Construire notre démocratie à nous, notre démocratie des zigzags      

Démocratie élections Tunisie

Il ne reste plus que quelques jours pour aller voter et choisir un prochain président de la République en démocratie. Et la situation politique et électorale n’a jamais été aussi opaque, rebutante et déroutante pour l’électeur tunisien.

On peut dire sans risque d’erreur que depuis l’invention de la technique électorale et l’émergence de la démocratie comme système de gouvernement, aucun corps électoral dans le monde ne s’est trouvé dans une situation aussi abracadabrante, extravagante, ahurissante, délirante, saugrenue et farfelue que celle de la Tunisie.

Cela fait près de neuf ans maintenant depuis que nous avons décidé de vivre en démocratie. Et que nous nous sommes engagés à faire notre transition démocratique. Et ce, afin de rejoindre le rang des pays évolués. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Car nous sommes un peu dans la situation de cet homme qui, du jour au lendemain, a décidé de devenir respectable et de vivre désormais honnêtement. Mais, au lieu de se mettre sur le droit chemin, il a continué sa route en zigzagant.

La démocratie ne se construit pas avec une économie à vau-l’eau

La démocratie ne se construit pas avec des zigzags. Elle ne se construit pas avec une classe politique qui ne cesse de prouver que l’intérêt supérieur de la nation est le cadet de ses soucis. La démocratie ne se construit pas en pactisant avec la corruption et les plus fétides bassesses qui en découlent. Elle ne se construit pas avec une économie à vau-l’eau et des systèmes d’éducation et de santé au bord de l’effondrement…

Néanmoins, on continue de faire semblant de construire. Et il ne reste plus que quelques jours pour aller voter. Soit deux dimanches de suite aux législatives et au second tour de la présidentielle.

Deux dimanches de suite aux législatives et au 2ème tour de la présidentielle

Pour les législatives, à part deux ou trois partis, dont celui de Abir Moussi qui a pris la peine d’expliquer leurs programmes électoraux, l’électeur est dans l’ignorance totale des programmes des centaines de listes en compétition. Et même de l’identité des candidats qui les composent. Et ce, sans parler de la compétence, la moralité et la rectitude requises pour un représentant du peuple.

Pour la présidentielle, nous avons franchi le Rubicon. Et ce, en nous singularisant comme le peuple qui a accepté de voter dans le scrutin présidentiel le plus extravagant que le monde a eu à expérimenter. Tout a commencé avec les 26 candidats du 1er tour. Dont l’un est en prison et un autre en fuite à l’étranger. L’électeur n’était pas bien sûr face à 26 programmes présidentiels différents. Mais face à 26 égos surdimensionnés, chacun étant convaincu et jurant ses grands dieux qu’il est le seul valable pour le poste. Et le seul capable de sauver le pays et ses habitants de la catastrophe annoncée.

Les résultats du 1er tour sont à la mesure de l’extravagance du scrutin lui-même. Les deux premiers étant le prisonnier empêché de mener sa campagne. Et un autre candidat sorti de nulle part. Et dont l’écrasante majorité des gens s’interrogent encore aujourd’hui sur son programme, sa personnalité. Ainsi que sur la machine électorale mystérieuse qui lui a permis de se hisser au premier rang.

Mais ce n’est pas tout. Un obscur avocat spécialisé dans la défense des terroristes. Et pour qui Oussama Ben Laden est un « martyr ». Cet obscur avocat donc a eu, à lui seul, plus de voix que n’a eu la longue liste d’anciens ministres, d’un ancien chef de gouvernement et de plusieurs militants. Dont certains, à l’instar de Hamma Hammami, militent depuis près d’un demi-siècle…

Le 13 octobre, nous sommes donc appelés à aller voter pour choisir un président entre Nabil Karoui et Kaïs Saïed. Or, à ce jour, Nabil Karoui est toujours en prison. Et indépendamment de la question de savoir qui est réellement responsable de cet imbroglio politico-électoral, la justice se trouve dans une position intenable. Quelle que soit la décision qu’elle sera amenée à prendre.

Si la justice décide de le relâcher, elle devra argumenter sa décision. Quand on sait que depuis l’incarcération de ce candidat, aucun fait nouveau n’est intervenu. On se demande quelle argumentation juridique les juges vont trouver dans le cas où ils optent pour la libération. Car, dans ce cas de figure, l’opinion ne manquera pas de se poser la question tout à fait logique d’ailleurs. S’il est innocent, pourquoi l’avoir arrêté, et s’il est coupable, pourquoi l’avoir libéré ?

Dans le cas où la justice décide de le garder en prison, tout le processus électoral risque d’être remis en cause. Et l’élection présidentiel risque fort d’être annulée.

Une chose est certaine, le monde doit regarder notre cafouillage démocratique. Et ce, avec un étonnement teinté de condescendance. Quant à nous-mêmes, nous n’avons nullement à être étonnés de ce qui nous arrive. C’est la suite logique de la catastrophe initiale que nous nous sommes auto-infligés le 23 octobre 2011. Le jour où, croyant élire une ANC, nous avons ouvert les portes du pays à l’obscurantisme, la hargne, la voracité, la corruption à grande échelle et l’incompétence dévastatrice. Et comme si de rien n’était, nous continuons à construire notre démocratie à nous, notre démocratie des zigzags.

 

 

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