A. Mekki : Rached Ghannouchi n’est pas revenu de Doha les mains vides

Mekki

Revenant sur le récent séjour de Rached Ghannouchi à Doha, Abdellatif Mekki, dirigeant du mouvement Ennahdha et ancien ministre de la Santé, nous apprend que cette visité était à titre privée. Et ce, pour « solliciter une aide financière au profit de son pays ». Est-ce l’unique motif de cette mystérieuse et controversée visite passée sous silence par les médias officiels qataris?

Le voile de mystère qui enveloppe la récente visite de Rached Ghannouchi au Qatar continue d’intriguer l’opinion publique tunisienne. Et ce, quant à son timing, ses motifs et ses principaux résultats. Alors Abdellatif Mekki tente de lever une partie du voile.

Mekki : « Une visite bénéfique pour la Tunisie »

Invité hier mardi 11 mai 2021 de l’émission politique Midi Show, M.  Mekki revenait sur les détails de cette visite. En affirmant tout d’abord à ceux qui veulent bien l’entendre qu’il s’agit d’une visite privée. Laquelle fut d’ailleurs couronnée de succès. Surtout qu’elle était « bénéfique pour la Tunisie ».

Ainsi, la visite effectuée par le président du parti islamiste à Doha était motivée par sa volonté de soutenir son pays. Lequel se trouve confronté à l’une des pires crises financières qu’il ait connues depuis l’indépendance. C’est ce que précise le vice-président du mouvement Ennahdha chargé des relations avec les organismes nationaux. Un titre pompeux qui lui fut alloué par le leader historique d’Ennahdha pour l’amadouer et surtout faire taire une voix discordante.

Flatter Ghannouchi dans le sens du poil

Et de tresser un chapelet d’éloges à son maître; tout en parlant de lui à la troisième personne. « Il ne s’est pas rendu au Qatar en sa qualité de chef d’Ennahdha ou de celle de président de l’ARP; mais en tant que Rached Ghannouchi. Et à titre privé… N’oublions pas que le cheikh a une envergure internationale et des amis partout. Il n’est pas un président de parti comme les autres. Sa visite était donc personnelle, mais avait pour objectif de servir les intérêts du pays ». Ainsi concluait-il.

Nous voulons bien croire que le gardien du temple bleu qui « n’est pas comme les autres » et qui jouit d’une « envergure internationale », se soit rendu au richissime émirat gazier pour solliciter une aide financière pour son pays.

Mais qui sont les « amis » qu’il a contactés? Pourquoi a-t-il été totalement ignoré par les médias officiels qataris qui lui déroulaient jadis le tapis rouge? Et pourquoi a-t-il été snobé par son ancien mentor et principal soutien financier, le cheikh Temim. Lequel, de toute évidence semble vouloir prendre ses distances avec son encombrant obligé?

Des promesses, que de promesses

En effet, le Qatar a consenti à soutenir la Tunisie « de différentes manières » pour l’aider à surmonter la crise actuelle, chuchotait M. Mekki. Précisant toutefois ne pas détenir le détail des engagements qataris. Car ils « seront logistiquement et techniquement gérés par le gouvernement ». Mais en tant qu’homme politique chevronné, il n’est pas sans savoir que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Dixit Jacques Chirac.

Crise politique

Par ailleurs, il était prié de donner son sentiment sur la situation catastrophique de l’économie nationale. A cet égard, le leader charismatique du Groupe des 100 n’a pas fait dans la dentelle. Il estime que la crise politique qui plombe le pays est à l’origine de l’abaissement de la notation de la Tunisie par les agences internationales; ainsi que du creusement de la crise économique et sanitaire.

« J’ai toujours mis en garde contre le fait que nous aurons à faire face au cumul simultané de trois crises. Nous y voilà… Le spectre de la faillite plane sur le pays et nos politiques n’ont toujours pas compris qu’il est absurde de se concentrer sur leurs différends. Et ce, au moment même où l’embarcation Tunisie prend l’eau de toute part. Pire, certains souhaitent secrètement que la faillite de notre pays arrive, car elle sert leurs agendas. Cette crise politique est montée de toutes pièces », argue Abdellatif Mekki. Avant de marteler: « La priorité des priorités est de résoudre la crise politique. Toutes les parties ont l’obligation de s’asseoir autour de la même table. Cette rupture n’est pas normale, elle est intentionnellement voulue. »

Une allusion à peine voilée au locataire du palais de Carthage?

Duplicité

« Nous voulons mettre fin à la crise malgré les nombreuses divergences avec la présidence de la République. Et notamment au sujet de la Cour Constitutionnelle », poursuit M. Mekki.

« En dépit des discours enflammés de la présidence de la République, il ne faut pas riposter de la même façon, mais d’une manière raisonnée ». Ainsi, s’exprimait-il, hier mardi, sur sa page FB.

Et d’ajouter rassurant: « Ennahdha ne compte pas retirer sa confiance au président de la République ». Ah bon. Voilà une bonne nouvelle pour Kaïs Saïed qui ne dort pas la nuit de peur d’être destitué!

Mais que cache ce discours apaisant, voire anesthésiant? Probablement une classique répartition de rôles entre les bons flics et les méchants, selon la tradition hollywoodienne. Un exercice de duplicité auquel Montplaisir excelle.

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