Tunisie : l’actionnariat populaire pour sauver les entités publiques ?

l’actionnariat populaire L'Economiste Maghrebin

Depuis la révolution, et à part quelques actifs cédés par Al Karama Holding, le train des privatisations est en panne.

Première cause : la forte opposition des employés et des syndicats qui craignent de vastes plans sociaux. Une solution doit être impérativement trouvée avant que ces entreprises s’effondrent.

L’actionnariat populaire pour impliquer le personnel

Mais l’exécutif pourrait inverser la tendance en optant pour l’actionnariat populaire. Le mécanisme est simple : toute privatisation d’une entreprise publique passe par l’ouverture de son capital à son personnel.

Les employés auront ainsi la priorité pour participer à toute recapitalisation. La partie non-satisfaite de l’opération sera réservée à d’autres investisseurs privés. Cela pourra aussi concerner des opérations d’endettement sous la forme d’emprunts obligataires privés dont la souscription est ouverte au personnel.

De plus, des représentants du personnel pourront intégrer les structures de décisions, à l’instar du conseil d’administration. Ainsi, ils peuvent prendre parti dans la gestion et veiller à la bonne utilisation de ces ressources.

La mise en place d’une telle idée pourrait aider à débloquer la situation et présente plusieurs avantages.

Primo, cela permettrait de donner des garanties au personnel que la privatisation vise à redonner une nouvelle vie à l’entreprise concernée. De plus, il faut faire comprendre que le statut public est toujours valable si la participation de l’Etat dépasse les 40%. Néanmoins, il y aura une nouvelle équipe dirigeante et une gestion différente orientée performance et résultat.

Secundo, les détenteurs d’actions auront droit à participer aux bénéfices mais aussi aux pertes. L’actionnariat populaire pourrait améliorer la productivité et la qualité des services. C’est l’un des principaux avantages de l’implication du personnel.

Tertio, cela va aider à donner un coup de pouce à la promotion de la culture boursière.

En dépit des efforts fournis par les brokers, le taux de pénétration de la culture financière reste faible. Ces opérations de privatisations seraient une occasion pour redynamiser le marché par un flux de nouveaux souscripteurs qui pourraient, dans une seconde étape, s’intéresser aux autres actions cotées.

Utiliser les comptes épargne actions pour réaliser des gains sur l’IRPP rendrait ces opérations plus attractives en terme du couple rendement/risque.

Nouvelle architecture de rémunération

Le changement de la structure d’actionnariat d’une entité publique pourra aussi être utilisé comme un moyen d’intéressement. C’est une opportunité pour la mise en place d’un nouveau mode de rémunération dans la fonction publique. La participation au capital peut donner lieu à des rémunérations complémentaires en fonction de la performance de l’entreprise et celle du fonctionnaire. On se dirige donc vers une individualisation de la rémunération.

A notre avis, passer à une rémunération au mérite est une pierre angulaire si nous voulons réformer la fonction publique. A titre d’exemple, il y aura un système d’attribution d’actions gratuites dans le capital des sociétés selon une grille d’évaluation préétablie. Cette grille sera selon des critères liés à la performance individuelle et/ou collective.

Cette dernière est très importante car elle évite une destruction des collectifs de travail et la mise en concurrence des salariés entre eux. Cela peut être mis en place dans une parfaire harmonie avec les syndicats. C’est une grande motivation pour engager davantage les fonctionnaires au profit de l’entreprise.

Globalement, cette idée pourrait paraître comme très sociale, mais ce n’est pas le cas. Nous ne pouvons pas aujourd’hui changer de modèle économique parfaitement ouvert. Néanmoins, une telle démarche vise à atteindre une plus grande implication sociale et une plus grande efficacité opérationnelle.

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