« Guelb Eddib » : pouvait-on ne pas coller aux faits historiques ?

Guelb Eddib

Débat sinon polémique au sujet de ce qui a paru être une dénaturation de faits historiques avérés dans le feuilleton ramadanesque « Guelb Eddib ». Un débat qui n’est pas prêt de finir concernant les œuvres de dramaturgie !

L’extrait est certes long mais mérite cependant d’être présenté. Le voici: « L’art ne peut être l’exacte reproduction du vrai, mais il doit renfermer quelque chose de plus noble, de plus esthétique. Si les idéalistes ont donné trop de liberté à la fantaisie et ont négligé un peu trop un élément important dans l’art, c’est-à-dire la réalité; les réalistes tombent dans l’excès contraire, en négligeant un élément non moins important qui est l’élaboration subjective ».

Ce fragment est de Pierre Sanguinetti. Le célèbre essayiste italien est l’auteur de « Le Réalisme, Cause de la décadence de l’art littéraire et dramatique en Italie », (Florence-Rome, Typographie Bencini, 1800, pp. 20-21).

Un fragment qui vaut peut-être la peine d’être mis en exergue à l’heure où un débat sinon une polémique semble s’installer. Et ce, au sujet d’un feuilleton diffusé en ce mois sacré du ramadan sur la première chaîne de la Télévision Tunisienne, l’établissement de service public de télévision: « Guelb Eddib » (le cœur du loup).

L’art de transformer une histoire

Peut-on ainsi reprocher –et même condamner pour certains- le feuilleton et ses initiateurs d’avoir « trahi » l’histoire? De ne pas avoir été conforme à des faits historiques réels et donc dénaturé un pan de notre histoire nationale.

Sur cette question, il y a évidemment débat très bien du reste expliqué dans le fragment ci-dessus de l’essayiste italien Pierre Sanguinetti. Les initiateurs du travail peuvent toujours dire, et en réponse à pareilles critiques, qu’il s’agit là d’un travail de dramaturgie. Il se définit du reste comme « l’art de transformer une histoire, vraie ou imaginaire, en un récit construit, comportant un ou des personnages en action ».

Il ne s’agit pas, dans ce contexte, d’un documentaire ni encore d’un docufiction, un « genre cinématographique, télévisuel ou radiophonique qui mélange le documentaire et la fiction ». Dont l’un des premiers réalisateurs n’est autre que l’américain Robert Joseph Flaherty. Ainsi, l’auteur de Moana (1926), tourna sur la petite île polynésienne de Savaii et raconta « la vie quotidienne d’une famille d’indigènes de l’île, dans le village de Safune ».

Méconnaissance des faits historiques

La dramaturgie n’a donc pas pour vocation de coller aux faits historiques. Ni encore à ce qui peut constituer pour certains ses exigences. Peut-on reprocher à Jean Anouilh d’avoir réécrit à sa manière sa pièce Antigone (une tragédie grecque de Sophocle qui se situe autour de l’an 441 av. J.-C). Et ce, avec des mots et un décor d’aujourd’hui qui ne rappellent pas la Grèce antique? « Un décor neutre. Trois portes semblables », dit Anouilh pour la décrire.

Ceci ayant été dit, qu’est-ce qui expliquerait cependant des erreurs au niveau des costumes et des accessoires ? Ils ne sont pas ceux des années quarante, ceux des années du déroulement du récit, mais des années soixante.

Qu’est-ce qui fait que le feuilleton raconte une insurrection armée s’étant déroulée dans les années quarante ? Alors que le monde sait que celle-ci a eu lieu à partir du 18 janvier 1954. Lorsque les fellagas se sont réfugiés dans les montagnes pour combattre les forces coloniales françaises.

Et qu’est-ce que ferait dans tout cela l’exil de Moncef Bey, intervenu en 1943 et son décès en 1948 ? Alors que ce roi nationaliste, dont le martyr est dans l’esprit de plus d’un, a vécu et a été assassiné avant que l’insurrection n’éclate.

N’est-ce pas du reste beaucoup ?

Gageons que le débat qui n’est pas prêt de finir concernant « Guelb Eddib ». Idem sans doute pour d’autres œuvres de dramaturgie en général !

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