Shinohara Shunei (Représentant Résident de la JICA en Tunisie) : « On peut toujours enrichir et renforcer notre coopération »

Shinohara Shunei

A l’occasion de sa nomination au poste de Représentant Résident de l’Agence japonaise de coopération internationale JICA Tunisie, L’Economiste Maghrébin a interviewé M. Shinohara Shunei. Le nouveau Représentant Résident de la JICA en Tunisie a apporté de précieux éclairages sur l’assistance fournie par la JICA à la Tunisie.  Il a, dans le cadre de cette interview, évoqué les projets en cours, les efforts consentis dans la lutte contre la propagation de la pandémie Covid-19, le concours Ninja pour les meilleurs plans d’affaires des startups et l’importance de l’organisation de la conférence de TICAD 8 en 2022 pour la Tunisie.

leconomistemaghrebin : Concrètement, en quoi consiste la coopération entre la Tunisie et la JICA ?

Shinohara Shunei : La JICA est un organe sous la tutelle du gouvernement japonais. Elle s’occupe de l’assistance au développement des pays partenaires dont la Tunisie. Elle est présente en Tunisie depuis 1975.

J’ai rejoint le bureau de la JICA Tunisie depuis deux ans et demi. J’ai été nommé depuis le 1er août 2020 Représentant Résident de l’Agence Japonaise de coopération internationale JICA Tunisie (Algérie et Tunisie).

La coopération entre la Tunisie et la JICA touche essentiellement trois axes, à savoir le développement industriel et l’aménagement d’infrastructures économiques, le développement régional et le développement des ressources en eau et prévention des catastrophes naturelles.

L’intervention de la JICA en Tunisie est fournie sous forme de coopération technique, des prêts en Yen, dons, volontaires japonais et autres.

Le montant global des projets réalisés par la JICA en Tunisie s’élève à 3 milliards de dollars pour environ une quarantaine de projets de financement.

Pouvez-vous nous rappeler les principaux projets réalisés par la JICA en Tunisie ?

On peut citer d’abord la construction du pont de Radès. Ce projet s’inscrivait dans le cadre de l’amélioration des conditions de transport entre les zones sud et nord de Tunis. La construction de ce pont a permis une économie de temps de parcours de l’ordre de 40%.

Le deuxième projet important consiste en l’électrification de la ligne ferroviaire de la banlieue sud de Tunis (Tunis-Borj Cedria) pour le renforcement de la capacité du service de transport au profit d’environ 100 000 passagers par jour.

On peut citer aussi des projets relatifs à l’amélioration de la desserte en eau potable des centres urbains, la protection des villes contre les inondations et des projets d’irrigation pour augmenter la production agricole dans presque tous les gouvernorats du pays.

Comment procède-t-on dans la coordination entre la Tunisie et la JICA pour le choix, la réalisation et l’évaluation d’impact des différents projets ?

Les projets financés ou appuyés par la JICA en Tunisie sont réalisés à la demande des autorités tunisiennes et selon leurs besoins. Celle-ci touche à toutes les régions du pays. On finance les études de faisabilité tout en tenant compte des aspects techniques, sociaux, environnementaux…

Quels sont les principaux projets en cours ?

S’agissant des principaux projets qui bénéficient de l’intervention de la JICA actuellement en Tunisie je peux citer les projets de protection contre les inondations du Grand-Tunis et sur l’Oued Medjerda, le lancement des travaux de la station de dessalement d’eau de mer de Sfax, la construction de la centrale électrique Radès C (la centrale Radès A également construite dans les années 1980 dans le cadre de la coopération tuniso-japonaise) et le concours Ninja pour les meilleurs plan d’affaires des startups.

Le projet de construction de la station de dessalement de l’eau de mer à Sfax est en cours de réalisation avec un prêt de la JICA de 800 millions de dinars. Il doit bénéficier à la totalité de la population de Sfax et il va impacter positivement la vie d’environ 1 million de personnes qui s’alimentent actuellement en eau potable qui  provient d’autres régions du pays. La capacité de production est estimée à environ 100 000 m³ / jour d’eau de mer dessalée. Ce projet prévoit aussi la construction de réservoirs de distribution et de stations de pompage, la réalisation de câblage électrique ainsi que d’autres installations conçues selon le plan général visant à produire à l’avenir un total de 200 000 m³/jour.

