Les dinosaures des temps modernes

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Dans son livre fascinant « Patience dans l’azur », l’astrophysicien canadien Hubert Reeves nous apprend que le soleil a déjà consommé la moitié de son carburant. C’est-à-dire qu’il ne lui reste plus que quatre ou cinq milliards d’années à vivre. Exagérément optimiste, Reeves pense sérieusement que nos lointains descendants vivront les ultimes convulsions du soleil avant sa disparition. Plus optimiste encore, notre astrophysicien pense que d’ici là, l’humanité aura les moyens techniques de ne pas succomber à cette fatalité… En transportant la planète Terre vers une autre étoile plus jeune où elle serait mise en orbite et pourrait ainsi recevoir de nouveau chaleur et lumière pour quelques milliards d’années supplémentaires…

Cette belle fanfaronnade typiquement humaine, Hubert Reeves l’a peut-être conçue suite à un excès de frustration face au caractère fondamentalement éphémère de la vie.

L’homme n’étant pas éternel, alors faisons en sorte que l’humanité, elle, puisse l’être. Et si l’on pousse encore plus loin et l’on considère que l’humanité, après tout, n’est qu’un seul homme qui ne cesse d’apprendre et de découvrir, en entrant toutefois de temps en temps en guerre contre lui-même, alors la question de l’éternité est résolue et notre astrophysicien peut être satisfait.

Le problème est qu’Hubert Reeves a conçu son plan d’éternité humaine à un moment où les questions du changement climatique et du réchauffement de la planète ne se posaient pas. Dans les années soixante et soixante dix du siècle dernier, l’humanité avait d’autres soucis et était à mille lieux de penser qu’un jour elle serait confrontée à un défi existentiel qui ferait peser sur l’humanité le risque de devenir les dinosaures des temps modernes.

Aujourd’hui, l’astrophysicien canadien, qui vit toujours dans son Montréal natal, devrait être l’un des hommes les plus perplexes de la Terre. Sa perplexité a dû atteindre des sommets en cette année de grâce 2021 où la chaleur estivale a atteint les 48°C au Canada…

Survivra-t-on jusqu’à l’an 2100?

Après avoir rêvé d’une humanité qui survivrait à la mort de son étoile, Hubert Reeves devrait se rendre à l’évidence que cette humanité, si fragile, se trouve confrontée aujourd’hui à un danger existentiel, suite à l’élévation continue des températures terrestres.

L’astrophysicien canadien ne peut pas ne pas reconnaitre que le principal défi aujourd’hui n’est plus si l’humanité peut survivre à l’extinction du soleil, mais si elle peut survivre jusqu’à l’an 2100 ?…

Il va sans dire que l’élévation des températures n’est pas causée par un accès de fureur de l’astre qui nous éclaire et nous réchauffe. Mais par l’effet de serre résultant du rejet continu dans l’atmosphère du gaz carbonique, depuis l’invention du premier moteur à explosion jusqu’à ce jour.

Les dinosaures des temps antiques n’avaient aucune responsabilité dans leur extinction. Un jour, alors qu’ils vaquaient tranquillement à leurs occupations quotidiennes, une météorite leur tomba dessus, provoquant un épais nuage de poussière qui voila le soleil pendant plusieurs années.

S’il s’avérait que nous sommes les dinosaures des temps modernes, nous serions alors les principaux responsables de notre extinction et de celles de plusieurs espèces animales et végétales. Cette possibilité n’est plus à exclure quand on sait que, de l’avis de la plupart des spécialistes, les dés sont jetés.

Dangers multiples et variés

Les dangers qui nous guettent sont multiples et variés. La calotte polaire dans le Grand Nord est bel et bien entamée et le processus d’élévation des niveaux des mers est en marche. Des îles entières seront submergées et plusieurs villes côtières, dont Tokyo, Shanghai, New York ou encore la Nouvelle Orléans, seront dévastées.

Plus graves et plus immédiats sont les dangers qui pèsent sur l’agriculture et donc sur la nourriture de l’humanité. Le climat est devenu nettement plus violent et plus extrémiste. Les sècheresses, les inondations et les incendies de forêts plus dévastateurs et plus fréquents.

Les grands pays pollueurs, c’est-à-dire essentiellement ceux du Nord industrialisé, responsables en premier lieu du désastre à venir, ont d’autres inquiétudes: les migrations massives des multitudes affamées que les stratèges américains et européens considèrent comme la principale source d’insécurité des décennies à venir et à laquelle ils comptent se préparer militairement.

Au sud, il y a de grands pays pollueurs aussi (Chine, Inde, Brésil etc…). Mais ceux-ci n’ont pas entièrement tort de considérer comme une injustice leur mise à l’index au même titre que les pays du Nord qui, eux, polluent depuis des siècles.

Il faut dire que ce genre de débats sur qui a fait quoi n’a pas trop de sens. Nous sommes tous embarqués sur le même navire. Et quand un navire prend l’eau pour cause de surcharge, il est fatal de perdre un temps précieux à conspuer ceux qui ont les bagages les plus lourds.
Tout comme les passagers d’un navire en danger n’ont d’autre choix que de confier leur sort à l’équipage, les habitants de la planète Terre n’ont d’autre choix que de confier leur sort au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le fameux GIEC. Lequel souffle, depuis 1988, le chaud et le froid, si l’on peut dire.

La prochaine grande réunion internationale sur le climat est prévue en novembre prochain en Ecosse. Elle n’aura probablement pas plus d’impact que celles de La Haye, de Rio de Janeiro, de Kyoto ou encore celle de Paris.

En attendant, le soleil, assuré désormais que jamais l’un de nos lointains descendants n’assistera à son agonie, continue imperturbablement de nous réchauffer, chaque jour un peu plus que le précédent.

 

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