Tunisie digitale 2020 : pourquoi les projets peinent à voir le jour ?

projets transition numérique

Près de la moitié des projets du plan stratégique « Tunisie digitale 2020″, n’ont pas encore vu le jour. Ils seront programmés dans le cadre d’un nouveau plan 2020-2025 ». C’est ce qu’a indiqué le ministre des Technologies, de la communication et de la Transformation digitale, Mohamed Fadhel Kraiem. Et ce lors d’un webinaire tenu jeudi sur le thème : « Le secteur numérique post Covid-19, enjeux et challenges ».

Mohamed Fadhel Kraiem a souligné « l’obligation d’avancer très vite dans ces projets ». Il a souligné que le « problème aujourd’hui, n’est pas dans l’identification des projets, mais comment aller plus vite dans leur exécution. D’ailleurs, le problème des délais d’exécution ne concerne pas uniquement les projets dans le secteur des TIC mais tous les domaines. Et ce à l’instar du projet de port en eau profonde d’Enfidha qui date de 2005.

« Nous sommes appelés à réaliser les projets à un rythme normal d’exécution. Et ce en simplifiant les procédures administratives et en luttant contre la bureaucratie, considérées comme étant les causes principales de retard dans la réalisation des projets », a-t-il poursuivi.

Pour accélérer les délais d’exécution, « le ministère œuvre à capitaliser sur l’idée de comités mixtes, créés durant la période de gestion de la crise du COVID-19. Et ce en partenariat avec les secteurs public et privé, ainsi qu’avec la société civile. L’objectif étant de trouver des solutions, notamment aux principaux secteurs vitaux touchés par cette crise, dont la santé et les affaires sociales ».

« Le problème des délais d’exécution ne concerne pas uniquement les projets dans le secteur des TIC mais tous les domaines »

« Nous pensons rattacher le travail de ces comités, au conseil stratégique de l’économie numérique, en tant qu’outil pour promouvoir les projets inscrits au plan 2020 ainsi que dans celui de 2025. Ce dernier est en cours d’élaboration. Pour ce faire, nous œuvrons à identifier un cadre légal régissant ces comités, que nous proposerons lors de la réunion du conseil stratégique de l’économie numérique. Cette réunion aura lieu à la fin du mois de juin 2020 », a-t-il avancé.

S’agissant du volet de la lutte contre la bureaucratie, le ministre a indiqué qu’il est inscrit dans les axes de court terme du ministère, programmés pour la fin de cette année. Il s’agit de moderniser l’administration à travers la digitalisation des services rendus aux citoyens. Ainsi que des procédures internes entre les administrations. Les détails de ce projet seront annoncés au cours des prochaines semaines.

Le ministre a rappelé également, que la Tunisie a réalisé des avancées en la matière. Il a cité à cet égard, la publication dans le JORT, du cadre réglementaire de l’identifiant unique alors que le décret-loi des documents électroniques a été déjà publié.

Lancement du fonds des fonds pour promouvoir les startups

Le ministre a précisé que son département a eu l’accord pour l’obtention d’un crédit de la Banque Mondiale, pour lancer le fonds des fonds. Il va permettre de présenter des solutions en matière d’investissement et de financements pour les startups. Celles-ci ont joué un rôle clé durant la période de la gestion de la crise. Le ministre a rappelé que la « startup Act » a permis la labellisation de plus de 260 startups. C’est une loi promulguée en 2019. Le fonds des fonds aidera en effet à financer les entreprises innovantes dans le secteur des technologies et de l’économie en général, en difficultés de financement.

Ainsi, une vingtaine de projets dans le domaine numérique ont été mis en œuvre, durant seulement 3 mois, en cette période de gestion de la crise du Covid-19. Et la mise en œuvre de ces projets grâce à des talents tunisiens. Ils se sont montrés aptes à trouver des solutions à des problématiques diverses, dont l’application « wikaya » (prévention). Celle-ci permettra à différents établissements de suivre les déplacements de leurs clients. Ainsi que l’application qui permet de mesurer le niveau de respect du confinement. Elle est mise à la disposition de la salle des opérations de la garde nationale, à la caserne d’El Aouina…

« Le fonds des fonds aidera en effet à financer les entreprises innovantes dans le secteur des technologies et de l’économie en général, en difficultés de financement »

En outre, le Tunisien s’est montré ouvert et réceptif aux solutions technologiques (télétravail, paiement à distance, télédéclaration …). D’où l’importance de passer à la phase d’ancrage de l’utilisation de ces technologies. Et ce en éduquant et en incitant le citoyen et l’entreprise à utiliser de plus en plus les moyens digitaux, a-t-il insisté.

A cet égard, il a cité l’exemple de télétravail, avec des sociétés qui travaillent à 100% en télétravail dont certaines entreprises publiques. Il a estimé qu’il est possible de prévoir un cadre juridique régissant le télétravail, voire même encourageant ce mode de travail. Il a précisé qu’il y a des entreprises en Europe qui imposent à leur personnel un ou deux jours de travail à distance.

« Même expérience concluante pour l’enseignement à distance. Puisqu’en dépit de quelques difficultés, plus de 200 mille étudiants ont utilisé les plateformes d’enseignement à distance de l’université virtuelle de Tunis. Ceci montre qu’il y a des bases sur lesquelles, le pays peut construire ». A-t-il conclu.

Le secteur des TIC a joué un rôle essentiel durant la crise Covid-19

« Même s’il y a un risque pour plus de 53% des entreprises, d’une baisse de 30% de leur chiffre d’affaires, à cause de la crise sanitaire, le secteur des TIC apparaît comme un secteur vital. Et ce grâce à la réalisation d’actions digitales concrètes. Celles-ci ont permis de gérer cette crise ». A souligné le président de la Fédération nationale du numérique, Kais Sellami.

Sur ce point, la DG de l’Agence Nationale de certification électronique (ANCE), Syrine Tlili, a expliqué que la crise du COVID-19 a été le catalyseur de plusieurs initiatives de digitalisation de l’administration, dont le projet de l’identité électronique. Ce projet était une nécessité durant la période de confinement. Et ce pour pouvoir accomplir les procédures électroniques en ligne en toute confiance telle que la télédéclaration.

Ainsi, l’ANCE, le Centre informatique du ministère des Finances et le Registre national des entreprises ont élaboré le projet de l’identifiant unique. Et ce, dans le cadre d’un partenariat public-public (PPP). L’objectif est de mettre en place une certification électronique, permettant au contribuable et au comptable de pouvoir faire rapidement la télédéclaration.

« La crise du COVID-19 a été le catalyseur de plusieurs initiatives de digitalisation de l’administration, dont le projet de l’identité électronique »

Aussi, le PPP a fait ses preuves. Ainsi, au lieu de lancer des appels d’offres pour la réalisation des services de confiance numérique offerts aux clients (signature électronique, certification …), l’ANCE a signé des conventions avec des autorités d’enregistrement déléguées (AED), dont la plupart sont des startups. Celles-ci ont pu développer des services de confiance au client, dans un délai de 10 jours.

Sur ce point, Amel Saidane, présidente de l’association Tunisia Startups, a appelé à pérenniser la relation entre l’Etat et les startups. Et ce en leur permettant d’accéder facilement aux services Web et au Data. Elle a aussi souligné la nécessité d’accompagner les startups. Et de proposer des instruments de sauvetage spécifiques d’autant plus que les startups représentent un écosystème naissant. Ce dernier demeure encore fragile : plus de 80% des startups déclarent avoir besoin d’une aide financière.

Avec TAP

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