Une « Place Jérusalem » à Paris : quelle Jérusalem ?

Place Jérusalem

L’inauguration à Paris d’une « Place de Jérusalem » par la Maire de la capitale française Anne Hidalgo n’est pas passée inaperçue.

Une décision qui a rapidement viré à la polémique, mais qui s’est traduite en acte le 30 juin dernier. L’inauguration à Paris d’une « Place de Jérusalem » mérite d’être mise en perspective. Alors qu’elle pourrait rejaillir dans la campagne municipale qui vient d’être lancée à Paris, ville-monde par excellence.

Le coup d’éclat de Jacques Chirac à Jérusalem

Jérusalem abrite les Lieux saints des trois religions monothéistes. Ce caractère sacré a fait de la ville Sainte le cœur de la construction idéologique et territoriale des nationalismes israélien et palestinien.

Or en décembre 1980, après l’annexion de la partie arabe de la ville en 1967, la Knesset déclarait Jérusalem « réunifiée » comme « capitale » – « éternelle et indivisible » – de l’État d’Israël. Pourtant, une telle revendication unilatérale est infondée en droit international.

A ce titre, la France ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. Et elle considère même que la Ville sainte doit devenir la capitale de deux États: Israël et le futur État de Palestine.

C’est aussi dans cet esprit que le président Chirac se rendait en voyage officiel en Israël le 22 octobre 1996. A cette occasion, il exprimait, le temps d’une tirade, le sentiment d’humiliation vécu par les Palestiniens soumis à l’occupation militaire israélienne.

Son face-à-face avec les services de sécurité israéliens qui s’interposaient avec zèle entre lui et la population palestinienne, venue à sa rencontre dans une ruelle proche du Saint Sépulcre, avait été ponctué par ces mots qui resteront dans les annales : « This is not a method. This is a provocation ». Un geste gaullien au cœur de la Ville Sainte, d’autant plus fort que l’ancien chef de l’État restera aussi dans l’Histoire comme le président de la République française qui a reconnu la responsabilité de l’État dans la Shoah. La justice, elle, est une et indivisible.

L’inauguration d’une place très politique

Par une ruse de l’Histoire, c’est précisément de « méthode » et de « provocation » qu’il s’agit notamment. Et ce, avec la décision de son successeur Anne Hidalgo à la Mairie de Paris d’inaugurer une « Place de Jérusalem ».

Car, le choix des noms de rue ou de place revêt souvent une dimension politique, symbolique, voire axiologique. Qui plus est dans la capitale d’une ville-monde comme Paris. C’est le cas de la dénomination de cette place située dans le 17e arrondissement de Paris.

Néanmoins, le choix d’honorer Jérusalem n’a rien de condamnable en soi, au contraire. Du reste, officiellement, la Place de Jérusalem devait célébrer la vocation œcuménique de la Ville sainte. Un discours officiel qui a pourtant volé en éclat après les révélations du président du Consistoire central, Joël Mergui. En effet, selon lui, cette décision « fait suite à [s]a proposition, exprimée lors de la réception du président de la République d’Israël Reuven Rivlin à l’Hôtel de Ville [en janvier 2019] ».

Dans des courriers qu’il a échangés avec la Maire de Paris, Anne Hidalgo y justifiait la création d’une place de Jérusalem par les liens entre Paris et la « communauté juive »; et afin de « commémorer l’amitié qui unit la Ville de Paris à l’État d’Israël ». Elle soulignait aussi que la future place se trouverait « aux abords » d’un lieu « hautement symbolique »: le futur Centre européen du judaïsme.

Ainsi, l’argumentaire, pour le moins orienté, nous éloigne de l’esprit œcuménique alors promis. Il relève au contraire d’une logique plus communautariste et clientéliste à quelques mois du scrutin municipal…

La place Jérusalem sous le signe exclusif d’Israël

En inaugurant une « place de Jérusalem » sous le signe exclusif des liens entre la capitale française, sa « communauté juive » et Israël, la Maire de Paris omet tacitement le caractère multiconfessionnel de la « Ville sainte ». De même que la légitime revendication des Palestiniens de faire de sa partie orientale la capitale de leur État.

Aussi, la démarche d’Anne Hidalgo sous-tend-elle une adhésion au principe du fait accompli d’une annexion israélienne de Jérusalem-Est.

Du reste, lors de l’inauguration de la Place, la présence et la satisfaction affichée du maire de Jérusalem, Moshe Leon, farouche partisan de la colonisation, renforçait le malaise déjà palpable au sein de la majorité municipale.

Enfin, l’inauguration intervient après l’annonce successive de Donald Trump et Jair Bolsonaro de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Ce faisant en rompant ainsi le consensus de la communauté internationale…

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