Et l’Etat dans tout cela ?

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A gauche, des jeunes ferment la vanne de la station de pompage d’El Kamour depuis le 17 juillet.

Dix ans qu’on n’arrête pas de dire que l’économie – et par ricochet le pays – a touché le fond. Mais rien ne semble freiner cette infernale descente aux enfers. Le pire est qu’on n’arrête pas de creuser. Au point que l’on est descendu si bas dans les profondeurs des ténèbres de la récession. Il faut un énorme sursaut national, d’immenses moyens, et beaucoup de temps pour pouvoir remonter à la surface et revoir la lumière du jour.

Septembre 2020, peu de lueurs d’espoir et de gros nuages noirs chargés d’intempéries. Le pays est terrassé par une avalanche de nouvelles pour le moins désespérantes.

Retour sur le triste feuilleton du Groupe chimique tunisien qui poursuit son agonie. Il se trouve dans l’obligation d’importer 60.000 t d’ammonitrate, le comble. De quoi faire retourner dans leurs tombes les pionniers de ce pays. Ils ont payé de leur temps, de leur confort, de leur santé et de leur vie pour bâtir par la force des bras une économie en progrès, souveraine et indépendante digne de nos aspirations nationales…

Au même moment, la compagnie pétrolière autrichienne OMV Tunisie, procédera – de guerre lasse -, à la démobilisation de son personnel. Simple euphémisme pour signifier qu’elle jette l’éponge suite à l’arrêt total de la production qui dure depuis un mois.

La cause en est la fermeture de la vanne de la station de pompage d’El Kamour depuis le 17 juillet par des jeunes qui protestent, revendiquent emplois et développement. Oubliant au passage que ces actes délictueux, d’une extrême gravité au regard de la loi, condamnent à jamais toute possibilité de création d’emplois et de velléité de développement.

Ces exilés de l’intérieur, privés des richesses de leur région alors qu’ils végètent dans le dénuement total n’ont rien à perdre et tout à gagner en pratiquant la politique de la terre brûlée. L’autisme et la cécité du pouvoir central n’ont que trop duré. Elles explosent aujourd’hui à la face du pays.

« Le pays est terrassé par une avalanche de nouvelles pour le moins désespérantes ».

On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que le site Tunisie soit pointé du doigt et mis à l’index : les investisseurs étrangers – passage incontournable en matière de relance et de redressement de l’économie et de l’emploi – fuient le pays et le font savoir. La décrue est pour le moins inquiétante.

Il est à craindre qu’ils servent d’exemple aux investisseurs locaux exacerbés à leur tour par la cherté et le resserrement du crédit, le poids des charges salariales et fiscales et par tant d’incertitude politique.

On peut prolonger hélas la liste de nos déconvenues économiques, de notre laisser-aller et des dangereuses dérives commerciales et financières. Un seul chiffre souligne à lui tout seul l’étendue du désastre.

Le PIB a chuté de plus de 20% au second trimestre par rapport à la même époque l’année d’avant. Un plongeon périlleux dont on se relèvera difficilement si tant est que cela soit possible.

La crise de la Covid-19 n’explique pas tout. Pas plus que le confinement général imposé qui a péché par manque de discernement, provoquant une paralysie totale de l’activité pendant plus de trois mois.

Certes, la production a repris – quoique progressivement depuis la levée des restrictions – mais hélas, pas l’emploi : 161.000 postes ont été supprimés et pour beaucoup d’entre eux perdus à jamais.

« On peut prolonger hélas la liste de nos déconvenues économiques, de notre laisser-aller et des dangereuses dérives commerciales et financières ».

Car il en est des entreprises comme des individus atteints de maladie chronique, très vulnérables parce que très sensibles aux courants d’air et au moindre choc. La pandémie du coronavirus a fait nettement moins de victimes chez les humains – c’était le but du confinement – que dans la sphère des entreprises marginales, sans aucune immunité financière et managériale. La moindre exposition à un choc d’offre et de demande les condamne au défaut de paiement et au dépôt de bilan.

A moins d’un concours immédiat, effectif et conséquent des pouvoirs publics convaincus d’une telle nécessité. On n’en est pas là, tant s’en faut.

Quand sonnera l’heure de sortie de crise, un grand nombre de PME/PMI manquera à l’appel, sans la perspective que celles qui auront survécu à la bourrasque émergeront plus assainies, plus solides, plus fortes, plus conquérantes commercialement pour mieux résister à l’agressivité de nos compétiteurs.

Le fait est que le plan de protection sociale, de sauvegarde et de relance des entreprises n’a pu éviter le naufrage de l’économie. Sans doute par ce que, faute de ressources financières il s’apparente davantage à un plan tiré sur la comète, plus fictif que réel, qui a faiblement dépassé le stade des annonces et de l’affichage politique. Il eût fallu pour cela plus d’audace, plus de fonds mis à la disposition des entreprises, moins de charges et plus de flexibilité de notre politique monétaire beaucoup moins accommodante qu’elle aurait dû l’être.

La crainte de l’inflation, pourtant contenue à moins de 6%, a eu raison de l’impératif financier des entreprises fortement handicapées par le niveau élevé du loyer de l’argent. Le remède est pire que le mal. Il n’y a qu’à observer l’évolution de la courbe de l’investissement et du chômage. Désespérant.

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