Ce n’était ni le moment ni l’endroit

Kaïs Saïed

Présidant mardi 30 novembre le Conseil supérieur des Armées, le chef de l’Etat s’est lancé dans une violente diatribe contre ses ennemis politiques. Était-il opportun pour Kaïs Saïed d’évoquer des querelles internes devant des militaires dont le rôle essentiel est de défendre la Patrie, pas de s’immiscer dans la politique politicienne?

Pourquoi à chaque sortie médiatique, devenue quasi quotidienne, le président de la République, Kaïs Saïed, donne-t-il la pénible impression qu’il est encore candidat à une élection? Et qu’il est resté dans ses envolées lyriques et ses diatribes?

Pourquoi n’endosse-t-il pas, enfin, son costume présidentiel? En se plaçant au dessus de la mêlée et en jouant son rôle du père de la Nation vis-à-vis de tous les Tunisiens, sans exception. Même ceux qui « complotent dans les bars ». Pourquoi cliver les Tunisiens en patriotes et traitres?

Enfin, de qui a-t-il peur, lui qui dispose de tous les pouvoirs? Alors qu’il continue encore de bénéficier d’un très large soutien populaire. Sachant qu’une large majorité lui est reconnaissante d’avoir balayé un système politique pourri jusqu’à la moelle. Surtout, d’avoir fait obstacle à un islam politique en dehors du temps et de l’espace

Redondance

Et c’est ainsi que présidant mardi 30 novembre le Conseil supérieur des Armées, on s’attendait à ce que le chef de l’Etat, en sa qualité du chef suprême des Armées, s’adresse aux cadres supérieurs militaires pour évoquer les sujets ayant trait à la sécurité nationale. Au lieu de cela, nous avons eu droit à un pamphlet lassant et redondant. Où tous les moyens étaient bons pour critiquer, décrédibiliser et diaboliser ses ennemis politiques. Sans jamais les nommer bien entendu.

Eux et moi

« A un certain moment, ils ont cru que j’étais l’un des leurs, que je pouvais être impliqué dans leur complot. Mais ils se sont trompés d’adresse. Je ne suis pas l’un d’eux et ils ne sont pas de moi ». Ainsi, s’est-il écrié d’un ton rageur, le visage fermé. Puis, Kaïs Saïed poursuivait: « La loi devrait être appliquée à tous sur un pied d’égalité. Aucune connivence avec l’étranger ne les protégera; aucune alliance ne leur sera utile ».

« La conscience de certaines personnes, ou le peu qui en reste, à supposer qu’ils aient vraiment une conscience, a été monnayée par l’argent sale, de l’argent de contrebande. Et de l’argent qui arrive de l’étranger dans des valises », martelait le Président. Tout en promettant de protéger notre pays contre ceux qui « se jettent dans les bras des puissances hostiles à la Tunisie ».

« Quoiqu’il en soit, la loi va s’appliquer à tout le monde », a-t-il conclu, d’un ton menaçant.

Des réunions dans les tavernes

Et de poursuivre, en pointant du doigt ces soldats de l’ombre: « Ils se réunissent matin et soir dans les bars et les restaurants. Et se targuent de posséder dans leurs rangs des grandes compétences », ironisait le Président. « Oui, nous avons besoin de compétences; mais surtout besoin de personnes honnêtes et fidèles à la patrie. Alors qu’eux, ils sont compétents dans la gestion de la contrebande d’argent et de la violation de la loi ».

Encore une fois, un insupportable discours manichéen. A savoir: eux et nous; la vertu contre le Mal; le patriotisme contre l’allégeance aux ennemis de la Tunisie. Mais qui sont-ils Monsieur le Président? Pourquoi ne pas appeler un chat un chat? Et traduire « ceux qui manigancent leurs plans dans les tavernes » devant la justice dont les clés sont, pour le moment, entre vos mains?

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