Le Liban : le tournant ou l’impasse ?

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Photo : Raboboy (twitter)

Les manifestations d’une ampleur considérable continuent au Liban. Elles transcendent les traditionnels clivages politiques communautaires.

C’est un évènement sans précédent depuis la création de l’État du Grand Liban, le 1er septembre 1920. Une mobilisation populaire qui n’est pas près de prendre fin, malgré l’annonce de la démission du Premier ministre Saad Hariri.

Et pour cause, non seulement ce dernier pourrait rester au pouvoir, mais les racines du mouvement sont plus profondes. C’est le « système libanais » qui est visé. Or sa remise en cause relève d’une situation inextricable, avec en toile de fond une dégradation de la situation financière du pays.…

Un système constitutionnel confessionnel

La donnée religieuse et confessionnelle semble davantage affaiblir l’État que renforcer son pouvoir au Liban. En effet, le pays incarne un type de démocratie (consociative et) confessionnelle. Si la République parlementaire mise en place par la constitution de 1926 a été révisée à partir de l’accord de Taëf, conclu en 1989 (à la fin de la guerre civile qui a éclaté en 1975), le Liban présente un système politique bâti sur un fragile équilibre entre les différentes communautés.

Fondé sur une répartition du pouvoir politique proportionnelle au poids de chaque communauté religieuse (le président de la République doit être de confession maronite, le premier ministre, sunnite et le président de la chambre des députés, chiite), ce confessionnalisme institutionnel est le reflet de la composition pluri-confessionnelle de la société libanaise.  Ce système politique est censé épargner au Liban l’hégémonie d’une communauté sur une autre, comme c’est le cas en Syrie, en Irak et en Égypte.

Risques de vide institutionnels

En pratique, ce système entretient les risques de blocage et de vide institutionnels, comme l’atteste la période de deux ans et demi (mai 2014-octobre 2016) durant laquelle le pays a vécu avec une présidence de la République vacante…

Formellement, la Constitution nationale prévoit une répartition des pouvoirs institutionnels entre les principales communautés. Le président de la République doit être de confession maronite, le Premier ministre, sunnite et le président de la Chambre des députés, chiite.

Le Parlement libanais garantit la représentation politique des communautés. En effet, les 128 sièges de députés sont répartis à égalité entre chrétiens (issus des principaux rites) et musulmans. Ce système politique est censé épargner au Liban l’hégémonie d’une communauté sur une autre, comme c’est le cas en Syrie, en Irak et en Égypte.

En réalité, depuis la sortie de la guerre civile, le Hezbollah est devenu un acteur politique central qui domine le jeu politico-institutionnel libanais. Une position et un statut qui n’a cessé de se renforcer, ce qui a progressivement motivé l’Arabie saoudite à s’engager dans une stratégie d’ingérence croissante en vue de contrer cette hégémonie.

Un mouvement « dégagiste » transcommunautaire

Depuis le 17 octobre, du nord au sud du pays, des centaines de milliers libanais issus de la société civile et de toutes confessions protestent pacifiquement et fustigent un système politique oligarchique sclérosé, une classe politique jugée incompétente et corrompue qui a fait main basse sur les richesses nationales depuis des décennies.

Le jeu du clientélisme permet à des personnalités ineptes d’accéder à des responsabilités qui ne correspondent en rien à leur compétence présumée. Le résultat est implacable : une dégradation des conditions de vie de la population à cause d’un Etat défaillant, incapable d’assurer le bon fonctionnement de services publics de base, comme la propreté, la distribution de l’eau et de l’électricité…

Le trio politique et partisan « Hezbollah-Amal-CPL », au pouvoir, se trouve ainsi au cœur de la crise et mis en accusation, au moins implicitement. La population mobilisée réclame un renouvellement global de la classe politique et la mise en place d’un cabinet d’indépendants ou technocrates.

Toutefois, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah (principale force politique et militaire du pays), a prononcé un discours très ferme rejetant toute perspective « révolutionnaire » : sa ligne est celle du statu quo du système libanais. Une stratégie confortée par l’absence d’alternative politique claire.

Si l’impasse joue en faveur du maintien du gouvernement intérimaire dirigé par Saad Hariri (qui a perdu toute crédibilité), elle ne fera que nourrir la tension au sein d’une société qui mue en nation unie par-delà ses clivages …

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