Allocations sociales vs protestations : et après… ?

mouvements sociaux - l'économiste maghrébin

Pendant les quatre derniers jours, plusieurs gouvernorats ont connu une vague de protestations contre les nouvelles dispositions de la loi de finances 2018, notamment la hausse des prix. Les mouvements pacifiques ont vite tourné à l’affrontement.

Suite aux protestations, le Chef du gouvernement et le président de la République ont annoncé une série de mesures sociales au profit de la classe défavorisée et des jeunes. Tous les deux ont eu recours au contact direct avec les citoyens. Si le président de la République Béji Caïd Essebsi s’est dirigé à la Cité Ettadhamen pour inaugurer le nouveau complexe des jeunes où il a annoncé que 2018 sera consacré aux jeunes. Youssef Chahed a, pour sa part, participé à une table ronde avec des jeunes au Centre de formation professionnelle à Denden, pour parler d’employabilité et de perspectives pour la jeunesse tunisienne. Décisions annoncées et contact direct avec les citoyens, notamment les jeunes, sont les atouts maîtres de Youssef Chahed et BCE face à la colère populaire, semble-t-il.

Unanimité sur la continuité des protestations

Cependant, une question se pose. Les mesures annoncées par le gouvernement sont-elles capables d’endiguer la colère populaire? Les Tunisiens de l’après-14 janvier 2011 vont-ils en être satisfaits et renoncer à la protestation?

Pour Mohamed Youssfi, membre du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et rédacteur en chef d’une radio privée, les protestations ont encore une fois contraint le gouvernement à parer au plus pressé. Cela reflète l’absence d’une stratégie claire. « C’est une réaction plutôt qu’une approche stratégique », estime-t-il. « Le pire est que les protestataires ont perdu confiance en la classe politique et en sa volonté de tenir ses promesses, à un moment où le Tunisien ne croit plus au sérieux de ce genre de manœuvres politiques », continue-t-il.  De plus, il y a un problème au niveau de l’exécution des mesures décidées, en ce sens qu’il n’y a pas de réel suivi, précise notre interlocuteur. Mohamed Youssfi a rappelé à ce propos que plusieurs décisions ont été prises auparavant, mais jusque-là elles sont restées lettre morte. Il y a un risque évident d’escalade dans ce genre de comportement, puisque le gouvernement n’agit que sous l’urgence, les protestations risquent de reprendre à la moindre occasion.

De son côté, Ghazi Chaouachi, député et secrétaire général du Courant démocrate (Attayar), a fait savoir que le gouvernement aurait dû anticiper les protestations sociales surtout qu’il a toutes les données sur la crise socio-économique et l’impact de la loi de finances 2018. « Sur ce plan, il n’a pas bien rempli son devoir et c’est pour cette raison que les  protestationsse sont déclenchées », affirme-t-il.

Les décisions ont été prises tardivement d’après notre interlocuteur « car le gouvernement aurait dû les prendre bien avant l’adoption de la loi de finances 2018 ». Et il ne manque pas de critiquer un certain nombre d’aspects dans ces mesures. Ainsi, Ghazi Chaouachi a indiqué que les mesures ciblent uniquement la classe défavorisée et ne concernent pas la classe moyenne qui voit son pouvoir d’achat se détériorer, regrette-t-il. Tout en indiquant que la mesure qui consiste à accorder des soins gratuitement aux chômeurs est bienvenue, il s’est interrogé sur les moyens financiers pour assurer les soins gratuits: « Il est clair que nos hôpitaux, qui souffrent déjà de plusieurs maux,  ne pourront certes pas assurer des soins gratuits pour 650 mille chômeurs. ». « Les protestations ne cesseront pas jusqu’à ce que le gouvernement assume toute sa responsabilité », a-t-il estimé.

Dans le même sillage, Messaoud Romdhani, président du Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES), considère que les mesures sont loin d’être suffisantes et ne contribuent pas à l’apaisement social.  » Des mesures prises dans l’urgence et qui sont loin d’être une stratégie globale », conclut-il.
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