L’affaire CS de Chebba prend une tournure politique

CS de Chebba

Le ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Intégration professionnelle, Kamel Deguiche, a brandi la menace de dissoudre la FTF ou de mettre fin aux activités de son président. Et ce, en cas de grave dépassement. Mais, une telle initiative risque d’être interprétée par la sourcilleuse FIFA comme une ingérence politique. Donc prudence.

Mais quelle mouche a piqué le président de Fédération Tunisienne de Football (FTF) de prendre la décision inconsidérée et lourde de conséquences de geler les activités du Croissant Sportif de Chebba et de l’interdire de toute compétition au cours de la saison 2020-2021? Mettant ainsi le feu aux poudres dans la paisible ville côtière de Chebba. Et compromettant du coup sa carrière de patron du football tunisien. Au moment même où il lorgne vers d’autres horizons, en l’occurrence la présidence de la plus haute institution de football continental, la CAF?

Car, l’affaire ayant pris une tournure politique, paix civile oblige, le ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Intégration professionnelle, Kamel Deguiche, a haussé le ton face au bureau fédéral de la FTF; et notamment son indéboulonnable patron Wadii Jary.

Vers la dissolution de la FTF?

Ainsi, dans ses réponses aux interventions des députés au cours de la dernière plénière au palais de Bardo, Kamel Deguiche, en homme politique, s’est montré déterminé à prendre le taureau par les cornes. Il n’a pas écarté la possibilité de dissoudre la Fédération; ou de mettre fin aux activités de son président, « en cas de grave dépassement ». Et ce, en vertu de l’article 21 de la loi organique n°95-11 du 6 février 1995, relative aux structures sportives.

En effet, cet article stipule que « le Ministre chargé du sport peut, en cas de carence ou de mauvaise gestion, mettre fin aux activités d’un, de plusieurs ou de l’ensemble des membres du bureau fédéral; et ce, par arrêté dûment motivé ».

Le ministre a également révélé aux députés avoir adressé vendredi dernier un courrier à la Fédération pour la sommer de soumettre la décision de dissolution du Croissant sportif d’Echabba à l’Assemblée générale des clubs. « Ce qui ne s’est pas fait », déclare-t-il.

En outre, a ajouté le ministre, le bureau fédéral dispose de trois jours pour répondre à cette demande. En cas de refus, le ministre pourrait appliquer la loi « qui n’est pas incompatible avec les règlements de la FIFA ».

Ennuis judiciaires

Et comme un malheur ne vient jamais seul, le président de la FTF est sujet à une plainte déposée contre lui par le député Yassine Ayari. Et ce, sur la base du rapport du Contrôle Général des Finances rendu public en septembre 2018. Lequel a révélé des infractions commises par la FTF et son président.

Pour sa part, l’organisation tunisienne I Watch a saisi la justice à propos des infractions commises par le président de la FTF.

En même temps, le comité de défense du Croissant de Chebba a déposé, lundi 26 octobre 2020, un recours auprès du Tribunal administratif pour l’annulation de la décision de la Fédération tunisienne de football portant suspension de ses activités.

Idem pour le Comité National Olympique Tunisien, lequel a décidé de traduire le dossier du puissant président de la FTF Wadii Jary devant la commission d’éthique.

Last but not least, Mohamed Ammar, le président du groupe parlementaire démocrate a appelé le ministre de la Jeunesse et des sports à ouvrir une enquête sur l’argent reçu par le président de la FTF de la part de la société Promosport.

Selon ce député, la FTF a présenté une demande de renouvellement du contrat de sponsoring d’une valeur de six millions de dinars Et ce, avec Promosport dont le conseil s’est réuni dans des « conditions suspectes » pour valider le contrat.

Jery aurait reçu 1.5 million de dinars dans le cadre de ce contrat « qui semble être un conflit d’intérêts ».

La main lourde de la FIFA

Toutefois, l’éventuelle dissolution de la FTF est-elle compatible avec les règlements de la FIFA? Laquelle interdit au pouvoir politique toute ingérence dans les affaires des fédérations de football. D’autant plus que la plus haute instance du football notifie clairement que « toutes les fédérations affiliées doivent gérer leurs affaires en toute indépendance ».

En conclusion, M. Deguiche sera bien inspiré de savoir où mettre les pieds. Car au cas où le dossier de son département n’était pas juridiquement solide comme un roc, il risquerait de subir les foudres de la FIFA. Allant jusqu’à l’excommunication de l’ensemble des équipes tunisiennes de football, y compris la sélection nationale, de la scène internationale.

Alors prudence.

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