De la gestion de l’eau à la décarbonisation de l’économie, un chemin pour l’avenir

L'eau Portugal
Par João Pedro Matos Fernandes, Ministre portugais de l’ Environnement

Dans les dernières 25 ans, le Portugal a accumulé les succès dans les secteurs de l’approvisionnement de l’eau, de la collecte et traitement des eaux usées et de la gestion des déchets. L’expérience que nous avons accumulée, au Portugal, dans ces domaines, peut être utile à la Tunisie.

Le fait que nos pays partagent un climat méditerranéen, de plus en plus imprévisible à cause des changements climatiques, nous invite à intensifier notre coopération et à travailler plus étroitement ensemble.

Il est bien évident que les solutions choisies dans ces domaines doivent être adaptées au climat et au territoire, et il est tout aussi évident que l’affinité géographique est un avantage pour l’échange des expériences.

Le secteur public d’approvisionnement en eau a connu au Portugal, ces dernières années, une évolution significative. Cette évolution est visible dans la qualité de l’eau fournie aux consommateurs. Aujourd’hui, presque la totalité de l’eau (plus de 99%) est contrôlée « eau potable de bonne qualité’ », alors qu’en 1993, cet indicateur était de 50%.

L’amélioration de la qualité de l’eau a été réalisée grâce à d’importants investissements, mais aussi grâce à une meilleure maîtrise des techniques de gestion et à un meilleur contrôle de la qualité. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer qu’en matière de consommation d’eau potable, la sécurité est totale au Portugal.

Les conséquences de l’amélioration de l’eau, notamment au niveau de la santé publique, ne se sont pas fait attendre. C’est ainsi que nous avons réalisé d’importants progrès contre les maladies qui se propagent à travers la consommation de l’eau.  Un exemple concret : l’hépatite A, dont la tendance d’évolution est inversement proportionnelle à celle de la qualité de l’eau, est pratiquement éradiquée au Portugal.

Ce succès n’a été pas possible que grâce aux importants investissements réalisés dans le secteur depuis 1993. Cette année, l’Etat avait pris l’initiative de créer un nouveau système de gestion municipale, couvrant plusieurs municipalités. L’initiative s’est révélée un succès. Ce nouveau modèle d’organisation et de gestion a été accompagné par l’élaboration de plans stratégiques pour le secteur de l’eau.

Les investissements réalisés dans le domaine vital de l’approvisionnement en eau, au cours des deux dernières décennies, étaient de l’ordre de 10 milliards d’euros. Dès lors, il était possible d’augmenter considérablement les infrastructures existantes. A la fin de 2015, le secteur de l’approvisionnement en eau, pour le territoire portugais, a été équipé de 3666 usines de traitement, dont 260 usines de traitement d’eau et 3.406 usines qui effectuent uniquement des opérations de désinfection et d’épuration.

Le secteur d’approvisionnement en eau compte 109 mille kilomètres de pipelines. De cette infrastructure, 10 mille km de pipelines sont sous la responsabilité des entités de gestion « em alta » (de la capture aux réservoirs) et 99 000 km sous la responsabilité des entités de gestion « em baixa » (des réservoirs au consommateur final).

La capacité de réserve d’eau traitée pour consommation humaine au Portugal est d’environ 5 millions de mètres cubes, sachant que le pays est équipé de près de 9 000 réservoirs d’eau. Aujourd’hui, 95% des consommateurs ont de l’eau du robinet et plus de 80% des eaux usées sont traitées.

Cette amélioration dans le secteur de l’eau au Portugal, au cours des trois dernières décennies, a été étendue aux eaux de baignade et aux eaux fluviales. En conséquence, en 2017, 320 drapeaux bleus (symbole de la qualité de l’Union Européenne) ont été attribués au Portugal, attestant de la qualité des eaux de baignade dans toutes les zones côtières et les rivières du pays.

Il convient également de noter que cette évolution a permis de maintenir le prix de l’eau et du service d’assainissement à un niveau bas et stable pour le consommateur. Les entreprises du secteur ont également enregistré de solides bénéfices.

Nous sommes aussi fiers des succès réalisés dans un autre secteur : le traitement des déchets. Là aussi, le Portugal a fait beaucoup de progrès. En deux décennies, le pays est passé d’une utilisation généralisée de décharges, sans contrôle des déchets déposés, à un niveau de gestion conforme aux réglementations sectorielles les plus exigeantes et aux meilleures technologies disponibles.

Dans un secteur qui s’est si rapidement modernisé, le rôle joué par les cadres qualifiés de l’administration publique, les opérateurs, les principaux producteurs et la communauté technique et scientifique a été essentiel.

La vision politique du secteur des déchets s’est concentrée sur l’utilisation efficace des ressources, sans oublier les défis de l’avenir, découlant d’un paradigme basé dans l’Économie Circulaire. Le passage des décharges aux sites sanitaires, la collecte sélective et la valorisation des matières recyclables, le bon fonctionnement des stations d’épuration mécaniques et biologiques, la valorisation énergétique à travers la production de l’énergie à partir du biogaz généré par la décomposition des déchets urbains, l’élaboration et la mise en œuvre des différents Plans Stratégiques Nationaux, autant de facteurs  qui ont permis une amélioration significative du bien-être de la population et de la qualité de l’environnement.

Quant aux déchets hospitaliers, sanitaires et industriels banals et dangereux, ils ont été soumis à des modèles de gestion qui ont contribué à des solutions intégrées au niveau national. Précisons enfin que le Portugal a formé des compétences techniques et professionnelles, d’ingénierie et de gestion, qui comptent parmi les meilleures au monde. Nos entreprises publiques et privées, certaines de stature internationale, sont capables de fournir toute une gamme de services et de gérer les situations environnementales les plus complexes.

C’est ce chemin que nous avons choisi de suivre à l’avenir. Notre aspiration est forte et notre souhait est grand de pouvoir coopérer avec la Tunisie dans le secteur de l’environnement et dans tous les autres secteurs.

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