Choix cornélien pour les magistrats détachés : la robe noire ou la démission

magistrats

La décision du Conseil de l’Ordre judiciaire de mettre fin au détachement des magistrats occupant des postes politiques a été unanimement saluée. Toutefois, elle risque d’être mal interprétée vu les circonstances actuelles. Explications.

 Y a-t-il un lien entre la mise à l’écart brutale et controversée d’un haut magistrat et la dernière décision tant attendue et tant espérée? Celle qu’en effet annonçait le Conseil de l’Ordre judiciaire relative aux magistrats détachés? Dans l’affirmative, la concomitance pourrait prêter à confusion.

Timing troublant

Rembobinage des faits. Le président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC), Imed Boukhris a été démis de ses fonctions dans la matinée du lundi 7 juin 2021. Puis il était remplacé illico presto par un autre magistrat, Imed Ben Taleb.

Un jour plus tard, soit dans la soirée de mardi 8 juin en cours, le Conseil de l’ordre judiciaire (COJ) annonçait « avoir émis des décisions individuelles. Elles mettent fin au détachement des magistrats occupant des postes au sein de la présidence de la République. Ainsi qu’au sein de la présidence du gouvernement, des ministères et autres instances ».

Le COJ s’est fendu d’un communiqué pour justifier cette décision. Il la motive par le souci « de consacrer les principes d’indépendance et d’impartialité. Et de mettre le pouvoir judiciaire à l’abri de tous les tiraillements politiques, découlant du détachement des magistrats auprès des institutions précitées ».

Une décision louable car elle consacre la sacro-sainte indépendance de la Justice. De même qu’elle protège les magistrats nommés dans des postes politiques contre les tentatives de les entrainer dans les conflits politiques.

Comme ce fut le cas du président de l’INLUCC, magistrat de son état, qui fut empêtré à son insu dans le conflit larvé entre La Kasbah et le palais de Carthage. En effet, Imed Boukhris étant réputé proche du président de la République; ce qui aurait précipité sa disgrâce.

La toge ou la démission

Ainsi, conformément à cette décision contraignante, tout juge judiciaire voulant occuper un poste politique au sein « de la présidence de la République, la présidence du gouvernement, les ministères et autres instances de ces deux institutions » devra d’abord démissionner de sa fonction de magistrat.

Cela veut-il dire que le nouveau président de l’Instance de lutte contre la corruption, fraîchement nommé, doit démissionner de sa fonction de magistrat? Et troquera-t-il la toge pour un poste politique à haut risque et sans filet?

D’autre part, la décision émise par le Conseil de l’ordre judiciaire, d’ailleurs unanimement saluée, ne risque-t-elle pas d’être interprétée comme un moyen de pression sur le magistrat occupant un poste politique. Comme se fut le cas pour M. Boukhris d’être démis de ses fonctions car il n’était pas aux ordres. Soit la toge, soit la retraite émancipée?

Imed Boukhris se lâche

D’autre part, on murmure qu’un différend politique opposait Imed Boukhris au chef  du gouvernement. L’ancien patron de l’INLUCC aurait obstinément refusé de recevoir les déclarations des biens des ministres nommés par Hichem Mechichi. Sous prétexte que  ces derniers n’ont pas encore prêté serment. D’où le soupçon qu’il avait une certaine proximité, voire qu’il était de mèche avec le président de la République, Kaïs Saïed.

D’ailleurs, blessé dans son orgueil, Imed Boukhris, est revenu sur son limogeage lié, selon lui, à la corruption du système de gouvernance actuel. Expliquant son silence dans le passé par le respect du principe du devoir de réserve.

« L’INLUCC ne sera pas une machine de blanchiment de l’image de qui que ce soit. Et je ne serai pas le témoin fallacieux d’un système corrompu dirigé par des politiciens qui prennent des décisions arbitraires contre l’intérêt du peuple tunisien ». Ainsi, affirmait-il dans une interview accordée au quotidien arabophone Le Maghreb, dans son édition parue du mercredi 9 juin 2021.

Dans la foulée, Imed Boukhris révèle notamment que plus de 20 mille doses du vaccin AstraZeneca, réceptionnées par la Tunisie, ont vu leur date de péremption expirer le 31 mai dernier. Soulignant à l’occasion que l’instance avait lancé une alerte à ce sujet. Cette information a été catégoriquement démentie par le ministère de la Santé.

Affaire à suivre.

 

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