Affaire de parodie du Coran : blasphème ou liberté d’expression ?

Affaire Coran

Partie d’une petite blague en apparence anodine, l’affaire d’une parodie du Coran publiée par une jeune bloggeuse tunisienne, a enflammé les réseaux sociaux avant d’être relayée par la presse internationale. Récit d’un clivage profond qui traverse la société tunisienne.

Emna Chargui est une jeune bloggeuse de 26 ans et étudiante de son état. Elle partageait le 4 mai sur sa page FB une parodie du Coran intitulée « sourate corona ». Un texte qui évoque la pandémie de Covid-19 en imitant le format et l’ornement d’une page du Coran. Mais le style se rapproche plutôt du dialecte tunisien. Il ne ressemble en rien à la pureté et l’élégance du texte sacré écrit en arabe classique.

Accusations disproportionnées

Il n’a pas fallu plus pour qu’elle soit rattrapée par la justice. Le Parquet la convoque, mercredi dernier, au poste de police à la Kasbah. Ensuite, elle fut entendue par un procureur général du Tribunal de première instance de la capitale. Il a décidé de la poursuivre pour « atteinte au sacré et aux bonnes mœurs et incitation à la violence ».

Le 28 mai en cours, elle doit comparaître devant la Cour correctionnelle du Tribunal de première instance.

Selon son avocate, Me. Trabelsi, le comportement de la bloggeuse tombe sous le coup de l’article 6 de la Constitution qui stipule que « L’État protège la religion, garantit la liberté de croyance, de conscience et de l’exercice des cultes. L’État s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance et à protéger le sacré et empêcher qu’on y porte atteinte ».

En effet, née d’un compromis sur le fil du rasoir, la même Constitution établit un équilibre précaire entre la protection du sacré et la liberté de conscience. Voila le nœud gordien de l’affaire.

Profond clivage

Si quelques voix se sont élevées sur les réseaux sociaux pour dénoncer une atteinte au sacré sous forme de publication « irrespectueuse du Livre saint en ce mois de Ramadan ». En revanche, une majorité d’internautes a crié au scandale au nom de la « liberté d’expression et de la conscience ».

Ainsi, l’écrivaine et islamologue Olfa Youssef a posté sur sa page FB « La convocation par la police d’une citoyenne tunisienne, pour un texte qui utilise le style du Coran, fait vraiment rire, mais c’est un rire qui fait pleurer. Sont-ils aujourd’hui en train d’activer des lois pour faire taire les bouches? »

Menaces de mort

Pour sa part, l’Observatoire national pour la défense du caractère civil de l’Etat a « exprimé son vif étonnement de l’ampleur qu’a pris cette affaire et appelé à respecter la liberté d’expression ».

Dans un communiqué, l’Observatoire estime également que le texte publié sur le compte Facebook de Emna Chargui est non seulement imaginaire; mais repris du compte d’une amie algérienne virtuelle. « C’est une forme de liberté d’expression qui a provoqué des menaces de mort et de l’injure ». C’est ce qu’assure la même source.

Scandale d’Etat

Le président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) Néji Bghouri n’est pas en reste. Il a estimé que cette garde à vue est un « scandale d’Etat. C’est un indice dangereux du retour de la politique de la répression et de la muselière ».

Affaire à suivre.

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