La bataille des pots de terre

La bataille des pots de terre

En politique, sur les scènes nationales ou internationales, on se remémore souvent la fable de Lafontaine, « le pot de terre et le pot de fer », pour décrire une situation confrontationnelle où il y a un grand déséquilibre des forces. Où les acteurs sont d’inégale puissance et où l’issue du combat ne fait aucun doute.

Dix ans de gestion chaotique du pays ont tout fragilisé. L’économie, l’éducation, la santé, la culture, le sport, en un mot, tous les secteurs vitaux pour la vie du citoyen se distinguent désormais par la fragilité du pot de terre. Le résultat, une société tunisienne en danger qui risque de se briser en morceaux aux moindres secousses.

Face à cette fragilité extrême de la société, nous avons une classe politique composée d’acteurs plus incompétents les uns que les autres. Une classe politique démonétisée, décrédibilisée et plus fragile encore que la société qu’elle entend gérer et diriger. Une classe politique composée d’acteurs ayant tous la consistance et la résistance du pot de terre.

« Dix ans de gestion chaotique du pays ont tout fragilisé. L’économie, l’éducation, la santé, la culture, le sport… »

Pendant des années, le parti islamiste et son chef machiavélique ont joué au pot de fer, détruisant méthodiquement les pots de terre qui ont cherché sa protection ou choisi son alliance. Aujourd’hui, Ennahdha, à force d’arrogance, de suffisance, d’avidité, de voracité, et surtout à force d’obstination à suivre les conseils de Machiavel plutôt que ceux d’Ibn Khaldoun, a fini par acquérir la fragilité du pot de terre.

La preuve, les craquelures qui ornent depuis quelque temps la structure politique nahdhaouie, dénoncée de plus en plus par certains de ses hauts cadres qui ont choisi de s’en éloigner comme Abdelhamid Jelassi et Lotfi Zitoun. La preuve encore est l’impopularité sans précédent de son chef Rached Ghannouchi qui va finir sa carrière politique en homme le plus haï et le plus honni de l’histoire moderne du pays.

Combats donquichottesques

Les efforts pathétiques déployés par Ghannouchi et ses fidèles lieutenants pour cacher les fissures qui minent leur structure ne servent à rien. Ennahdha a rejoint le groupe de pots de terre qui peuplent la scène politique tunisienne.

Car « la meilleure Constitution du monde », offerte au pays par les compétences notoires de la glorieuse Assemblée constituante, n’a pas seulement ouvert la voie à une multitude d’acteurs politiques qui se prennent pour des pots de fer, mais nous a dotés aussi de trois structures gouvernantes ayant toutes les caractéristiques du pot de terre.

Depuis un certain temps, les trois pots de terre en charge des affaires de l’Etat se livrent à des combats donquichottesques contre des moulins à vent, ignorant les vrais dangers multiformes qui assaillent le pays et menacent ses fondements. Les ingrédients qui ont déclenché ces combats? Le machiavélisme de la présidence du parlement; l’inexpérience et l’obstination de la présidence du gouvernement; et l’autisme et l’inexpérience de la présidence de la République.

« La meilleure Constitution du monde […] nous a dotés aussi de trois structures gouvernantes ayant toutes les caractéristiques du pot de terre »

Alors que tous les voyants du pays sont au rouge, on reste pantois face au spectacle éreintant auquel se livrent les trois têtes de l’Etat. Alors que des dizaines de milliers de jeunes crient leur colère et hurlent leur frustration dans la rue, les deux pots de terre de l’Exécutif se livrent à… un bras de fer au risque de se faire briser en pièces. Le combat, comme tout le monde sait, est décidé, conçu et réalisé par le troisième pot de terre incarné par le président du parlement.

La forfanterie outrancière à laquelle se livrent les deux têtes de l’Exécutif prend des proportions ubuesques. Le combat se poursuit, mais en même temps le président de la République refuse de nous dire quels sont les ministres corrompus et quelles preuves il détient pour étayer ses accusations.

La bataille continue, mais en même temps le président du gouvernement refuse de faire prévaloir l’intérêt du pays, en faisant les concessions qui débloqueraient la situation. Le tout sous l’étroite surveillance du machiavélique président du parlement dont le but ultime est de détruire, avec des moyens différents, aussi bien ses adversaires que ses alliés.

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