Quand la communication politique fait défaut aux partis politiques

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La rupture entre les Tunisiens, notamment les jeunes, et les hommes politiques n’est plus à démontrer. Sondages d’opinion, enquêtes sur terrain et constat à l’œil nu affirment bel et bien que le désamour règne en maître entre des politiciens qui prêchent pour leurs paroisses  et des citoyens qui attendent désespérément des réponses efficaces à leurs attentes, ô combien urgentes et vitales.  A quand une  communication politique efficiente se demandent certains ?  

Cette rupture traduit l’absence d’une communication politique efficiente.  Ce qui provoque un rejet chez le citoyen/électeur de tout discours politique, d’où la nécessité de rétablir les ponts entre ce dernier et les politiques.

Les gaffes commises lors des campagnes électorales et de la gestion de la communication de crise sont le résultat d’une défaillance de communication.  En effet,  remporter les élections, qu’elles soient présidentielles, législatives ou municipales, n’est pas une tâche aisée pour les candidats d’où la nécessité de mener à bien sa campagne électorale.

Bien mener sa campagne électorale : un vrai travail d’orfèvre 

Intervenant dans le cadre de l’événement Compol : « Quel impact sur la démocratie tunisienne », organisé par LBH Foundation en partenariat avec Ureputation, HuffPost Tunisie et B&K, aujourd’hui, 12 mars, Marc Bousquet, spécialiste en communication institutionnelle et en politique auprès des dirigeants africains et français, a présenté  ses recommandations pour une meilleure campagne politique. Pour lui, la première chose est d’avoir envie d’être un homme politique. En effet, la mise en place d’une stratégie adéquate, à travers le choix de moyens appropriés, s’impose. Et ce, il va sans dire pour remporter le maximum possible d’électeurs.

La campagne électorale s’articule autour de plusieurs moments forts. La connaissance du terrain électoral est un atout. D’ailleurs, un candidat doit bien maîtriser son terrain. Le candidat est censé percevoir l’humeur des électeurs, être au fait des informations géographiques et historiques sur le département où les élections vont se tenir et  surtout les attentes de la population.

De même, s’imprégner des précédentes élections permet de renseigner le candidat sur les fautes à ne pas commettre. L’intervenant ajoute qu’il est pertinent qu’un candidat sache choisir sa cible et éviter les zones où il ne peut percer. Un candidat doit aussi avoir l’esprit d’anticipation pour surmonter les imprévus. Cela se fait à travers un nombre réduit de décideurs au sein du cabinet du candidat. Le candidat doit, en outre, avoir une idée précise sur ce que les électeurs potentiels pensent de lui et la réputation faite à son adversaire électoral.

Quant au programme politique, il doit être fédérateur et différent des programmes mentionnés dans les précédentes campagnes. Autre condition incontournable, bien choisir son agence de conseil politique . «  Même le bon Dieu a besoin de sa de cloche pour faire entendre son message », lance-t-il.  L’intervenant a affirmé que chaque candidat doit déployer un nombre important d’observateurs pour lutter contre la fraude des les bureaux de vote.  Il évoque qu’un candidat a équipé tous ses observateurs de téléphone portable, à un moment où le téléphone portable était un luxe, pour avoir les nouvelles et communiquer sur les résultats dans les médias, notamment les radios.

La préparation de deux discours (discours de la victoire et discours de la défaite) n’est pas une tâche aisée. Si le premier vise à annoncer la victoire et  proclamer les promesses, le deuxième discours vise à calmer les militants du candidat et les inciter à rester mobilisés pour les prochaines élections. « La prochaine campagne électorale commence la veille de la défaite », lance-t-il. A cela s’ajoute l’importance de l’existence d’un habile porte-parole  qui se chargera de défendre le candidat comme il se doit.

Quand la communication de crise  se transforme en désastre irréversible

Autre défaillance qui fait souvent son apparition: une mauvaise communication de crise. A titre d’exemple, la première apparition de la ministre de la Santé par intérim Sonia Ben Cheikh pour expliquer le décès des 11 nourrissons s’est soldée par un échec et a été critiquée sévèrement sur les réseaux sociaux.

Pour sa part, Louis Silvestre, consultant senior chez Corpcom, spécialisé dans la communication de crise,  a présenté des solutions données par son agence pour qu’un parti politique parvienne à réussir sa communication en temps de crise :
– S’appuyer sur des messages validés par la cellule de crise
– Ne rien laisser échapper
– Aucune spéculation
–  Transparence
-Empathie
– Mobilisation et engagement
– Proximité.

