Confinement – Bassem Loukil : « Les dégâts commencent à se faire sentir »

confinement - l'économiste maghrébin
Le président directeur général du Groupe Loukil, et le président du Tunisia Africa Business Council Bassem Loukil

Dans une interview exclusive accordée à leconomistemaghrebin.com le Président-directeur général du Groupe Loukil, et le président du Tunisia Africa Business Council, Bassem Loukil, affirme que la situation des entreprises et des industries tunisiennes est dramatique pour cause de confinement sanitaire général dû au Covid-19.

Bassem Loukil estime que cette situation, à savoir le confinement fait partie du prix à payer pour une pandémie qui n’a épargné ni personne, ni secteur, ni pays. « Tel que son nom l’indique c’est une pandémie à l’échelle internationale « , lance-t-il. Et de continuer qu’il est incontournable de faire des sacrifices.  » L’impact économique est déjà énorme et continue de l’être « , regrette-t-il.

Une crise inattendue

Dans le même sillage, le président de TABC affirme que personne n’y a été préparé que ce soit à l’échelle mondiale aussi que à l’échelle nationale surtout les sociétés industrielles. Ces dernières travaillent à flux tendu. Il affirme qu’une rupture brutale avec l’ensemble des acteurs qui sont les fournisseurs de matières premières et les clients finaux n’est pas admissible. Ainsi, entre les différents intervenants, l’industriel se trouve pris au piège, explique-t-il. Notre invité rappelle, également, que les charges fixes sont incontournables à l’instar des salaires.

Revenant sur le cas de sa propre entreprise « Atelier Mécanique du Sahel (AMS) », Bassem Loukil affirme qu’il n’est pas possible d’arrêter les fours à gaz industriels. « Car le temps du redémarrage nécessite entre 45 et 60 jours et les coûts de maintenance, par la suite, vont grever l’entreprise », explique-t-il. Ainsi, maintenant, l’activité doit se fait avec un minimum de coût.

Les entreprises ont subi une double crise

D’ailleurs, ces dépenses imprévues et non budgétisées ne sont pas sans réduire les bénéfices. Et de rappeler que les chefs d’entreprise sont sortis d’une année pénible, à savoir, 2019. Pour lui l’impact est double : celui de l’année 2019 et celui de la pandémie en 2020.

En 2019, l’activité économique s’est arrêtée depuis le décès de l’ancien président BCE en juin jusqu’au mois de décembre 2019. D’ailleurs, le taux de croissance l’a bel et bien illustré, rappelle-t-il. « Quoi qu’on dise, le taux de croissance de 2019 n’a pas dépassé 0,1% », rappelle-t-il.

Le président de TABC rappelle que suite aux élections législatives et à la Présidentielle tout le monde était prêt à la relance économique et pour renouer avec la croissance. Mais tous les acteurs économiques ont subi de plein fouet la pandémie.

Revenant sur les conséquences, jusqu’à la fin de mars-mi-avril, l’industriel tunisien affirme que la situation est gérable. Mais « à partir de la troisième semaine, les dégâts commencent à se faire sentir », lance-t-il.

Bassem Loukil n’est pas sans cacher sa crainte que cette pénible situation due au confinement ne fasse boule de neige au fur et à mesure que le confinement continue jusqu’à la mi-mai. Et ce, que ce soit au niveau des trésoreries des sociétés et sur le coût de maintenance des sites industriels. Après une fermeture de deux mois. A Tout cela s’ajoute le risque de  résiliation des contrats de la part des clients étrangers. Il assène : « Si on ne livre pas fin avril, les pertes seront énormes », a-t-il précisé.

La perte des clients étrangers pointe à l’horizon

L’industriel tunisien affirme, également, qu’il a communiqué toutes ces craintes au ministère de l’Industrie. « Nous avons des clients traditionnels à l’export depuis des années qui menaçant aujourd’hui de résilier définitivement les contrats si la livraison ne se fait pas d’ici fin avril », s’inquiète-t-il.

