Tunisie : réflexion sur un plan de relance économique après Covid-19

relance économique

Difficile pour le gouvernement tunisien de se focaliser sur une  réflexion de long terme au cours de la pandémie du Covid-19.

Aujourd’hui le gouvernement doit travailler en urgence pour des besoins précis et vitaux : booster la capacité des hôpitaux, lutter contre le risque de la famine, assurer, protéger les familles nécessiteuses, et garantir la survie des entreprises. Pour ce faire, la Tunisie s’est tournée, via un instrument de financement rapide, vers le FMI pour un prêt à hauteur de 2% du PIB (745 millions USD).

Quelle politique de dépenses publiques pour la relance économique ?

D’après une note de la Banque mondiale, les choix que feront les gouvernements pour relancer leurs économies après la pandémie du Covid-19 seront déterminants pour espérer une meilleure reconstruction.

Pour réussir la relance économique après le Covid-19, il faut comprendre l’échec de la relance économique en Tunisie à la suite de la révolution en 2011. Deux facteurs expliquent cet échec: une crise politique asphyxiante (qui ne fait pas l’objectif de cet article) et une politique économique d’austérité sous directive du plan de restructuration du FMI.

La politique économique d’austérité a trois conséquences majeures sur le développement national:

  • La destruction de la demande nationale;
  • le ralentissement de l’investissement;
  • l’arrêt de la refonte de l’administration. L’inefficience des politiques économiques d’austérité est largement discutée, tel est le cas de la Grèce et du Portugal.

Malheureusement, quelques signaux donnent à penser que la stratégie de relance s’oriente de nouveau vers l’austérité économique à l’instar du communiqué publié par l’UTICA le 15 avril dernier, suggérant la comptabilisation des salaires versés lors du confinement sous forme de congés payés, ou avance sur les salaires ou avance sur les primes de 2020.

Ceci démontre clairement l’incapacité du gouvernement tunisien de lancer une politique de dépenses publiques afin de soutenir les entreprises. Une question se pose sur l’utilité du crédit du FMI. Une politique économique expansionniste est primordiale pour espérer une relance économique en Tunisie. Différentes études scientifiques ont prouvé ceci théoriquement et empiriquement.

Des propositions pour la relance économique sur le très court terme (horizon 2021)

Le marché du travail tunisien est fragile. Il n’arrive pas à absorber le chômage structurel en moyenne autour de 15.5%. Pareil, avec un taux de pauvreté autour de 15.2%, la dynamique de baisse observée depuis les années 2000 semble ralentir depuis 2015 selon un rapport de la Banque mondiale. Une étude de l’association OXFAM prévoit qu’un demi-milliard de la population mondiale basculerait dans la pauvreté à la suite de la pandémie du Covid-19. Naturellement, avec les politiques économiques d’austérité, le taux de la pauvreté en Tunisie devrait observer une hausse significative.

Le plan gouvernemental de très court terme devrait se focaliser sur le maintien des taux de chômage et de pauvreté actuels. Quelques réflexions sur de possibles actions :

  • Annulation des intérêts sur les crédits bancaires des PME en situation financière fragile;
  • Annulation des intérêts sur les crédits bancaires à court terme des particuliers à faible revenu;
  • Contribution massive et significative de l’Etat au paiement des salaires des employés des entreprises en difficulté;
  • Contribution de l’Etat à la relance de l’activité touristique. Et ce, en finançant en partie le tourisme local (soutien de la demande);
  • Protéger la nouvelle récolte agricole, et organiser les circuits de distribution en luttant face à la contrebande alimentaire.

Des propositions pour la relance économique sur le court et moyen termes (horizon 2025)

Le rôle entrepreneurial

Le secteur privé tunisien a bien joué son rôle sociétal durant la crise du Covid-19. Personne ne nie cette évidence. Par contre, le secteur privé, et principalement les grands groupes d’affaires, ont du mal à respecter leur rôle primaire, à savoir : le respect des marchés publics, de la concurrence loyale et le soutien du pouvoir d’achat des ménages.

Concernant le pouvoir d’achat, Anis Marrakchi a expliqué durant son intervention au Tunisian Think Tank, en 2019, qu’à cause de l’économie de rente, les salaires en Tunisie sont autour de 40 à 50% de la valeur ajoutée, face à une moyenne mondiale entre 60% et 70%.

Ainsi, les capitaux privés patriotes pourraient entreprendre trois actions de court et moyen terme :

  • Soutenir le pouvoir d’achat des ménages en instaurant une transition progressive du système salarial, en lançant des discussions entre le gouvernement, l’UTICA et l’UGTT. L’objectif serait d’aligner les salaires autour de 65% de la valeur ajoutée en moyenne. Et ce tout en maîtrisant l’inflation;
  • Collaborer avec le gouvernement afin de mettre fin aux cartels et aux monopoles. Et organiser les marchés publics et les investissements autour de la transparence et de l’équité;
  • Continuer le rôle de responsabilité sociétale après la pandémie Covid-19. Une contribution au budget national pourrait être introduite sous forme d’impôt-RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Cette contribution serait destinée uniquement aux secteurs clés du développement national : l’énergie, l’éducation, la santé, et le transport.

Le rôle étatique

Sur le court et moyen terme, je vois le gouvernement travailler sur les quatre axes principaux suivants:

  • Transition entrepreneuriale : la première action est d’accompagner les entreprises tunisiennes dans la transformation sociétale. On pourrait nommer un tel système économique « le libéralisme à responsabilité sociétale ». La deuxième action consiste à faciliter la création d’entreprises. Ceci demandera, certes, un cadre juridique flexible et performant, mais demanderait aussi des transitions administrative et numérique.
  • Transition administrative : la refonte de l’administration nécessiterait le recrutement  de nouvelles compétences qui maîtrisent la technologie de pointe. Cela demanderait : i) la flexibilisation du système de recrutement (et du licenciement) dans l’administration ; ii) la mise en place de récompense en ligne avec la compétence et la performance.
  • Transition numérique : La digitalisation doit passer par l’encouragement de toute initiative dans le domaine numérique. Il faut ainsi entièrement financer et soutenir tout projet numérique prometteur durant la période de sa conception et mise en place.
  • Transition énergétique : En 2016, la Tunisie s’était engagée à aboutir à une transition énergétique 100% renouvelable en 2050. Ce plan stratégique s’accompagne par des objectifs intermédiaires de 12% et de 30% d’ER en 2020 et 2030. La Tunisie avait prévu en 2020 des installations en ER d’environ 1900 MW (reportée à 2022). Actuellement, on est à environ 350 MW d’ER ce qui montre une politique de transition très en retard par rapport à ses promesses.

Et le long terme ?

Il serait difficile de se prononcer sur des plans concrets au-delà de 2025. Mais il est appréciable d’imaginer la situation en 2030 avec de l’optimisme.

J’imagine la Tunisie avec une transition écologique et énergétique en marche, un système de santé en mesure d’affronter les nouvelles épidémies, une économie de haute technologie, un système éducatif d’élite, et une culture qui tire le goût national vers le haut.


Note de l’auteur :

Notons que les propositions que j’ai citées dans cet article ne font l’objet d’aucune preuve scientifique. Ce sont des réflexions, des initiatives personnelles, des pistes pour déclencher le débat.

Je souhaite qu’elles soient lues, critiquées et débattues pour aboutir à de meilleures propositions.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here