Mohamed Balghouthi: « Dans une génération (20 ans), la Tunisie rejoindra les pays développés »

Mohamed Balghouthi

Le dernier rapport de Crisis Group met l’accent sur l’importance de l’indépendance économique pour la Tunisie. Mohamed Balghouthi, consultant international tunisien en stratégie et intelligence économique. Et enseignant dans plusieurs Masters « Purchasing & Supply Chain Management » Intelligence Economique, cofondateur du CRET (Comité de Réflexion sur l’Economie Tunisienne) et du GIEST (Groupe d’Intelligence Economique et Scientifique de Tunisie) livre une analyse de la situation économique

-Quelles sont les principales conclusions qu’ il faut en tirer?

Mohamed Balghouthi : La Tunisie est dans un point d’inflexion car en 9 ans, les principales revendications économiques et sociales n’ont pas été réalisées. Le modèle économique et industriel est à bout de souffle.

Le système politique a changé mais l’Etat n’a pas changé. Il a gardé ses vieux réflexes de contrôle et de contraintes sur les administrés. Par contre, les facteurs de la colère sont toujours là. Et ne demandent qu’à s’exprimer. Sauf qu’aujourd’hui cette colère peut se manifester de façon non pacifique. Le schéma identitaire commun à toutes ces revendications populaires se regroupe autour de l’idée de souveraineté.

Mais dans les faits économiques, le politique n’a pas la solution pour passer d’un discours populiste à un discours et une action technique pour réaliser cette souveraineté. L’apprentissage politique de la démocratie s’est fait au détriment de l’économie. Ceci n’est plus possible.

La seule façon raisonnable et pacifique qui permette à la fois l’apprentissage nécessaire de la démocratie (encore au moins 15 ans) et le maintien d’une économie proactive passe par la création d’une Agence Nationale d’Intelligence Économique. Laquelle travaille sur un temps plus long que celui de la politique, mais en collaboration avec l’Exécutif et les acteurs économiques du pays. L’économie et l’industrie se situent en effet sur une ou deux générations (20 à 40 ans au moins) alors que le temps politique est celui d’un mandat (5 ans).

Quel est l’impact économique si l’Agence nationale économique voit le jour, dans le court  terme et le moyen terme?

Mohamed Balghouthi : dans le court terme 2020-2030, nous allons mettre en chantier 3 actions majeures :

  • Une cartographie immédiate de tous les secteurs industriels, économiques et professionnels de la Tunisie.
    Ceci nous permettra de connaître réellement les secteurs en fin de vie, voués à disparaître à cause du tsunami de la 4ème Révolution industrielle.
    Cette cartographie nous permettra ensuite d’accompagner les entreprises du patronat à se désengager des secteurs économiquement morts, et de préparer une transition pour les ressources humaines sur des activités à plus haute valeur ajoutée et pérennes.
  • Créer en même temps que le repositionnement de l’ancienne économie un Patronat 4.0. Opérant à partir de la Tunisie mais directement inscrit dans la chaîne de valeur mondiale de l’Industrie 4.0.
    Ici, un cadre législatif spécial sera créé, complétant le Start-up Act. Permettant une réglementation appuyant l’inventivité et la créativité qui sont les maîtres-mots de cette Nouvelle économie 4.0.
  • Travailler sur le dialogue socio-économique entre l’économie formelle et l’économie informelle (qui pèse l’équivalent de 50% du PIB formel, autour des 17 Milliards de $/an). En 2019 Le PIB de la Tunisie valait en effet 38 Milliards de $ officiels + 17 Milliards de $ de non officiel (Rapport de l’Institute for Security Studies)
    Nous devons absolument récupérer et intégrer la plus grosse partie de ces ressources qui pourront booster le pays dans des projets globaux et internationaux.

Au Top 50 des pays développés

Ce court terme prendra 5 à 10 ans et permettra de multiplier le PIB de la Tunisie par 3. Moyen terme 2030-2040 : Au bout de dix ans de transition industrielle et économique, la masse critique de l’économie sera entraînée par ces nouvelles industries 4.0, et permettra de fait à la Tunisie de se placer dans la chaîne de valeur mondiale parmi le top 50 des pays sur les 10 prochaines années après 2030.

À l’échelle d’une génération (20 ans), la Tunisie rejoindra enfin le rang des pays développés.

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