3 Mai : le métier de journaliste est fait aussi de « bonnes pratiques »

bonnes pratiques L'Economiste Maghrébin

Chroniqueurs qui savent tout et animateurs-VRP pratiquant jusqu’à la PLV, le vécu des médias audio-visuels tunisiens mérite le détour.

C’est l’ancien président français, François Mitterrand, qui a déclaré à Elie Wiesel dans un livre d’entretiens (Mémoires à deux voix, Paris, Editions Odile Jacob, 1995) que « le professionnalisme, c’est de ne parler que de ce qu’on sait. A moins d’être un grand esprit comme Auguste Kant ».

Une déclaration qu’il est sans doute utile de rapprocher de ce qui se passe dans nos plateaux de radio et de télévision où les chroniqueurs parlent de tout. Il ne faudrait évidemment pas généraliser, mais force est de constater que la plupart de nos chroniqueurs sont des encyclopédistes au fait de tout.

Il y a quelque chose qui s’appelle la « culture générale » !

Politique, économie, finance, culture, anthropologie,… Ils savent intervenir sur tout. Ils analysent et dissèquent le monde entier et les événements qu’il connaît. Et inutile de critiquer leurs propos ou encore leur immixtion dans un domaine ou un sujet particuliers, ils vont se fâcher et vous répondre qu’il y a quelque chose qui s’appelle la « culture générale » !

Pourtant il n’y a qu’à suivre les dizaines de chaînes qui peuplent notre ciel pour se rendre compte que cela n’est que rarement vrai. Ces dernières recourent à des chroniqueurs qui possèdent toujours des valeurs ajoutées : une expérience professionnelle, des recherches universitaires ou extra-universitaires, des témoignages, etc. Et toujours dans un domaine où ils sont spécialisés. Rarement une « culture générale ».

D’autant plus que certains estiment que nos chroniqueurs, ou du moins une partie d’entre eux, sont très bien payés. Une récente publication sur les réseaux sociaux des émoluments de certains chroniqueurs et autres animateurs a un tant soit peu choqué.

Ils gagnent plus que des cadres supérieurs, médecins, PDG, professeurs universitaires,… dont la valeur ajoutée sociale est bien plus importante. On pourra toujours dire que ces nouveaux « olympiens » évoqués par le sociologue français dans « L’esprit du temps » (Paris : Editions : Armand Colin, 1962) gagnent toujours beaucoup d’argent dans de nombreux pays. Mais si c’est pour dire quelquefois n’importent quoi !

En contradiction flagrante avec toutes les chartes d’éthique des journalistes

Depuis quelques temps, tout le monde a remarqué par ailleurs que certaines stations de radios ont des « envoyés spéciaux » sinon des « correspondants » dans la grande distribution pour nous raconter la valse des étiquettes. Comprenez les « promotions » organisées quotidiennement.

Sur des plateaux de télévision, tout le monde a observé encore que des animateurs se sont transformés en VRP ou en animateurs de PLV (Publicité sur les Lieux de Vente). En présentant eux-mêmes des produits et en faisant leur apologie. Des pratiques qui sont en contradiction flagrante avec toutes les chartes d’éthique des journalistes.

Des remarques qu’il est sans doute utile de faire à l’heure où le monde, et la Tunisie avec, fêtent la Journée mondiale de la liberté de la presse (3 mai). Une occasion pour faire remarquer que le métier de journaliste est fait aussi de « bonnes pratiques ». C’est-à-dire d’« un ensemble de comportements qui font consensus et qui sont considérés comme indispensables par la plupart des professionnels du domaine ».

 

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