L’Iran et les cartons de Netanyahu

C’est à croire que Netanyahu n’a rien d’autre à faire dans la vie que d’alerter le monde sur le danger que pose l’Iran pour la planète. A le croire aussi, les 7 milliards d’humains sont menacés de périr par le feu nucléaire que l’Iran a déjà domestiqué et stocké en attendant le meilleur moment pour l’ultime explosion sous forme de champignon.

Si le ridicule tuait, Israël serait depuis longtemps sans Premier ministre, sans classe politique. L’intervention caricaturale de Netanyahu à l’Assemblée générale de l’ONU de septembre 2012 est désormais connue comme « Netanyahu’s cartoon bomb », une célèbre « performance » disponible sur Youtube.

C’était le jour où, face à une Assemblée sidérée, le Premier ministre israélien, tira un carton sur lequel il a dessiné une bombe divisée en trois parties correspondant à trois étapes dont l’Iran a déjà accompli deux et n’était plus loin de la troisième, c’est-à-dire l’ultime étape, celle de l’allumage de la mèche et de la déflagration nucléaire.

Six  ans plus tard, le 28 septembre 2018, devant la même Assemblée, Netanyahu récidive en tirant un nouveau carton sur lequel est détaillé le « scoop » qu’il réservait aux représentants de la Communauté internationale.

Le carton de Netanyahu version 2018 comporte la photo aérienne d’une bâtisse désignée par une flèche rouge : « Je dévoile pour la première fois que l’Iran a une autre installation secrète à Téhéran, un entrepôt atomique secret pour stocker de grandes quantités de matériel provenant du programme nucléaire secret iranien », pérorait le Premier ministre israélien face à une assistance incrédule et sans doute agacée par le show puéril anti-iranien.

Cynisme sans limite

Ayant même donné le poids du matériel radioactif qu’abritait l’Iran dans l’entrepôt objet du « scoop », Netanyahu a supplié l’AIEA d’envoyer ses inspecteurs à toute vitesse avant que l’Iran ne déménage ses activités nucléaires dans un autre entrepôt.

On sait que le cynisme de Netanyahu est sans limite, et donc rien n’étonne de sa part. Voici le Premier ministre d’un pays qui n’a jamais reconnu l’AIEA et a toujours refusé de signer le traité de non prolifération nucléaire, mais qui se permet d’interpeller cette Agence pour lui dire ce qu’elle a faire ; voici le premier responsable d’un pays qui stocke des centaines d’ogives nucléaires dans les silos du célèbre site de Dimona, mais qui n’arrête pas de tirer la sonnette d’alarme pour mettre en garde le monde contre le programme nucléaire iranien.

Celui-ci, faut-il le rappeler, fait l’objet d’un accord international soutenu par tous ses signataires, sauf les Etats-Unis qui se sont retirés en reniant leur signature sous la pression d’Israël.

Mais, une fois n’est pas coutume, le show onusien de Netanyahu a été mis en pièces par des responsables du renseignement américain. Selon l’Agence Reuters, l’un de ces responsables a déclaré sous couvert de l’anonymat, que « les Etats-Unis étaient au courant de l’installation annoncée par Netanyahu et l’avait décrite comme un entrepôt utilisé pour stocker des «archives et dossiers du programme nucléaire iranien. »
Toujours selon Reuters, un deuxième responsable du renseignement américain estime que les propos de Netanyahu sont trompeurs : « Nous connaissons cette installation depuis un certain temps. Elle contient des classeurs et de la paperasse et non des tubes en aluminium pour les centrifugeuses ».

En 1992, la bombe était pour 1999…

Mais l’hystérie anti-iranienne d’Israël et de leur protecteur américain ne date pas d’hier. Déjà en 1992, Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères avait solennellement affirmé que « l’Iran aura sa bombe nucléaire en 1999. »

En 1995, le New York Times, citant des responsables israéliens, assurait ses lecteurs que l’Iran aura sa bombe nucléaire en 2000. L’Iran les ayant encore une fois démenti en tardant d’avoir sa bombe, Donald Rumsfeld, le chef du Pentagone du temps de Bush fils, assura d’un air qui ne souffrait aucun doute que cette fois c’est bon, l’Iran se dotera enfin de sa bombe en 2003…

Nous sommes en 2018, et Israéliens et Américains continuent sérieusement et sans rire de nous mettre en garde contre la bombe iranienne. Nous sommes priés de croire que les dangers réels qui menacent la planète ne proviennent pas des milliers de têtes nucléaires que possèdent les Etats-Unis, ni des centaines entreposés en Israël, ni des politiques agressives et destructrices conçues à Washington et Tel-Aviv, ni de la violation continue par ces deux pays du droit international et leur mépris des Conventions régissant les rapport entre les nations. Non, le danger provient de la bombe iranienne…

Gageons qu’en septembre prochain, Netanyahu s’adressera à la 74e Assemblée générale de l’ONU avec un nouveau carton comportant un nouveau dessin et un nouveau « scoop », mais avec les mêmes mises en garde contre l’imminente bombe iranienne.

Si, toutefois, le régime iranien, qui aura 40 ans en février prochain, est toujours en place. Car n’oublions « la promesse » faite à Paris par le bouillonnant John Bolton dans une réunion des « Moudjahidin Khalq » : « la république islamique ne fêtera pas son quarantième anniversaire »

1 COMMENTAIRE

  1. pourquoi ne pas simplement mettre en exergue
    le fait que ce sont les détenteurs de la bombe (et du feu nucléaire) de surcroît donneurs de leçons
    qui font mine d’avoir peur des aspirants et des apprentis-sorciers _ tous des amateurs par rapport aux professionnels/industriels de la terreur nucléaire !!!

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