Bourse : pourquoi ça commence si mal ?

Bourse de Tunis L'Economiste Maghrébin

Le début de 2019 était extrêmement difficile pour la Bourse de Tunis. Le mois de janvier 2019 s’est même soldé par une baisse de 0,13% pour le Tunindex.

Il faut remonter à 2012 pour observer une telle tendance durant le premier mois de l’année.

Une continuité de 2018

Depuis la rentrée des marchés en 2018, la Place de Tunis a laissé des plumes. Son indice phare a perdu, en cinq mois, plus 1 156 points. Ce n’est pas rien. Tous les opérateurs ont conscience que les banques, la locomotive du marché, sont en manque de carburant. Il y a de forts doutes quant à la capacité bénéficiaire des établissements de crédit à moyen et long termes et leur aptitude à s’accommoder au durcissement du cadre réglementaire.

Les indicateurs d’activité du quatrième trimestre ont montré les limites du modèle actuel des banques tunisiennes qui doivent se préparer à un nouveau défi, à savoir l’application des normes IFRS dès 2021.

C’est un événement qui aura des effets significatifs sur les comptes. Pour le moment, rien n’indique que les banques ne vont pas distribuer autant de dividendes que l’année dernière, mais l’amplitude des mouvements de vente a fini par pousser l’indice sectoriel dans la zone rouge, affichant un recul mensuel de 0,5%.

Un volume d’échange en berne

Le volume quotidien moyen s’est établi à 4,813 millions de dinars durant cette période. C’est un rythme sensiblement inférieur à la moyenne de l’année précédente, soit 5,738 millions de dinars pour l’ensemble de l’année et 5,006 millions de dinars pour le mois de janvier 2018.

Bien évidemment, les difficultés liées au manque de liquidité ont eu leurs effets. Le CMF vient effectivement de publier ses statistiques des OPCVM pour ce premier mois de l’année.

L’actif net total a atteint 3,917 milliards de dinars contre 3,955 milliards de dinars fin 2018. Il n’y a pas eu de retraits massifs, comme l’atteste la légère hausse des OPCVM obligataires (+0.4% en rythme séquentiel), mais il n’y a pas eu non plus de flux importants d’argent.

Nous n’avons pas de chiffres sur l’activité des comptes d’épargne en actions cette année qui dynamisent d’habitude le marché en début d’année, mais nous pensons que les banques ont réduit leur soutien à de tels produits. Cela s’explique par les nouvelles règles prudentielles.

Les meilleures performances ne pèsent pas

Mais ce faux départ ne signifie pas que l’absence d’opportunités de gains. PGH s’est envolée de 32,4%, Telnet Holding a poursuivi sa lancée et a progressé de 18,3%. Il y a également la SOTUVER qui a gagné 14,9%.

D’autres titres moins liquides ont brillé, comme la STEQ (+23,5%) ou Cellcom (+18,6%). Mais quel est le poids de toutes ces valeurs dans le Tunindex ? La réponse … 7,27%. Ainsi, elles ne peuvent pas créer un mouvement haussier à elle seule, bien que PGH ait un poids important. Les banques pèsent 50,05% dans l’indice, et la différence est claire.

Un marché de plus en plus tunisien

La place de Tunis est très petite et la moindre information pourrait avoir un impact. C’est un marché largement dominé par les investisseurs individuels qui pèsent 57% du volume des transactions.

La gestion sous mandat a contribué à hauteur de 12% côté achats réalisés sur la période contre 8% seulement de ventes.

Ainsi, en totalité, les acteurs tunisiens ont effectué 70,473 millions de dinars d’achats contre 66,250 millions de dinars de ventes, sur un volume total de 101,085 millions de dinars de transactions (hors transactions de blocs).

L’intervention de la gestion collective est également importante. Fin janvier 2019, les OPCVM ont assuré 22% des transactions. Cette dynamique a permis de pallier au comportement des investisseurs étrangers qui ont été très actifs côté cession, avec 10,7% des ventes. Si nous tenons comptes des transactions de blocs, ce chiffre passe à 20,2%. Côté acquisition, ils n’ont pesé que 1,7% (volume régulier) et 4,3% (y compris les blocs).

Un problème de confiance ?

Il y a aussi un vrai problème de confiance. Depuis l’affaire Syphax, le marché accepte difficilement les nouveaux papiers.

Cette année, il y a des vraies questions sur pas mal de boîtes dont la situation financière s’est fortement dégradée. De plus, la capacité à mobiliser ses actionnaires n’est plus évidente.

Tunisie Leasing & Factoring vient d’annoncer la prorogation de la période de souscription à l’augmentation de son capital, initialement prévue prenant fin le 1er février 2019, au 21 février inclus.

Nous parlons ici de la meilleure signature du secteur, où l’actionnaire de référence est une banque de renommée.

Surmonter tous ces problèmes reste un défi, et nous ne voyons pas comment la Place pourrait réaliser un rallye comme celui observé l’année dernière.

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