Importations vs Exportations : comment s’en sortir ?

importations vs exportations L'Economiste Maghrébin

En Tunisie, le total des échanges, exportations et importions, en biens et services, converge vers les 100% du PIB. Une valeur critique qui indique que notre économie dépend plutôt de l’extérieur.

Une telle structure susciterait des soucis et exigerait des précautions. Que dire alors si elle est en plus constamment déficitaire ?

Apprendre par les limites extrêmes

Sur les longues durées, les 20 années 1989-2017, les échanges extérieurs de la Chine, pays en forte expansion, n’ont pas dépassé la moyenne des 50% de son PIB. Pour les USA, moteur mondial, ils n’étaient que dans les 25% PIB.

Les plus grandes économies mondiales, USA et Chine en tête, ne s’exposent pas autant que nous en échanges extérieurs. Leurs marchés intérieurs sont nettement avantagés. Moins exposés aux aléas internationaux, aux risques de récession ou de conflits extérieurs, que s’ils étaient à notre niveau à nous, 96% PIB en moyennes comparables.

Faire la politique de sa géographie

La deuxième limite est celle où les tailles des échanges sont les plus élevées. En moyenne, sur la même période de 20 ans, ils étaient dans les 169% du PIB en export, 154% du PIB en import. Quatre pays – le Luxembourg, Hong Kong, Singapour et Malte – en forment le Groupe.

Les cartographies géo-économiques assez similaires des pays du Groupe rappellent déjà un principe intemporel. La promotion des exportations, comme levier de croissance, est une nécessité plutôt qu’un objectif en soi. Une nécessité que seules des contraintes liées aux tailles, ou aux spécificités singulières des marchés intérieurs, justifient et rendent graduellement d’envisageables à prioritaires.

En ce qui nous concerne en Tunisie, déjà sur le plan conceptuel, il y a matière à s’interroger. Est-ce que notre géographie et marché intérieur, leurs portées et richesses potentielles, sont-ils aussi réduits que cela pour que la promotion des exportions soit continuellement soutenue en un objectif prioritaire ?

Autrement dit, si l’on admet que dans son sens originel des années 70, l’option export était justifiée pour sortir le pays, le plus rapidement possible, de sa crise de fin du Collectivisme, son maintien sans recadrage en termes de gains et d’excédents commerciaux serait alors une lacune et une négligence des plus grossières.

Euro-Asiatique : il n’y a pas d’export sans import

Promouvoir l’export mène mécaniquement à l’augmentation des importations. Autant vous exportez, davantage vous importerez.

Le Groupe de référence valide ce précepte. Si ses exportations ont été durablement élevées, 169% du PIB, ses importations l’ont été de même : 154% du PIB.

Le codage qui modélise une telle politique d’ouverture commerciale maximale serait alors le triplet (169%, 154%, +15%). Le solde Export/Import étant positif, +15%, la politique d’ouverture adoptée a été, dans ce cas, sensée et valable. Nationalement avantageuse.

Mais mêmes valables, mettre des capitaux énormes, 169% + 154% soit 322% du PIB, plus que trois fois la valeur d’une économie, en échanges extérieurs, est intrinsèquement risqué.

En outre, 322% du PIB, qui ramènent 15% du PIB, révèlent un faible aspect de gain. Cela se traduit par un capital de 100 dollars qui procurerait cinq dollars. Soit une marge de 5%, l’une des plus basses en commerce.

Il ne faudrait pas se tromper, les marges du commerce international sont réduites. Si de surcroît, ce commerce porte sur des biens plutôt que sur des services, telle la configuration Tunisie, les marges seront davantage réduites et basses, au mieux 1 à 2% en moyenne.

Evidemment donc, les risques liés aux énormes capitaux économiques mis en jeu ne peuvent s’amortir avec de telles marges faibles, propres au commerce international.

La sécurisation des options d’ouverture commerciales par des mécanismes autres que financiers ou de provisions est donc un enjeu lourd et relatif au domaine national primordial.

L’ALECA a une très grande marge d’amélioration

Pour chacun des pays du Groupe, le cadre contractuel sécurisant les échanges est clairement défini et distinctif. Il est d’ordre politique.

