Mayssa Sandli: « Le réchauffement climatique entrainera un chômage massif »

eau

Chaque année on constate une hausse des prix des produits agricoles, notamment des légumes et les fruits durant le mois de Ramadan? Quelles sont donc les causes de cette situation répétitive? Certains experts avancent que cela est dû à une pénurie d’eau. Effectivement, le stress hydrique y est pour quelque chose. D’ailleurs, les besoins en eau sont devenus une source de tensions, face au réchauffement climatique.

Notons que chaque année, avec moins de 500 m3 par habitant, la Tunisie vit depuis plus de vingt ans sous stress hydrique. Mais aujourd’hui, le pays doit faire face aux nouveaux défis liés aux changements climatiques et à l’accroissement des besoins dictés par le développement socio-économique. Mayssa Sandli, activiste et experte en plaidoyer sur les questions environnementales dresse un état des lieux. Interview:

– En tant que Tunisiens et citoyens, la menace du réchauffement climatique pèse-t-elle sur la Tunisie?

Mayssa Sandli: Nous sommes les premiers concernés. Nous Tunisiens, nous vivons dans la région la plus impactée par le réchauffement climatique: la Méditerranée.
Le rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) est alarmant. Les scénarios les plus pessimistes étaient loin de rendre compte de la gravité de la situation.

– Quels sont les dangers auxquels nous devrions faire face?

Notre pays souffre déjà d’une pénurie d’eau (Rapport de Nations unies sur les changements climatiques). Cette pénurie est causée par les températures les plus chaudes jamais enregistrées en Tunisie. Cela impacte notre vie au quotidien. Avec la baisse de la production agricole, notamment la culture des céréales qui subira une baisse de 30% dans quelques années. Même constat pour les fruits et légumes. Cela se traduira par une flambée des prix dans les étalages des marchés. Mais aussi par une augmentation des importations. Et qui dit importation des denrées alimentaires, dit danger sur notre sécurité alimentaire. Mais les conséquences vont au-delà du couffin et de l’assiette. N’oublions pas que le secteur agricole emploie 470.000 Tunisiennes et Tunisiens. Et qu’il contribue à hauteur de 11,5% au PIB. Alors, le réchauffement climatique aura des conséquences terribles. Avec un chômage massif et des records au niveau des chiffres de la pauvreté qui frapperont de plein fouet la population rurale du pays; soit jusqu’à 35% de la population du pays.
Ce scénario n’est pas une fatalité, mais nous devons agir maintenant. Chaque jour qui passe sans agir est une bataille perdue face au réchauffement climatique.

– Comment agir afin d’éviter toute catastrophe?

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Sans une mutation économique radicale, nous ne pourrons pas éviter le scénario catastrophe.
Ainsi, cela commence par la diminution des émissions des gaz à effet de serre causées par l’activité humaine. Le dioxyde de carbone (CO2) est responsable à lui seul des deux tiers de l’effet de serre. Cette abondance est due à l’utilisation des énergies fossiles, essentiellement le pétrole, le gaz et le charbon.
Nous pouvons agir sur deux fronts simultanément: en diminuant notre consommation énergétique; et en ayant recours aux énergies renouvelables. Faute de mieux, comme l’énergie solaire, en attendant de transiter vers des énergies totalement propres.
L’autre piste sérieuse, c’est de réduire nos déchets industriels et ménagers qui contribuent à hauteur de 15% aux gaz à effet de serre. Il y a plusieurs expériences dont nous pouvons nous inspirer. Les expériences les plus remarquables ont été réalisées par l’économiste et industriel Gunter Pauli autour de l’idée d’une “économie bleue” qui s’inspirerait de la nature au lieu de la détruire. Cette économie, au lieu de produire des déchets, elle en consomme, transformant l’empreinte CO2 de l’activité industrielle en impact positif. C’est-à-dire que nos industries au lieu de produire des déchets et des gaz à effet de serre, en consommeraient.

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