Suspension de Béchir Akremi, l’ancien procureur de la République : une affaire explosive

Béchir Akremi

Accusé par ses détracteurs d’être un proche d’Ennahdha, l’ancien procureur de la République, Béchir Akremi, est suspendu par ordre du Conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature. Et son dossier est transféré au Ministère public. Un coup dur pour le parti islamiste. Car on le soupçonne d’avoir utilisé ce haut magistrat pour étouffer certains dossiers sensibles.

La chute de l’ancien procureur de la République, Béchir Akremi, sonne-t-elle le glas de la fin de la mainmise pesante d’Ennahdha, via Noureddine Bhiri, sur l’appareil judiciaire?

L’annonce est tombée comme un couperet dans la soirée de mardi 13 juillet 2021. Le Conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a décidé, enfin, d’engager une mesure disciplinaire contre le magistrat. Et ce, en procédant à sa suspension et au transfert de son dossier devant le Ministère public relevant du Tribunal de première instance de Tunis. On le soupçonne, entre autres, d’avoir dissimulé des preuves dans l’enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Une mesure courageuse donc au regard des pressions énormes qui auraient été exercées sur le CSM pour blanchir un haut magistrat sur lequel pèsent de très lourdes charges.

Du jamais vu dans les annales de la République

Pour rappel, la ministre de la Justice par intérim, Hasna Ben Slimane, avait transmis au mois de mars dernier au Conseil de discipline du CSM les dossiers de Taieb Rached et Béchir Akremi. Ceux-ci sont respectivement procureur de la République et premier président de la Cour de Cassation.

Une première dans les annales de la République. En effet, Taieb Rached accuse Béchir Akremi d’avoir dissimulé des preuves importantes dans les dossiers de l’assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Ce qui a contribué, selon lui, à faire obstruction à la justice et à ne pas révéler la vérité sur l’assassinat des deux martyrs.

Pour sa part, Akremi accuse Taieb Rached de corruption financière et de possession de biens non déclarés.

Fin novembre dernier, le Conseil de l’ordre judiciaire décida de lever l’immunité du premier président de la Cour de cassation Taieb Rached. Tout en chargeant le Parquet près le Tribunal de première instance de Tunis d’enquêter sur les fuites de données concernant des suspicions de crimes en rapport avec l’affaire Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Ainsi que des suspicions de crimes de corruption financière et de terrorisme.

Vers l’internationalisation des affaires Belaïd et Brahmi?

D’autre part, le Comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi déposait, jeudi dernier, une plainte. Et ce, auprès du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Contre les infractions commises par le juge Béchir Akremi dans les affaires Belaïd et Brahmi.

De plus, l’avocat et membre du Comité, Abdennaceur Aouini, indiquait hier mardi 13 juillet 2021, que le Comité envisageait de poursuivre en justice la ministre de la Justice par intérim Hasna Ben Slimane. L’accusant « d’avoir déployé tous les moyens pour récupérer des éléments de preuve qui accablent Béchir Akremi et ne pas les avoir remis au Conseil de l’Ordre judiciaire en charge du dossier disciplinaire du juge ».

Graves accusations

Il convient de souligner que le Comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi avait diffusé le contenu du rapport de l’enquête menée par l’inspection générale relevant du ministère de la Justice sur l’affaire Béchir Akremi. En pointant du doigt « les manquements commis par l’ancien procureur de la République dans plusieurs affaires; des dossiers enterrés ou ignorés; des procès-verbaux inachevés ou bâclés concernant des crimes terroristes; ou encore de preuves scientifiques non incluses dans les dossiers ou de PV non consignés ».

A signaler également que le même Comité avait publié une vidéo, vendredi 2 juillet 2021, sur sa page FB accusant Rached Ghannouchi « d’avoir personnellement interféré au profit de Béchir Akremi dans le but de lui porter secours ». Le président de l’ARP, aurait, toujours selon la même source, contacté un juge qui n’est pas membre du Conseil supérieur de la magistrature « pour sceller un deal permettant à la fois à Taieb Rached de se retirer et à Béchir Akremi d’être blanchi ».

Une affaire explosive. A suivre.

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