On ne sort pas indemne d’une guerre avec l’Iran

Guerre avec l'Iran

Commençons par une évidence : si l’Arabie saoudite ne s’était pas fourvoyée dans le bourbier yéménite. Et si Donald Trump ne s’était pas retiré de l’accord nucléaire signé en 2015 entre l’Iran et l’Occident, le Golfe ne serait pas menacé d’embrasement. Le cours du brut n’aurait pas progressé de 10% en une journée, chose que le monde n’a pas vu depuis la première guerre d’Irak menée par Bush père en 1991.

Les parties signataires n’ont le droit de se délier de leurs engagements que dans le cas où l’Iran ne respecterait pas ses engagements. Tels sont les termes de l’accord nucléaire de 2015

L’Iran n’a pas enfreint un seul de ses engagements. C’est l’avis de l’AIEA, l’instance chargée du contrôle du respect de tous les accords ayant trait au nucléaire, .

La décision de Trump de se retirer n’a rien à voir avec le contenu de l’accord nucléaire. Celui-ci ne l’a probablement jamais lu. Deux raisons expliquent le retrait américain de l’accord.

La première est que Trump déteste fortement son prédécesseur. Il s’efforce depuis qu’il est en place d’effacer les traces d’Obama tant en politique intérieure qu’extérieure. L’accord nucléaire avec l’Iran étant l’une des plus grandes réalisations du président afro-américain.  Sinon la seule, en politique étrangère, Trump ne pouvait pas résister au plaisir de priver son prédécesseur de sa belle réalisation.

La deuxième raison qui a poussé Trump à prendre cette grave décision, c’est évidemment la pression conjointe exercée par l’Arabie saoudite et Israël. Ils cherchaient, par tous les moyens, à envenimer les relations entre l’Iran et les Etats-Unis. Et ceci, dans l’espoir de provoquer une guerre entre les deux pays. Tel-Aviv et Riyad ont largement réussi à envenimer les relations irano-américaines, mais pas à provoquer une guerre.

Pompeo privé de son alter ego

Vint ensuite l’attaque des installations pétrolières saoudiennes par des drones. Elle a gravement endommagé la production et entraîné une forte flambée du prix du brut. Les Houthis ont revendiqué l’attaque, mais l’Arabie saoudite et le War Party (parti de la guerre) à Washington pointent leur doigt vers l’Iran. Pendant que les enquêtes internationales se poursuivent pour déterminer l’origine de l’attaque. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a déjà décidé que c’est l’Iran qui a envoyé les drones destructeurs. Par conséquent ce pays a commis « un acte de guerre ».

Pompeo, privé de son alter ego Bolton, partisan hystérique de la guerre perpétuelle, que Trump a fini par renvoyer de son poste de conseiller à la sécurité nationale, privé donc de son ami, Pompeo a moins d’influence et par conséquent moins de chances de fêter le déclenchement d’une guerre contre l’Iran qu’il appelait de ses vœux.

Une guerre contre l’Iran est-elle plausible ?

On reste pantois face à l’inconscience et à l’irresponsabilité des fervents partisans de la guerre contre l’Iran. A Tel-Aviv, Riyad et Washington, ont est en train de remuer ciel et terre pour qu’elle ait lieu.

On reste pantois, en effet, quand on sait qu’une simple attaque par deux drones sur les installations pétrolières d’Aramco a fait passer la production saoudienne de près de 11 millions de barils par jour à 5 millions et que les dégâts prendraient des mois pour être réparés. Qu’en sera-t-il si une guerre totale se déclenche ?

L’Iran n’est pas un adversaire facile contre lequel on peut s’engager dans une guerre et s’en sortir indemne. Il y a près de quarante ans déjà, en 1980, un an après la révolution khomeiniste, l’Iran a résisté huit ans dans la guerre contre l’Irak. Alors que la République islamique fût alors isolée et que Saddam bénéficiât du soutien de pratiquement tous les pays occidentaux et de tous les pays de la région, à l’exception de la Syrie.

Stupidité des stratèges américains

En quarante ans, l’Iran a eu largement le temps de développer ses capacités défensives, même si son budget militaire (15 milliards de dollars) est insignifiant par rapport au budget gigantesque (750 milliards de dollars) de la puissance américaine. Celle-ci, sans le vouloir évidemment, a fortement contribué à la construction de la puissance de l’Iran. Avec ses guerres désastreuses qu’il a déclenchées contre l’Afghanistan et l’Irak, George W. Bush a débarrassé l’Iran des régimes ennemis des talibans et de Saddam Hussein. Divine surprise pour l’Iran : l’Irak, par la stupidité des stratèges américains, se transforma de pays ennemi en pays non seulement ami, mais servant aussi de profondeur stratégique pour l’Iran…

Au lieu d’être de mauvaise humeur et déçus que les Etats-Unis ne partent pas en guerre contre l’Iran, les Saoudiens doivent plutôt prier Dieu pour que cette guerre n’ait jamais lieu. Car si par malheur elle se déclenchait, toutes les bases militaires américaines de la région, toutes les installations pétrolières et les infrastructures vitales du royaume et de ses alliés de la région seraient les cibles des forces armées iraniennes. La guerre serait totale et pourrait s’étendre jusqu’à Israël.

Quelle position de Saoudiens ?

Les Etats-Unis ne peuvent ignorer cela, et c’est pour cette raison qu’ils n’iront pas en guerre contre l’Iran. Ils n’ont pas réagi quand l’Iran a abattu leur drone, un joyau de 250 millions de dollars. Les Etats-Unis n’ont pas réagi quand l’Iran a séquestré un pétrolier britannique. Ils n’ont pas réagi aux multiples attaques lancées par les Houthis avec des armes iraniennes et dont la dernière a déstabilisé les marchés pétroliers internationaux.

Les Saoudiens gagneraient à se poser la question de savoir pourquoi des systèmes de défense ultrasophistiqués achetés chez l’allié américain à coups de milliards de dollars n’ont pas pu protéger des installations pétrolières vitales pour le pays contre deux petits drones ne valant pas plus que quelques milliers de dollars ?

Les Saoudiens doivent savoir que les Etats-Unis n’entrent en guerre que contre les pays faibles incapables de se défendre, comme l’Irak de Saddam qui était à genoux, ou contre la Somalie ou encore la Libye. Ils adorent les guerres avec OK (zero killed-zéro tué), comme disaient les GI’s quand ils revenaient sains et saufs d’une mission de combat dangereuse.

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