Classement RSF de la liberté de la presse: pourquoi la Tunisie perd un point

RSF

Les derniers développements au niveau de l’agence TAP ne peuvent à eux seuls expliquer le recul de notre pays au classement de Reporters Sans Frontières (RSF). Loin s’en faut. Le hasard du calendrier fait que ce classement tombe au moment où l’on évoque la nécessité d’une réforme du secteur des médias. Il faut dire que le hasard fait bien les choses.

Il fallait peut-être quelque part s’y attendre. Intervenant quelques jours après ce qu’on pourrait appeler l’ « affaire de l’agence TAP »; le classement de RSF n’a, dans l’esprit de tout un chacun, peut-être rien d’étonnant. Avec cette volonté d’imposer par la force une nomination dans un média public.

Cependant le recul de la Tunisie d’un point dans le classement 2021 de cette organisation « de défense de la liberté de la presse, entendue comme droit humain fondamental d’informer et d’être informé », en passant du 72ème rang au à 73ème, n’est pas le résultat de ce qui s’est passé au cours des jours qui ont précédé sa publication.

Un changement somme toute minime auquel il faudra prêter attention. En s’attardant notamment sur le rang de notre pays qui,  s’il a fait des pas remarquables depuis 2011, reste dans une position qui n’est pas très honorable. Devancé qu’il est par des pays africains comme la Namibie (24ème), les Iles du Cap-Vert (27ème) ou encore le Ghana (30ème).

« Des journalistes ont été agressés et harcelés »

Il faut dire que des faits ont sans doute attiré l’attention de RSF. D’ailleurs, il les a publiés du reste sur son site internet. Comme le 8 décembre 2020, lorsque cette organisation indiquait que « des parlementaires d’extrême droite attaquent le secteur des médias ». Ou encore le 2 mars 2021 quand RSF faisait savoir que « des dizaines de journalistes ont été agressés et harcelés; lors d’une manifestation de soutien au gouvernement ».

Sans oublier un certain mal être que tout le monde ressent ou soupçonne. A travers les relations quelquefois conflictuelles ou plus ou moins tendues entre l’autorité de régulation de l’audiovisuel, la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA), et certaines chaînes de télévision. Notamment ou encore, sur une initiative introduite pour un amendement à la loi sur l’audiovisuel jugée jusqu’à capable de « faire circuler l’argent sale et permettre le blanchiment d’argent ».

Le hasard du calendrier, comme en ce qui concerne l’ « affaire de la TAP », fait que ce classement tombe au moment où est évoquée la question d’une réforme du secteur des médias dans notre pays.

En fait tout est profondément lié. Dans la mesure où la situation que nous vivions, celle de l’absence d’une réforme réelle, ne peut nullement contribuer à la mise en place d’une réelle liberté de la presse.

Evidemment, il ne peut s’agir de minimiser les pas accomplis. Comme la publication des décrets lois 115 et 116. Le premier concerne la liberté dans la presse écrite. Et le second est relatif au secteur audiovisuel. Mais l’édifice est incomplet et mériterait sans doute de nouvelles mesures. Avec, par exemple, la publication de textes; d’étoffer le tissu journalistique par de nouvelles et d’initier de nouvelles pratiques éditoriales.

Initier de nouvelles pratiques

Une des erreurs commises depuis 2011 est du reste le désengagement de l’Etat du secteur médiatique. Car l’Etat– et non pas le pouvoir politique- a un rôle important dans un engagement en vue d’assurer la liberté de la presse. Ainsi, il légifère et il accorde des aides pour assurer une réelle liberté de la presse. Les Etats démocratiques du monde entier ont emprunté cette voie.

Le secteur médiatique a, par ailleurs, besoin de nouvelles institutions, comme une structure pour justifier la diffusion. Et ne pas laisser les agences de publicité ou encore les annonceurs dans un flou artistique concernant les tirages et les audiences.

Enfin, des pratiques nouvelles sont nécessaires pour assurer une meilleure gouvernance. Telles la généralisation des chartes éditoriales, des normes pour la qualité des contenus. Ou encore la création de fonctions, comme celle du médiateur, personne chargée des relations avec les audiences.

Le chemin est certes long. Mais, la liberté de la parole, qui est, sans doute le terrain sur lequel notre pays a bien avancé, mérite et une large réflexion et des actions d’envergure. Elles ne pourront que booster le rang de la Tunisie dans le classement de RSF.

 

 

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