Hafedh Makni : “Je compte sur le public pour soutenir le CSO !”

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Aujourd’hui , au Théâtre municipal aura lieu  le concert inaugural du CSO (Carthage Symphony Orchestra) “De Carthage à Tunis”, un voyage musical  qui vous  permettra de revivre les 3000 ans d’histoire de notre pays. Et si la Tunisie vous était chantée à travers des compositions inédites? Le chef d’orchestre  Hafedh Makni et tous les musiciens et choristes du Carthage Symphony Orchestra vous convient ce vendredi 26 octobre à faire ce voyage plein d’émotions et de sensations. leconomistemaghrébin.com a rencontré Hafedh Makni quelques jours avant ce concert. Interview.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Je suis docteur en musicologie et professeur à l’université de la Manouba. J’ai commencé le violon à l’âge de 7 ans , j’ai eu mon diplôme de musique arabe et mon premier prix de violon au Conservatoire national. Ensuite, j’ai obtenu ma maîtrise à l’Institut supérieur de musique de Tunis et un doctorat en musicologie à l’Université de Paris 4. Je viens d’une famille d’artistes puisque mon père est peintre et mes 3 frères sont musiciens. J’ai joué dans plusieurs orchestres comme l’Orchestre de la Ville de Tunis et l’Orchestre Symphonique Tunisien.

A mon retour de France, j’ai fondé des ensembles musicaux et des orchestres, l’orchestre de chambre de Tunis en 1986 puis  l’orchestre symphonique scolaire et universitaire en 1989 .

Ce dernier est un orchestre de formation où nous apprenons à des jeunes de 6 à 25 ans le métier de musicien d’orchestre. Puis, en 2012 j’ai été nommé chef d’orchestre de l’Orchestre Symphonique Tunisien. Lors de la direction de cet orchestre, j’ai pris l’initiative d’augmenter le nombre de musiciens jusqu’à 60 et également de former un chœur constitué de 240 choristes. Nous donnons chaque année une trentaine de concerts.

J’ai quitté cet orchestre  en 2018 et avec des amis musiciens, nous avons décidé de monter le Carthage Symphony Orchestra. Nous avons un effectif assez équilibré de 36 musiciens avec 5 instruments à vent et 4 percussionnistes .

La plupart de vos enfants jouent d’au moins un instrument, comment leur avez-vous transmis cette passion pour la musique ?

Dans notre famille, nous enseignons l’amour de l’art et plus précisément de la musique comme il nous a été transmis par nos parents. Jouer d’au moins un instrument dès le plus jeune âge est un passage obligé. D’ailleurs je vous assure que lorsque des enfants se trouvent dans une maison où il y a des instruments de musique ils vont essayer de jouer avec . Que ce soit avec mes enfants ou avec les autres élèves je commence par jouer pour les faire aimer l’instrument. Après, lorsque l’enfant en redemande alors là on devient exigeant.

Aujourd’hui, ma fille est une excellente violoniste. Actuellement, elle est au  Conservatoire en France et poursuit ses études en génie mathématique à l’université. La musique développe le cerveau humain. D’ailleurs nous avons de très bons musiciens qui excellent aussi dans leur parcours universitaire et professionnel.

Et comment êtes-vous arrivé à la direction d’un orchestre symphonique après votre carrière de violoniste?

J’ai commencé la direction tout en jouant du violon puisque le violon solo c’est lui qui dirige l’orchestre. Ensuite, avec l’Orchestre Symphonique Scolaire et Universitaire j’ai commencé à apprendre ce métier tout seul. En Tunisie, il n’y avait pas de formation de chef d’orchestre, donc je suis autodidacte . Mais j’ai eu, auparavant, la chance de collaborer avec plusieurs chefs d’orchestre mondialement connus. Une formation de chef d’orchestre n’est pas nécessaire lorsque nous avons une expérience de 30 ans dans ce métier et dirigé 1000 ou 1500 concerts durant sa carrière.

