Elections présidentielles : les trois leçons du premier tour

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Photo Isie

Alors que les résultats du premier tour des élections présidentielles commencent à se dessiner, des enseignements peuvent déjà être tirés.

D’abord, la première conclusion du résultat du premier tour des élections présidentielles concerne les stratégies de communication auxquelles nous avons eu droit pendant près de deux semaines.

Les stratégies classiques de communication sont révolues

Les candidats ne se sont pas épargnés et la seule stratégie de certains était de critiquer les autres, de donner des constats sans aucune solution concrète et crédible. Cela sans oublier des programmes qui ne pourront jamais être mis en place, surtout dans leur volet économique.

Durant les douze jours de campagne pour les élections présidentielles, plusieurs candidats ont investi des montants astronomiques dans les affichages et les panneaux publicitaires. Mais pour quel résultat ? Aucun.

Les résultats montrent qu’il est quasiment impossible d’effacer de la mémoire commune l’appréciation qu’ils ont sur une personne. Kais Saied a toujours gardé l’image du professeur intègre et correcte qu’il a pu avoir dès son premier passage un certain soir à la télévision nationale. L’homme n’a quasiment rien dépensé et a même refusé d’apparaître dans certains médias pour parler de son programme. Le contact direct dans des endroits publics, sans meetings, sans affiches, sans rien du tout lui ont été largement suffisants.

En parallèle, Facebook a joué un rôle très important. Si on veut éliminer un concurrent politique, il faut bâtir une stratégie de longue haleine. Il suffit de créer une image négative, même via un mensonge, et de la diffuser de façon répétitive durant des années. Au fil du temps, une image négative se construit autour de ce personnage et il ne parviendra jamais à l’éradiquer. Les meilleurs exemples sont Mohsen Marzouk et l’affaire Panama papers et Mehdi Jomaa et la question de Total !

Une jeunesse déconnectée

Ensuite, les jeunes ont massivement voté pour un candidat considéré comme « anti-système », une figure, que quelques mois auparavant, personne ne voyait en première place. En effet, ces jeunes qui ont créé la différence votent pour la première fois. Ils ne suivent pas la politique ni de près ni de loin. Ils ne s’identifient à aucun des candidats qui proposent des programmes qui n’inspirent pas le futur. Est-ce qu’un étudiant s’intéresse aujourd’hui à des sujets comme l’héritage, la peine de mort, la relation avec la Syrie ou les équilibres politiques de la région ? Et comment certains candidats ont tenté d’attirer ce gisement électoral ? Via la promesse de réduire la peine du cannabis !

Les jeunes ne sont pas producteurs et subissent directement le bilan économique du pays. Si le pouvoir d’achat de leurs parents est touché, ils auront moins de chances pour décrocher leur argent de poche. Ils constatent quotidiennement le gap qui s’aggrave entre les catégories sociales et sont facilement influençables par ce qui est partagé sur les réseaux sociaux.

Tous les candidats qui ont occupé un poste dans l’un des gouvernements post-révolution ont été écartés. Après huit ans de plateaux télévisés, de débats, et de tourisme politique, les Tunisiens ne veulent plus revoir les même figures pour encore cinq ans.

Des startups politiques au lieu de partis structurés

Dans le Top 10, quatre candidats n’ont pas de partis politiques. Deux ont des partis qui ont moins d’une année. Les deux finalistes appartiennent chacun à l’un de ces deux groupes.

Pourquoi donc investir pour créer un parti durant des années non électives ? C’est un coût qui n’est plus justifié. De plus, vu que les partisans peuvent facilement changer de camp, ce n’est plus la peine de créer des partis.

Désormais pour les candidats à la présidentielle, et probablement aux législatives, il suffit de créer une startup politique à quelques mois des élections, d’y investir massivement et de jouer la carte du changement. S’il y a de nouvelles figures, tant mieux car le peuple a bien marre des classiques. D’ailleurs, il est temps pour certaines personnalités, qui n’ont pu avoir 2% des voix, de quitter la scène.

Dernier point : il est préférable que cette stratup ait un aspect associatif, avec une présence sur le terrain. Le travail politique à lui seul est insuffisant. C’est malheureusement ce que plusieurs se sont habitués à avoir depuis l’ère de Ben Ali : de l’aide sociale et financière contre l’appartenance au parti. Les faits ont montré que ce modèle reste encore viable.

Maintenant, il faut travailler pour sauver les législatives. A ce rythme, on risque d’avoir une nouvelle mosaïque politique qui résulte en un pays ingouvernable !

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