L’Iran, les sanctions et la piètre stratégie américaine

Iran

C’est ce lundi 5 novembre que commence une autre tentative d’étouffement de l’Iran par les Etats-Unis. Le choix de la date d’entrée en vigueur des sanctions est d’une futilité sidérante.

Elle correspond au trente-neuvième anniversaire de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Téhéran par des étudiants iraniens, au lendemain de la révolution khomeyniste.

L’occupation de l’ambassade et la séquestration des diplomates américains pendant 444 jours étaient la réaction iranienne à la décision du président Jimmy Carter d’accueillir le Shah Mohammed Ridha Pahlavi aux Etats-Unis et de son refus de l’extrader vers l’Iran.

Que représentent l’occupation de l’ambassade et la séquestration de l’ambassadeur et de ses collaborateurs face aux souffrances que le peuple iranien endure depuis plus de 60 ans du fait de l’interférence américaine dans ses affaires ? Si, 39 ans après, les Américains n’ont toujours pas digéré une simple occupation d’ambassade qui n’avait fait aucune victime, comment les Iraniens oublieraient-ils tout le mal qui leur est infligé par un pays situé à dix mille kilomètres du leur?

Les Américains avaient renversé le gouvernement nationaliste et démocratique de Mohammed Mosaddek et l’avaient remplacé par la dictature sanguinaire du Shah. Ils avaient armé cette dictature et soutenu la sinistre et redoutable Savak (police politique du Shah) pendant plus d’un quart de siècle. Ils avaient abattu un avion civil d’Iran-Air le 3 juillet 1988 avec 290 civils à bord, dont 66 enfants. Et comme si tout ceci n’était pas suffisant, ils ne cessent depuis des décennies d’imposer des sanctions économiques dans le but évident de provoquer un soulèvement populaire qui renverserait le régime en place.

Pour le remplacer par quoi ? Par qui ? Cela n’intéresse guère les Américains. Quand ils n’aiment pas un régime, ils font tout pour le renverser et se soucient comme d’une guigne de ce qui se passera après. Ils l’ont fait en Irak, ils l’ont fait en Libye, ils ont tenté de le faire en Syrie et tentent toujours de le faire en Iran.

Frustration et rancœur irrationnelles contre l’Iran

Il y a une sorte de frustration et de rancœur irrationnelles que ruminent les décideurs américains face à l’Iran. Cela fait des décennies qu’ils tentent de déstabiliser le régime iranien et de le renverser sans parvenir. Et cela devient d’autant plus intolérable pour Washington que la République islamique s’apprête à fêter dans trois mois son quarantième anniversaire.

John Bolton, le conseiller de Trump et l’un des plus grands ennemis de l’Iran, doit regretter d’être allé trop vite en besogne en promettant aux chefs de ‘’Moujahidine Khalq’’ réunis à Paris que « le régime iranien ne fêtera pas son 40e anniversaire ».

Il faut dire que la rancœur américaine contre l’Iran est entretenue par Israël et l’Arabie saoudite, deux pays que la stratégie anti-iranienne a fini par rapprocher à un point tel qu’Israël et son puissant lobby à Washington sont en train de déployer des efforts gigantesques pour sauver Mohammed Ben Salmane du pétrin dans lequel il s’est mis et a mis son pays, à la suite de l’horrible assassinat de Jamal Khashoggi.

Il y a un aspect tragi-comique dans l’hystérie américano-saoudo-israélienne contre l’Iran accusé d’être « le plus grand sponsor du terrorisme dans le monde. » Quand les trois plus grands responsables de l’extension du terrorisme dans les quatre coins du monde accusent l’Iran de ce qu’ils ont eux-mêmes fait et de ce qu’ils ne cessent de faire, cela se passe de tout commentaire.

Le régime iranien qui s’apprête à fêter son 40e anniversaire est donc soumis à partir de ce lundi 5 novembre aux pires sanctions de l’histoire du pays. Le but de Trump était de ramener les exportations iraniennes de pétrole à un niveau proche de zéro. Sauf que cette stratégie trumpienne d’étouffement de l’Iran risque d’être plus frustrante pour son initiateur que pour sa victime.

Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Trump et son entourage se trouvent confrontés non seulement au défi des Iraniens qui en ont vu d’autres, mais voient leur stratégie contrée à la fois par les « ennemis » russes et chinois et par leurs amis européens.

Tout observateur objectif ne peut pas ne pas constater que l’Iran n’a rien à voir avec le terrorisme et qu’il n’est intéressé que par le développement de son économie et de l’amélioration des conditions de vie de sa population. Certes, il est un acteur majeur dans la région, et comme tout pays dans le monde, il tente de défendre ses intérêts et de préserver ses gains stratégiques.

Il ne faut pas perdre de vue l’idée que ce qui est reproché en fait aujourd’hui à l’Iran, c’est d’avoir accepté et exploité l’immense et valeureux cadeau que les Américains et les Saoudiens lui avaient présenté sur un plateau d’argent après qu’ils l’eurent débarrassé de son ennemi mortel : le régime de Saddam Hussein. En d’autres termes, ce qui est reproché aux Iraniens, c’est de n’être pas restés les bras croisés face aux bourdes stratégiques qu’Américains, Saoudiens et Israéliens ne cessent de commettre depuis le 20 mars 2003 date de l’invasion de l’Irak. Et c’est pour punir l’Iran d’avoir exploité leur stupidité stratégique qu’ils remuent aujourd’hui ciel et terre pour faire subir au régime iranien le sort du régime de Saddam Hussein.

Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, et il n’y a pire stratège que celui qui veut réparer ses bourdes en commettant d’autres plus lourdes et plus graves.

 

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