Retrait de l’accord nucléaire : la réputation en lambeaux de Washington

l’accord nucléaire
L’Iran a cédé 95% de son uranium, fermé la quasi-totalité de ses centrifugeuses

C’était prévisible. Depuis son élection, Trump n’a pas cessé de faire une fixation sur l’accord nucléaire laborieusement conclu en 2015 entre l’Iran d’une part et l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la Fédération de Russie, la France, le Royaume-Uni et la Haute Représentante de l’Union européenne d’autre part, un accord qu’il considérait comme «le plus catastrophique que l’Amérique ait jamais conclu.»

Trump a fini par mettre ses menaces à exécution en annonçant le retrait de son pays de cet accord. Etant ce qu’il est, et avec sa suffisance, sa puérilité et son égo démesurés, le président américain est sans aucun doute convaincu que les centaines d’experts allemands, américains, russes, chinois, britanniques et français qui ont travaillé des années avec leurs homologues iraniens pour arriver à un accord satisfaisant ont tort, et que ce sont seulement lui, son conseiller John Bolton, son ministre des A.E. Mike Pompeo et leur ami Netanyahu qui ont raison…

Les motifs invoqués par Trump sont un tissu de mensonges et de contre-vérités. Qu’on en juge : l’Iran est le sponsor du terrorisme dans le monde; il a créé Al Qaida; il aide les Talibans; l’accord n’empêche pas l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Tout le monde sait qu’Al Qaida a été créée par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite pour combattre l’Union soviétique en Afghanistan; les Talibans sont les ennemis mortels de l’Iran: ils ont massacré des diplomates iraniens à Mazar Charif et ceux qui les aident réellement ce sont les alliés des Etats-Unis, à savoir le Pakistan et l’Arabie saoudite; respectant les clauses de l’accord, l’Iran a cédé 95% de son uranium, fermé la quasi-totalité de ses centrifugeuses, permis l’installation de caméras de surveillance dans toutes ses installations nucléaires et reçoit sans rechigner les visites inopinées des inspecteurs de l’AIEA; enfin, concernant l’accusation de sponsoriser le terrorisme, l’Iran a joué et joue encore un rôle déterminant dans la lutte contre le terrorisme que les Etats-Unis ont déchainé dans la région et dans le monde, suite à la destruction du régime de Saddam Hussein au printemps 2003.

Le retrait de l’accord nucléaire démontre le degré d’irresponsabilité atteint par Trump. Il a tourné le dos à ses alliés européens, aux Russes, aux Chinois, à l’ONU qui voient en l’accord un pas important sur la voie de la paix dans le monde et a cédé au lobbying d’Israël et de l’Arabie saoudite qui n’en voulaient pas.

En annulant l’engagement américain envers un accord international, Trump a humilié son prédécesseur Obama et entaché encore plus la réputation de l’Amérique qui, aux yeux du monde, ne peut plus être crédible et dont la signature ne vaut plus grand-chose. Surtout que ce n’est pas le premier engagement que Trump annule. Il s’est déjà retiré de l’accord sur le climat et remis en cause des accords commerciaux, notamment avec ses voisins latino-américains et avec la Chine.

Face à l’irresponsabilité de Trump, l’Iran a eu une réaction mesurée, rationnelle et responsable. Réagissant quelques minutes après son homologue américain, le président Rouhani n’a pas cédé à la colère et à l’émotion. Il a décidé de rester dans l’accord en attendant les résultats des négociations avec les Européens, les Russes et les Chinois sur les conséquences du retrait américain. Selon toute logique, si les Européens ne se plient pas aux sanctions que les Américains imposent à l’Iran, celui-ci restera dans l’accord et ceux-ci se verront isolés sur la scène internationale avec pour seuls appuis Tel-Aviv et Ryadh.

Mais si l’Arabie saoudite s’est contentée d’exprimer sa joie et d’applaudir la décision de Trump, Israël, juste une heure après le discours du président américain, a bombardé des cibles autour de Damas. Selon les agresseurs israéliens, les cibles bombardées sont des «bases iraniennes en Syrie».

Ayant eu satisfaction sur la question du retrait américain de l’accord nucléaire, Tel-Aviv se prépare visiblement à la prochaine étape qui, souhaitent ardemment les dirigeants d’Israël, sera la guerre avec l’Iran et le renversement du régime. Il y a tout lieu de croire que Netanyahu va poursuivre ses provocations contre l’Iran dans l’espoir d’obtenir une réaction violente des Iraniens qui l’aiderait à trainer l’Amérique dans une guerre contre Téhéran et qui aboutirait à un changement de régime comme ce fut le cas en Irak en 2003.

Sauf que l’Iran de 2018 n’est pas l’Irak de 2003 et le monde de 2003 ne ressemble pas à celui d’aujourd’hui. L’Amérique croyait être l’unique superpuissance dans le monde capable d’écraser quiconque ne se plierait pas à ses désirs. Elle s’est révélée incapable de gagner une seule guerre de toutes celles qu’elle a déclenchées depuis la Seconde Guerre mondiale. Voilà dix- sept ans qu’elle est en guerre contre une poignée de va-nu-pieds en Afghanistan où elle est toujours engluée. Que serait le sort de l’armée américaine en Iran si l’Amérique se laissait entraîner dans la guerre vers laquelle l’écervelé Netanyahu est en train de pousser de toutes ses forces? En comparaison, l’Afghanistan serait un simple jeu d’enfant. Sans parler des conséquences qui pourraient être désastreuses pour Israël.

La paix et stabilité dans le monde nécessitent sans aucun doute quelques changements de régime, à commencer par le régime de Netanyahu à Tel-Aviv et celui de l’Etat profond tapi dans les bas-fonds politiques de Washington.

 

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