Citant comme cas pratique l’affaire Benalla, où  le Président français Emmanuel Macron n’a pas assuré une bonne communication de crise. Cela s’était manifesté par les propos contradictoires de son porte-parole et l’absence d’anticipation de la crise des Gilets jaunes. En conclusion, l’intervenant  a affirmé qu’éteindre  un incendie doit se faire avec des messages audibles qui prennent  en considération l’ampleur du problème après un diagnostic rapide.

La communication est aussi non verbale

Thierry Saussez, l’un des leaders de la communication politique et institutionnelle, revient sur l’importance de la communication non verbale, surtout qu’une «  image vaut mille mots » . La communication non verbale se manifeste à travers les couleurs, le gestuel, le regard et la voix. Il affirme que ces éléments sont perceptibles bien avant le discours. Il recommande de concilier le discours impressionniste et le discours rationnel. Le discours impressionniste ce sont des anecdotes qui marquent, alors que le discours rationnel a à avoir plutôt avec la pédagogie.  Ainsi, il faut être implacable dans l’exécution et frais dans la conception.  Il ne faut pas aller à contre-image, dit-il. Par ailleurs, il a indiqué que la communication doit être accompagnée d’une longue patience.  Toute campagne politique se fait sur deux axes, à savoir la notoriété et l’adhésion. Autrement dit, la capacité d’un politicien de faire adhérer le maximum de gens à ses idées et se faire connaître auprès d’eux.

 

Mais qu’en est-il des jeunes à la lumière de la situation politique actuelle ?

Bayrem Kilani, artiste engagé et directeur de l’agence Bonnie&Klyde, plus connu sous le pseudonyme de Bendirman regrette l’absence de tradition de communication politique en Tunisie alors que la Tunisie s’apprête à vivre sa troisième élection post-révolution.

«  C’est un phénomène néfaste pour la démocratie tunisienne », lance-t-il. Autre  triste constat : l’existence d’un million de faux comptes Facebook en Tunisie, dont 230.000  qui s’insultent et qui mènent des campagnes de dénigrement.  L’artiste engagé propose la signature d’un pacte d’honneur digital par l’ensemble de tous les partis politiques pour ne pas s’insulter sur les réseaux sociaux.

Pour lui, la communication de crise relative à la tragédie du décès des 11 nourrissons est digne d’une leçon intitulée «  Comment faire mal sa  communication de crise ? ». Une communication de crise qui a transformé les timeline Facebook en Mur des lamentations. Cette situation a entraîné un rejet et une aversion des jeunes pour la politique et la société civile dans son ensemble. Et fait le lit aux adversaires extrémistes et autres.

Son avis sur les prochaines élections : ce n’est pas l’abstentionnisme qui inquiète mais plutôt le risque d’un vote sanction, fait-il remarquer.  Revenant sur la jeunesse tunisienne, il a affirmé qu’elle est désintéressée complètement par la scène politique. Pour lui, il est inconcevable qu’on parle d’incubateur et de startup à un moment où des jeunes ne peuvent pas accéder à l’ascenseur social.

Malgré cette situation, la Tunisie a pu se forger une empreinte à l’international. Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe. L’intervenant a indiqué que la Tunisie a pu se forger sa propre empreinte internationale. Le spécialiste affirme que cela est bel et bien clair à travers la Constitution de 2014.  C’est une Constitution qui prend en considération plusieurs dimensions de la Tunisie. La dimension maghrébine, la dimension euro-méditerranéenne, et la sympathie avec les causes des peuples opprimés et les causes justes, à l’instar de la cause palestinienne. Pour lui, c’est une Constitution qui s’inscrit dans la ligne de la réforme comme celle du Code du statut personnel. Par ailleurs, la Tunisie se positionne comme un pays annonciateur de révolution dans le monde arabe.

La communication politique, ça ne date pas d’hier

Mais ne nous leurrons pas. La communication politique ne date pas d’hier. C’est ce qu’ a affirmé Jenna Blhadj, étudiante de 19 ans, actuellement en classe préparatoire littéraire en Khâgne et qui prépare son entrée en 3ème année de licence en communication politique au CELS.

Pour appuyer ses propos, elle ne manque pas de recourir à plusieurs arguments historiques. Pour elle, l’expression « Delenda Carthago » attribuée à Caton l’Ancien pour inciter les Romains à mettre à eu et à sang Carthage est une forme de communication politique.  De même, l’art de la parole chez Cicéron. Car le but ultime est de bien transmettre le message. Ainsi le politique doit avoir avant tout le souci de la proximité avec son électorat.

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