Bassem Loukil estime que les clients étrangers n’hésiteront pas à se tourner vers les industriels et les exportateurs chinois et marocains. « D’ailleurs, la Chine offre ses services à tous nos clients européens « , continue-t-il. Il affirme que « nous risquons un effet Boomerang sans précédent « .

Le président-directeur général du Groupe Loukil rappelle, également, que l’UGTT et le gouvernement ont décidé d’honorer les salaires. Et ce par n’importe quel moyen. « Le problème consiste qu’au bout de six semaines d’inactivité, les entreprises n’ont pas de trésoreries pour y faire face », regrette-t-il.

Plus de trésorerie pour les entreprises après le déconfinement

Pour lui, cette situation se transformera en réel problème pour une future relance. Et ce puisque la grande partie des entreprises sont tenues d’honorer leurs engagements auprès de la CNSS et les impôts fin mars- début avril. « Sans oublier que les entreprises sont obligées de payer les salaires fin avril « , rappelle-t-il.

Il s’interroge, dans le même sillage, sur la situation des trésoreries de ces entreprises fin mai. Et pour reprendre l’activité. « Elles n’auront rien dans les comptes pour s’approvisionner et relancer l’activité et c’est là le hic « , regrette-t-il.

Bassem Loukil ajoute que le marché financier, au jour d’aujourd’hui, n’est pas « en train de jouer le jeu ». Et ce car le taux directeur reste élevé dans un contexte de crise mondiale.  « L’essentiel est de maintenir le secteur économique et les entreprise étatiques et publiques en vie », espère-t-il. Et de souligner l’impératif de sauver les emplois.

Pour notre invité, pour pouvoir parler de relance et du maintien des emplois et une éventuelle maîtrise de l’inflation dans six mois. « Mais si dans trois mois les entreprises ne reçoivent pas le soutien financier espéré, entre 50 et 60% des PME feront faillite », s’alarme-t-il.

« A quoi bon de parler d’inflation à un moment où la situation sociale et le taux de chômage explosent », regrette-t-il.

La BCT et les banques tunisiennes doivent sauver le tissu économique

Bassem Loukil illustre ses propos par le cas de l’Europe où suite au confinement, le pays se trouverait face à une vague de licenciement massif durant trois ans. Mais « aujourd’hui personne n’ose licencier dans une situation sanitaire précaire » ; affirme-t-il. Ainsi, « les banques et la Banque centrale doivent jouer le jeu pour sauver le tissu économique » ; recommande-t-il. Et ce pour préparer le terrain pour la relance.

Sur un autre volet, notre invité affirme qu’il s’est entretenu, en compagnie d’un groupe d’hommes d’affaires avec le Chef du gouvernement. Tous les présents étaient unanimes sur le diagnostic et les solutions.

Déconfinement, tous les secteurs sont vitaux

Répondant à notre question qui porte sur son avis sur le déconfinement graduel, Bassem Loukil affirme que l’Etat va se rendre à l’évidence, d’ici le 4 mai, que la situation de tous les secteurs est critique. L’Etat se rendra compte également que tous les secteurs sont vitaux.

« Il faut faire donc un arbitrage dans le sens où les sociétés qui peuvent reprendre avec un minimum d’effectif et monter en cadence progressivement quelle que soit la nature de l’activité peuvent bénéficier de cette reprise au ralenti », suggère-t-il.

Par ailleurs, l’Etat peut décider selon l’évolution du nombre des cas contaminés, la disponibilité des masques et le respect du cahier des charges dont le chef du gouvernement  a parlé. « Il faut que chaque secteur reprenne progressivement.  Mais pour sauver l’économie, il faut que chaque secteur reprenne progressivement et en parallèle ».

Chaque semaine compte dans la vie d’une entreprise

Notre interlocuteur affirme qu’ « à partir de cette semaine, chaque semaine compte dans la vie des entreprises en difficulté ». Selon lui, une semaine de confinement durant le mois d’avril est une année dans la vie d’une entreprise. « Je dirais qu’entre 75 à 80% des PME souffrent à un point inimaginable et que des milliers d’entreprises sont menacées de faillite », conclut-il.

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