Attaque contre les tankers japonais et norvégien : à qui profite le crime ?

Golf d'Oman L'Econoimste Maghrébin

Un tanker japonais, le ‘Kokuka Courageous’, et un autre norvégien, le ‘Front Altair’ ont été les cibles d’attaques le jeudi 13 juin dans le Golfe d’Oman. Un mois plus tôt, quatre navires ont été pris pour cibles au large de l’émirat de Foujeyra.

Cette fois, tout comme le mois dernier, les accusations ont visé et visent encore l’Iran. Cette fois comme le mois dernier, c’est le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, sans présenter de preuves, faisait assumer la responsabilité des attaques à l’Iran.

Quelques heures après les accusations de Pompeo, l’armée américaine a diffusé une vidéo montrant, selon elle, une patrouille des gardiens de la révolution  dans la mer d’Oman qui prouverait que l’Iran est derrière cette affaire. Les images en noir et blanc montrent une vedette blanche s’approchant du « Kokuka Courageous ». Des hommes retirent ce que les Etats-Unis identifient comme une mine ventouse qui n’aurait pas explosé sur la paroi du tanker, puis s’éloignent.

Ce que les Etats-Unis présentent au monde comme preuve, ce sont des images de mauvaise qualité montrant une embarcation ne comportant aucun indice de nature à permettre de déterminer ni l’identité ni la nationalité des hommes. Ceci n’a pas empêché Trump d’emboiter le pas à son secrétaire d’Etat pour accuser l’Iran avec l’assurance de celui qui détient la preuve irréfutable. Dans une interview à Fox News vendredi, le président américain a affirmé : « L’Iran a fait ceci. On voit le bateau, avec une mine qui n’a pas explosé et c’est signé par l’Iran. »

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Jawad Zarif n’a pas tardé à balayer les accusations américaines en accusant à son tour les Etats-Unis « de sabotage diplomatique et de maquillage de son terrorisme économique contre l’Iran ». Réagissant officiellement, le ministère iranien des A.E. a jugé « sans fondement » les accusations d’une implication iranienne dans les attaques.

Une question de bon sens

En l’absence de preuves, la question classique et pleine de bon sens que l’on se pose depuis la nuit des temps est : à qui profite le crime ? Si l’on veut une réponse honnête et impartiale, il est difficile de dire que le crime profite à l’Iran. Cela n’exclut nullement l’hypothèse que des Iraniens pourraient être impliqués. Plus clairement, l’attaque contre les deux tankers japonais et norvégien ne servent pas les intérêts de l’Etat iranien, mais pourrait avoir été menée par des extrémistes incontrôlés, faisant ou non partie des Gardiens de la révolution, mécontents de la gestion diplomatique par le président Hassan Rohani et de son ministre des A.E. Jawad Zarif de la crise qui oppose leur pays aux Etats-Unis.

Cela dit, et en attendant que cette hypothèse soit prouvée par des enquêteurs honnêtes et impartiaux, on peut affirmer que le bon sens nous incite à penser que le crime en question profite plutôt aux ennemis de la République islamique qui, depuis des années, tentent de provoquer une confrontation armée entre l’Iran et les Etats-Unis. En toute objectivité, une guerre entre ces deux pays ne sert les intérêts d’aucun d’entre eux. Mais, en revanche, elle sert énormément les intérêts d’Israël et de l’Arabie saoudite pour qui l’existence même de la République islamique est un cauchemar qui dure depuis quarante ans. De là, à dire que les Saoudiens ou les Israéliens sont derrière l’attaque, il n’y a qu’un pas qu’il serait malhonnête de franchir en l’absence de preuves.

Mais si une guerre avec l’Iran ne sert pas les intérêts des Etats-Unis, cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas au sein même de l’establishment washingtonien des hommes influents, à l’instar de John Bolton et Mike Pompeo, qui poussent vers une solution militaire à la crise avec la République islamique. Tout comme on n’a pas exclu l’hypothèse des éléments iraniens incontrôlés, on ne peut pas exclure l’hypothèse que le parti de la guerre perpétuelle, comme on l’appelle déjà aux Etats-Unis, pourrait être derrière les attaques du mois dernier et du 13 de ce mois.

Démangeaisons d’hier et d’aujourd’hui

Si cette hypothèse se confirme et si, par malheur, elle aboutit à une guerre avec l’Iran, ce sera la deuxième fois que le pays agresseur, l’Amérique dans le cas d’espèce, fomente une attaque contre un objectif maritime pour en accuser l’adversaire qu’il veut détruire.

En 1964, l’administration Johnson était, vis-à-vis du Vietnam, en proie aux mêmes démangeaisons que celles qui affligent aujourd’hui l’administration Trump vis-à-vis de l’Iran. Johnson avait trouvé son casus belli pour déclencher sa guerre contre le Vietnam dans la nuit du 2 au 3 août 1964 quand la CIA avait fomenté une attaque contre un navire américain dans le Golfe du Tonkin, aussitôt attribué aux forces nord-vietnamiennes. Ce fut le début d’une guerre désastreuse pour les deux pays et qui se termina par l’humiliante défaite américaine le 30 avril 1975.

Si les politiciens américains savaient lire l’histoire et tirer ses leçons, leur dernière guerre aurait été celle du Vietnam. Mais au lieu de la dernière guerre, c’est la guerre sans fin qu’offre au monde l’Amérique. Et il en sera ainsi tant que les Américains, pour se faire gouverner, choisissent des présidents de la trempe de Trump et de George W. Bush.

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