1200 DT par an. La consommation mondiale devrait continuer à évoluer à rythme moyen de plus de 5% dans les prochaines années. Avec une forte croissance dans les pays en développement, dépassant les 10% par an.

Ainsi, le potentiel de croissance du secteur en Tunisie est encore très important. Et ce, moyennant la mise en place de mesures permettant aux fabricants locaux d’exploiter convenablement les opportunités sur le marché local. Ainsi que sur certains marchés à l’export, comme ceux des pays limitrophes et/ou de l’Afrique subsaharienne.

Partant de là, l’étude propose une vision et une stratégie pour le secteur tunisien des cosmétiques, des parfums et des produits d’hygiène corporelle à l’horizon 2030. Laquelle permettrait de consolider son positionnement sur le marché local qui enregistre une forte croissance. Mais aussi de stimuler les exportations en exploitant les opportunités dans les marchés potentiels. Cette stratégie se décline en quatre axes.

  • Premier axe : Amélioration du cadre réglementaire et normatif et renforcement du contrôle.
  • Deuxième axe : Structuration des entreprises, innovation et intégration.
  • Troisième axe : Développement des exportations.
  • Quatrième axe : Renforcement du dispositif d’appui.

Ces axes se déploient en une vingtaine d’actions et de mesures impliquant toutes les parties prenantes du secteur. La valeur du coût global de ce plan d’action est de 11,2 MDT pour la période 2022-2030. Dont 6,1 MDT financés par l’État et 5,1 MDT à la charge du secteur privé.

Ce plan d’action vise donc à réaliser, selon les scénarii, une croissance annuelle moyenne de la production du secteur entre 8% et 12%; et entre 7% et 10% pour les exportations. En termes d’emploi, cela devrait permettre alors de créer entre 7000 et 10 000 postes sur les dix prochaines années.

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