En général un chef d’orchestre a toujours un caractère autoritaire , tous les chefs sont comme ça . Imaginez que nous avons une heure pour jouer de la musique et émouvoir notre public.
Je dois transmettre ma vision de l’œuvre du compositeur aux musiciens et ces derniers doivent l’interpréter au public. Chaque interprétation est différente , d’ailleurs un chef d’orchestre ne jouera jamais une œuvre deux fois de la même manière . Le plus difficile dans le travail de chef, c’est cette transmission.

Concernant les jeunes musiciens, nous leur apprenons les techniques de l’orchestre et ensuite comment présenter une interprétation au public parce que s’ils n’ont pas acquis ces réflexes, l’orchestre ressemblera aux embouteillages en Tunisie. Nous essayons de communiquer le plus possible avec notre public et nous écoutons attentivement leurs remarques et leur retour.

Vous avez été chef d’orchestre de 2012 à 2018. Quels ont été les enseignements pour vous?

J’ai beaucoup appris de cette expérience. Déjà parce que la direction d’un orchestre amateur est différente de celle d’un orchestre professionnel. Nous avons eu de la chance mes musiciens et moi de jouer un répertoire riche. Honnêtement nous n’imaginons pas de jouer avec un orchestre symphonique avant de l’avoir fait. Pendant ces 6 ans nous avons eu aussi le plaisir de jouer avec des célébrités comme Majda el Roumi, Marcel Khalifa, Omar Khairat ainsi que des solistes et des chefs d’orchestre très connus qui nous ont permis de nous dépasser. De plus, j’ai beaucoup appris sur la gestion et l’administration d’un chef d’orchestre.

Pouvez-vous nous dire qu’est-ce qui différencie le Carthage Symphony Orchestra des autres orchestres symphoniques?

Nous avons bien réfléchi avant de choisir ce nom de Carthage Symphony Orchestra même si pour certains ce nom n’est pas très original. Au départ nous voulions reprendre le nom de l’Orchestre Municipal. Pour ceux qui l’ignorent, le théâtre avait un orchestre municipal qui a été créé en 1902. Ensuite, cet orchestre a tellement évolué qu’il a été nommé le grand orchestre symphonique de Tunis. Mais avoir l’appellation «le grand orchestre symphonique de Tunis» avec seulement 36 musiciens, ce n’est pas logique. Quand bien même Carthage reste un label pour la Tunisie. Ce nom m’a été proposé par mon ami Oussama Farhat. Ainsi, le nom de cet orchestre est un choix réfléchi car le nom de Carthage résonne plus facilement à l’étranger où nous comptons donner des concerts.

Notre objectif n’est pas uniquement de donner des concerts sur Tunis mais aussi de nous déplacer dans les régions. Pour moi c’est primordial qu’un orchestre se déplace et ne reste pas cloisonné entre les quatre murs d’un théâtre. Pendant cette saison nous allons essayer d’animer plusieurs salles avec 18 concerts sur le Grand Tunis .

C’est aussi important de véhiculer l’amour de la musique dans toute la Tunisie. Pour cela, nous espérons jouer un concert au moins une fois tous les 2 mois dans les régions si ce n’est plus. Notre but est de donner une dimension universelle à cet orchestre et d’aller aussi à la rencontre du public africain, arabe et européen.

Vous avez déclaré que pour l’instant vous ne recevez pas de subventions du ministère de la Culture, est-ce que le prix du billet va augmenter cette année?

Les tarifs vont augmenter un peu et c’est normal car pour l’instant nous ne bénéficions ni de subventions ni de sponsoring ni de mécénat. Les recettes de la billetterie servent à rémunérer les artistes. Toutefois, nos tarifs restent très étudiés pour permettre aux élèves et étudiants d’y assister. D’ailleurs, je promets au public que dans le cas où nous bénéficierions de subventions, les tarifs vont baisser. Nous avons aussi proposé des abonnements très intéressants pour les habitués et ceux qui veulent nous soutenir.
Enfin, je lance un appel au public et aux entreprises tunisiennes pour qu’ils nous soutiennent dans notre action car nous comptons sur eux.

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