Le Grand-Duché du Luxembourg et Malte sont dans l’Union Européenne. Ils sont ainsi dans l’espace qui leur offre l’infrastructure légale, logistique, sécuritaire et solvable, la plus large et appropriée possibles qui leur permette de faire du commerce international, en toute assurance et sérénité, une option stratégiquement prioritaire.

Au-delà du seuil critique de 100% du PIB, faire du commerce extérieur sans une sérieuse couverture serait de la pure négligence.

Cet aspect de modèle d’assurance se vérifie également pour Singapour et Hong Kong. Les deux pays sont membres de l’espace Asia-Pacific Economic Cooperation, l’APEC.

L’APEC, un grand espace de libre-échange avec, en double première signature de garantie et d’assurance, les deux plus fortes économies mondiales, les USA et la Chine. L’équivalence des flux entre les revenus commerciaux et les placements financiers des uns et des autres représente l’intelligent point d’arbitrage qui donne, et donnera, à l’APEC sa parfaite stabilité. Tous les différends commerciaux, mêmes actuels, trouveront leur dénouement autour de ce point.

Pour tous ces pays membres, ce groupement né en 1989 et qui représente presque 50% du commerce mondial, qui se réunit et qui s’actualise annuellement, a montré qu’il est porteur de sécurisation commerciale, de croissance dynamique et de richesse.

La conception ouverte et non contraignante de l’APEC, ses points d’équilibre et d’ancrage, ses revues annuelles offrent un modèle qui devrait inspirer les démarches et les visions d’accords de voisinages, d’ALECA, dans notre région de l’Euro-Maghreb

Le monde Asie-Pacifique, son économie et ses approches des partenariats avancent mieux, plus vite et de manière plus équilibré, que ce qu’il en est pour nous.

La garantie est monétaire

Faire du commerce extérieur avec une monnaie de facturation constamment dépréciée n’emmène ni gains, ni croissances répandues. Avec une telle monnaie, autant le commerce progresse en quantités et en volumes autant les pertes nationales en valeurs s’amplifient.

En Tunisie, c’est vérifiable sur la durée, nous sommes plutôt dans ce cas de configuration monétaire à multiples effets latents et graves.

Cherchons les causes factuelles qui expliquent la cyclicité désastreuse de nos crises économiques et financières, et de leurs tristes corollaires en soulèvements sociaux répétitifs, et le déficit continu de la balance commerciale paraîtra en première position.

2020 : s’imposer un budget commercial annuel équilibré

Quand une donnée ou une information- de type telle la monnaie en dépréciation qui s’installe- les comportements s’y ajustent. Les vendeurs et les acheteurs internationaux, tous gestionnaires avertis, adopteront les politiques qui en maximiseraient leurs gains ou réduiraient leurs risques en pertes et baisses de revenus.

Pousser l’information de la dépréciation vers ses limites perceptibles, réduites dans le temps, aiderait à comprendre ces politiques comportementales.

Ainsi, supposons que la valeur de la monnaie, qui facture la marchandise d’un vendeur, baisse du quadruple. La décision la plus probable que prendrait l’acheteur international habituel sera de n’acquérir en marchandises, qu’au plus, pour la moitié de la valeur habituelle de sa monnaie à lui.

En payant la moitié du prix habituel, l’acheteur recevra le double de la quantité habituelle. Il en baissera le prix sur son marché local, écoulera au plus court, et gagnera davantage en sa monnaie à lui.

En marchandise, le vendeur expédiera le double de la quantité habituelle. En monnaie forte, il ne recevra que la moitié de la valeur habituelle.

Pour le bien en question, fruits et légumes, huile, beurre, robes ou chemises, le marché intérieur sera privé de la moitié de sa consommation habituelle. Au moins, pour une qualité toujours moindre, les prix locaux doubleront.

Les données, les informations, se font bien évidentes : Dinar en forte dépréciation, facturation de l’export en Dinar, financement de l’import en Dinar, quotidien réglementaire compliqué, marchés municipaux quasi inexistants; le marché dit parallèle, tout autant gestionnaire intelligent et averti, ne peut que se renforcer et que s’approprier des réseaux de distribution propres à lui.

Typologiquement, le marché converge alors vers un schéma hors contrôle réglementaire, implosif, et où les prix augmentent sans liens économiques valides, ni avec la production, ni avec la qualité, ni avec l’utilité.