S’agissant de la protection du Grand Tunis contre les inondations, ce projet concerne le lac de Sejoumi à travers la construction d’un nouveau canal d’évacuation vers l’oued Meliane.  Il va bénéficier à environ 650 mille habitants. Il est actuellement à une étape très avancée. Certaines composantes ont  montré leur efficacité au mois de septembre qui a enregistré des cumuls pluviométriques importants sans enregistrer de dégâts.

Toujours dans le domaine de protection des villes contre les inondations, un nouveau projet est en phase d’étude. Il couvrira une partie de l’Oued Madjerda ainsi que le barrage Sidi Salem.

Procédez-vous à une évaluation d’impact des différents projets après leur mise en œuvre ?

Après la réalisation des projets, la JICA procède toujours à une évaluation afin de tirer les leçons à appliquer concernant d’autres projets de coopération. Pour l’évaluation des projets achevés, on a besoin de données, discussions avec les autorités concernées, mais le responsable de l’évaluation est la JICA. C’est plutôt pour les études d’impact environnementaux que l’on organise la consultation aux habitants.

Quels sont les futurs projets de la JICA en Tunisie ?

Nous sommes toujours en discussion avec les autorités tunisiennes. A titre d’exemple, on est actuellement en pourparlers pour un projet de lutte contre les inondations et  contre la montée du flux de l’Oued Medjerda à travers la mise œuvre de travaux de consolidation d’infrastructures et de réhabilitation, y compris le renforcement de la capacité du Barrage Sidi Salem devant jouer un rôle important dans la protection contre les inondations. L’objectif consiste en la réduction des dégâts des inondations et l’amélioration du cadre de vie des résidents locaux.

La JICA lance un concours baptisé Ninja pour les meilleurs plans d’affaires des startups ? Parlez-nous de ce concours ?

On va essayer de profiter des idées innovantes notamment des startups. On va chercher de bonnes idées réalisables et les financer pour mieux accélérer les activités économiques et sociales durant cette période difficile à cause de la situation sanitaire (industrie médicale, agriculture, éducation, santé…). Ce concours est lancé pour la première en Tunisie et dans une vingtaine de pays en Afrique.

Je rappelle ici que la JICA est dotée d’une longue expérience en matière de promotion et d’appui aux PME, de développement industriel, de renforcement des capacités des ressources humaines. L’objectif étant d’améliore la productivité et la compétitivité des PME tunisiennes dans la cadre de l’introduction du concept KAIZEN dans la culture industrielle tunisienne.

Quel est l’impact de la propagation de la pandémie de la Covid-19 sur l’activité de la JICA en Tunisie ?

En matière de lutte contre la propagation de la pandémie de la Covid-19, il s’agit d’une première expérience pour la JICA. C’est difficile pour tout le monde. Cette crise a causé un certain retard dans la réalisation de certains projets. Cela a permis aussi de penser à l’encouragement à recourir au numérique pour faciliter la communication au niveau de la réalisation de ces projets. Des projets sont en cours de développement pour mieux booster le niveau de coopération dans ce domaine.

Où en sont les préparatifs pour la conférence TICAD 8 qui se tiendra en Tunisie en 2022 et quel est, selon vous, son importance pour la Tunisie ?

La TICAD sera aussi une nouvelle occasion pour renforcer davantage la coopération tuniso-japonaise.  Notons que 18 entreprises japonaises sont déjà présentes en Tunisie.

La Tunisie a plusieurs atouts.  D’abord, elle est considérée comme un pays stable. La Tunisie regorge de compétences et ressources humaines extrêmement éduquées et qualifiées dans plusieurs domaines. Elle  tire son importance aussi de sa proximité de l’espace européen. Elle peut aussi servir d’une porte d’accès à plusieurs autres régions du monde (Monde arabe, Europe, Afrique…).

La JICA a aussi mis en œuvre un projet de développement des capacités pour la promotion touristique au Japon. L’objectif étant d’attirer des touristes japonais vers la Tunisie.

Votre dernier message ?

On peut toujours enrichir et renforcer notre coopération en nombre, en qualité et en volume.

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