Vent du nord : le cinéma vs la mondialisation

vent du nord

Quelle leçon pourrions-nous tirer du film Vent du nord du réalisateur Walid Mattar? Quand le vent de la mondialisation souffle, elle emporte loin les rêves des jeunes et des moins jeunes qui se trouvent à sa merci.

Vent du nord est le premier long métrage de Walid Mattar. Ce film a fait parler de lui pendant la 28ème édition des JCC en 2017 où il a raflé trois prix: Tanit d’or Taher Cheriaa de la première œuvre, Prix du meilleur scénario et Prix du jury TV5 Monde. Ce film actuellement, dans les salles illustre  l’impact de la mondialisation. La mondialisation et son modèle économique avide et sauvage est l’arme des multinationales qui ne cherchent que le gain rapide au détriment des droits socio-économiques des ouvriers et empiète sur les rêves de ses victimes. Cela est bel et bien perceptible dans le film.

A travers la  délocalisation d’une usine de chaussures du nord de la France à la banlieue de Tunis (Hammam-lif), Walid Mattar expose le nœud de Vent du nord sur les deux protagonistes qui voient leur vie impactée par la délocalisation. Hervé (interprété par Philippe Rebbot), un ouvrier et père de famille ayant passé plus que 30 ans dans l’usine, accepte avec résignation une maigre indemnité de 30 mille euros pour quitter l’usine contrairement à ses collègues qui se sont révoltés pour avoir tous leurs droits. Hervé décide alors de suivre son rêve, à savoir devenir pêcheur et transmettre la passion de la pêche à son fils, mais à l’époque de la mondialisation et des longues procédures administratives, même les rêves basiques deviennent inaccessibles…

De l’autre côté de la Méditerranée, plus exactement à Hammam Lif, la même usine s’installe. Foued (interprété par le célèbre rappeur Mohamed Amine Hamzaoui), en décrochant un travail dans l’usine croit qu’il est devant une aubaine qui lui permettra de changer sa vie: soigner sa mère et séduire la femme dont il est amoureux (rôle interprété par Abir Bennani), mais contrairement à ses attentes le vent a bel et bien tourné et le rêve se transforme en désillusion.

La caméra suit deux parcours voués à l’échec. Foued, se rend compte d’une réalité amère à l’usine: l’exploitation des capitalistes, le travail sans sécurité sociale avec un salaire dérisoire et il ne parvient pas à devenir chef d’atelier, malgré sa productivité. Cerise sur le gâteau, sa dulcinée l’abandonne pour nouer une relation sentimentale avec un douanier, pour fuir la misère et la précarité. Foued accablé par le poids lourd de cette expérience quitte son travail.

Pour Hervé, l’échec est retentissant: les autorités lui confisquent le bateau de pêche qu’il a acheté avec l’indemnité, pour commerce illégal, et il voit son rêve voler en éclat à cause d’une bureaucratie qui l’empêche d’obtenir le permis de pêche. Que ce soit en France ou en Tunisie, le vent de la mondialisation ne fait qu’avorter les rêves des jeunes et des moins jeunes. Oui le drame des ouvriers est le même qu’ils soient en France ou en Tunisie et l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, comme dit le proverbe. Walid Mattar montre une France dont la bureaucratie règne en maître, où les forces de l’ordre viennent au secours du capitaliste pour lever un sit-in, où les ouvriers peinent pour avoir leurs droits. Le film alterne entre les deux drames (celui de Foued et celui de Hervé). Les changements entre les histoires sont ponctués par une scène de bateau traversant la Méditerranée.

Ainsi le personnage de Foued est devenu représentatif d’une partie de la jeunesse tunisienne qui rêve de rejoindre l’autre rive pour trouver un emploi décent et un « avenir meilleur ». Vent du nord vient exprimer un cri de rage d’une jeunesse désespérée voulant vivre avec dignité.
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