Coté citoyens et ménages, avec un pouvoir d’achat faible, l’arbitrage de la consommation ne se fait plus avec le prix. Il se fait par la privation. Le panier de la ménagère se trouve de plus en plus réduit en articles. De plus en plus aggravé par les produits dits de vente conditionnée : de l’eau gazeuse pour le lait, du biscuit pour les œufs.

L’IPC, l’indice des prix à la consommation, qui mesure l’inflation, perd de son uniformité et de sa pertinence. La stabilisation de ses variations par les techniques monétaires devient tant inefficace qu’insensée.

A bien voir, constatons que depuis presque 50 ans nous sommes en déficit commercial continu et que depuis presque 60 ans nous sommes en dévaluation sinon en dépréciation, sinon en dé-cotation conseillée pour le Dinar, et soyons alors certains que nous sommes en plein dans le schéma implosif, monétaire et commercial, schématisé plus haut.

Euro-Asiatique : Urgent / Dinar convertible à invalider

Un codage commercial important (169%, 154%, +15%) ne peut, donc, se penser sans une monnaie stable par rapport aux monnaies de paiement internationaux, $, €, Yuan.

En ce sens les monnaies du Groupe s’avèrent toutes optimales. L’euro, la monnaie du Luxembourg et de Malte est une monnaie forte et de référence majeure.

Sur les longues durées écoulées, le dollar Hong Kong est parfaitement stable par rapport aux monnaies de référence dollar, l’euro ou le Yuan. Le dollar de Singapour l’est aussi sinon même s’il est en légère appréciation par rapport à l’euro.

Le Groupe Euro-Asie étudié représente donc et à plus d’un titre un modèle bien justifié, bien pensé et solidement sécurisé. Les politiques d’ouverture prises ne cessent de montrer leur bon sens et validité.

In fine, le pouvoir d’achat des citoyens du Groupe s’est durablement apprécié et a augmenté.

Le codage (169% ; 154% ; 15% ; Risque souverain→0 ; Monnaie ≈ ($, €, Yuan) ; PA ↑) pourrait inspirer toute économie qui chercherait à s’engager dans une politique favorisant le commerce extérieur à + 100% de son PIB.

2019 : année électorale

Sans que la géographie ou que le potentiel intérieur ne le justifient pleinement, notre codage propre (45% ; 51% ; -6%) s’approche déjà du seuil critique des +100% PIB en échanges.

Depuis 1975, que les prix du Phosphate soient bas ou élevés, que les prix du Gaz et Pétrole soient au plus bas ou au plus haut, que le tourisme rapporte peu ou rien, dans le GATT ou après, avant 95 ou post 95, notre solde commercial est resté négatif, tout en perte.

Un codage, 20 ans, constamment négatif autour de -6%, est un codage ruineux. L’inverser est la clef qui permettra à la Tunisie d’initier le changement de son modèle économique tant décrié par tous.

Politiquement, cela viendra en redonnant l’avantage et la priorité à la promotion du marché intérieur. A la rapide réappropriation du Dinar, son sens et sa fonction.

Techniquement, l’inflexion passera surtout par deux premiers moteurs concomitants.

Un, l’ajustement du financement de l’économie autour des taux monétaires les plus bas. Deux, la promulgation d’un unique déclencheur discriminatoire positif, un Salaire Minimal unifié, dans l’intérieur tunisien, à sa valeur juste et correcte des 750 Dinar/mois net d’impôts.

Si nous manquons encore de savoir pousser nos déterminants économiques et monétaires, nos objectifs et réglementations, vers leurs corrects valeurs et sens adaptés à la situation, c’est que nos deux soulèvements douloureux, de la chèvre et du pain, notre révolution du 17-14, étaient vains.

Sortir de nos blocages faussement théoriques, limitatifs, se fait urgent. Il nous évitera de s’enliser dans une énième débâcle, monétaire-commerciale, type implosion, et dont les signaux et prémices se font visibles et coureurs.

Notre PIB, figé, plutôt freiné, s’appréciera. L’équilibre économique et social se renforcera, les taux des échanges extérieurs baisseront en relatif.

Par Mohamed Abdellatif CHAIBI (Banquier ; Statisticien ISUP-Paris)

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