En démissionnant, Elyes Fakhfakh coupe l’herbe sous les pieds d’Ennahdha

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A l’heure même où une motion de censure était en train de récolter des voix à l’ARP, Elyes Fakhfakh remet sa démission au chef de l’Etat lui permettant ainsi de tirer le tapis sous les pieds d’Ennahdha et laisser la voie libre à Kaïs Saied pour désigner un nouveau chef du gouvernement.

Dernier baroud d’honneur d’un homme « politiquement mort » ? Disons qu’en remettant sa démission, hier mercredi 15 juillet, au président de la République à Carthage en présence du président de l’ARP, Rached Ghannouchi et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi. Elyes Fakhfakh a réalisé en une seule journée une triple action qui ne manque pas d’envergure.

Fakhfakh: trois actions en une journée

D’abord devancer de quelques heures le dépôt d’une motion de censure à l’ARP le visant. Devenue du coup nulle et non avenue.

Ensuite, donner la main au chef de l’Etat pour désigner le prochain chef du gouvernement. Coupant ainsi l’herbe sous les pieds d’Ennahdha.

Enfin, se débarrasser, par un acte symbolique, des ministres issus du parti islamiste. Et les remplacer ipso facto par des ministres chargés d’assurer l’intérim. En l’occurrence Habib Kchaou à la Santé, Mohamed Fadhel Kraïem au Transport. Ghazi Chaouachi à l’Equipement, Asma Shiri aux Affaires de la jeunesse et des sports, Chokri Belhassen aux affaires locales. Et Lobna Jeribi à l’Enseignement supérieur.

Ainsi, l’initiative de Fakhfakh permettra à Kaïs Saied de charger « la personnalité la mieux à même d’y parvenir de former un Gouvernement. Conformément aux dispositions de l’article 89 ». Après consultation des partis et des blocs parlementaires dans les dix jours qui suivent la démission.

Machinations

Faut-il rappeler, dans ce contexte, que le Conseil de la Choura avait décidé, à l’issue de la réunion exceptionnelle tenue dans la soirée du mardi 14 juillet 2020 , le retrait de la confiance au chef du gouvernement. Et dans la foulée, le bureau exécutif d’Ennahdha avait pour la deuxième fois chargé le président du parti, Rached Ghannouchi « d’entamer les consultations avec les différents partis, blocs et députés à l’ARP. Afin de mettre en œuvre cette décision ». En clair, Montplaisir s’octroie le droit de nommer le futur chef du gouvernement. Etant la formation ayant le plus grand nombre de députés au Parlement.

Motion de censure caduque

Deuxième acte de ce feuilleton : le lendemain matin (mercredi 15 juillet) le bloc parlementaire d’Ennahdha dépose auprès du bureau d’ordre de l’ARP, une motion de retrait de confiance. Contre le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh.

Cette motion de censure présentée par les groupes parlementaires d’Ennahdha, de Qalb Tounes, d’al-Karama et d’al-Mostaqbal , ainsi que des députés indépendants, à l’instar de Mabrouk Korchid, Yassine Ayari et Safi Saïd aurait recueilli 105 signatures.

Or, comme le confirment les spécialistes du droit constitutionnel, la démission présentée par le chef du gouvernement au président de la République rend la motion de censure caduque sur le plan constitutionnel.

A savoir que les islamistes crient déjà au scandale et évoquent même « une tricherie » arguant que la démission de Fakhfakh a été déposée après et pas avant le dépôt de leur motion. Des allégations réfutées par le chef de l’Etat lui-même qui confirme que le chef du gouvernement lui a remis par écrit sa démission le matin du mercredi 15 juillet.

Instabilité

Reste à savoir que la démission du chef du gouvernement tombe au pire moment. Alors que la Tunisie affronte une crise sanitaire, économique et politique sans précédent. Une crise qui fait perdre au pays un temps précieux. Qui met à mal sa crédibilité sur l’échelle internationale. Et ouvre la porte grande ouverte à l’instabilité politique dans un environnement régional de tous les dangers.

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