Habib Karaouli : « La Constitution ne garantit pas la liberté d’entreprendre ! »

Habib Karaouli

Habib Karaouli, Président Directeur Général de Cap Bank, a présidé mercredi un panel sur l’entrepreneuriat. Il s’est tenu dans la cadre d’une rencontre organisée par L’Economiste Maghrébin, en partenariat avec la Banque mondiale Tunis.

Pourquoi entreprend-on ? Est-ce que les entrepreneurs peuvent réussir ? Peut-on transformer un demandeur d’emploi en un créateur d’entreprise ? La formule Startup Act offre-t-elle le cadre homogène pour entreprendre en Tunisie ?

Avant de répondre à ces interrogations, Habib Karaouli a rappelé la définition de l’entrepreneuriat de la « Harvard Business School » par le professeur Howard Stevenson :

Orgueil, envie, besoin, …

« L’entrepreneuriat est la poursuite d’une opportunité au-delà des ressources que vous contrôlez. La poursuite implique une certaine détermination et concentration dans l’effort, cela signifie que l’entrepreneur perçoit des opportunités, mais il a besoin de ressources telles que des compétences techniques spécifiques ou un réseau (la famille dans laquelle il est né ou ses collègues ou d’autres…) ».

Cela veut dire aussi qu’entreprendre nécessite l’orgueil, l’envie, le besoin, l’ambition, l’ego, la revanche, l’appât du gain, le défi et la compensation. Entreprendre est un acte d’engagement fort qui nécessite souffle et endurance pour franchir des obstacles de tout ordre.

L’entrepreneuriat n’est pas un substitut au chômage

Pour Habib Karaouli, entreprendre ne se fait pas par défaut comme solution de rechange. L’entrepreneuriat n’est pas un substitut au salariat et encore moins une alternative au chômage, fut-il celui des diplômés de l’enseignement supérieur.

L’environnement économique, institutionnel, légal, réglementaire et culturel est important, voire déterminant dans ce processus long est difficile qu’est l’entrepreneuriat. La réussite de l’entrepreneuriat nécessite une économie non administrée où la liberté d’entreprendre est garantie par la constitution. L’entrepreneuriat a besoin d’un cadre légal et réglementaire, stimulant, adéquat et stable. Sans oublier une administration diligente et non bloquante, des instruments financiers appropriés en phase avec la création et le développement des entreprises et ses spécificités.

Partant du contexte tunisien, Habib Karouali considère qu’ « il y a absence d’un environnement stimulant et adéquat. La constitution tunisienne ne garantit pas malheureusement la liberté d’entreprendre. Il y a un problème au niveau de la stabilité du cadre réglementaire et juridique. Aujourd’hui, les procédures administratives tuent les initiatives ».

Souvent, le concept d’entrepreneuriat subit un glissement de sens pour devenir la panacée censée résoudre les problèmes d’une croissance moins riche en emplois.  « Il y un certain nombre de programmes qui sont bâtis sur cette idée. On a un glissement au niveau de certaines politiques publiques considérant l’entrepreneuriat comme une des solutions au chômage et du sous-emploi. », pense Habib Karaouli.

Il n’y a pas d’ascenseur pour le succès

Entreprendre n’est pas que des ressources financières mises à disposition, mais beaucoup plus que cela. La réussite de l’entrepreneuriat dépend aussi des fonds d’investissement publics, des structures d’accompagnement efficaces et efficientes et d’un système d’enseignement qui sensibilise, prépare et valorise l’acte d’entreprendre.

« Aujourd’hui, 96% des financements des PME/PMI sont bancaires. L’accès aux ressources financières n’est pas condition suffisante pour résoudre la problématique de l’entrepreneuriat. Le crédit bancaire n’est pas l’instrument financier le plus adéquat. Aujourd’hui, on parle d’amorçage et d’autres outils plus efficaces », rappelle M. Karouali.

Pour réussir l’acte d’entreprendre, il ne faut pas redouter l’échec parce qu’il n’y a pas d’ascenseur pour le succès et il faut prendre les escaliers. « Le contexte en Tunisie est marqué par la faiblesse d’initiatives. Il y a un déficit de prise de risque parce que nous sommes dans un contexte culturel risquophobe où l’échec n’est pas souvent pardonné. Dans plusieurs cas, la réussite est suspecte et elle est rarement attribuée à l’ardeur, l’effort, aux compétences ou à l’effort déployé », regrette Habib Karaouli.

Le Président Directeur Général de Cap Bank a recommandé de procéder à des approches comparatives avec les pays où il y a un fort taux de prise de risque d’entrepreneuriat. Il  souligne qu’il faut voir qu’il y a des variables à marge nulle sans lesquelles le processus se bloque. Vérifier aussi s’il y a des recettes, des modes d’emploi et chercher des kits pour le succès (création d’entreprise, introduction en bourse…).

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