Affaire Emirates Airlines : une leçon bien féminine

Emirates

En latin, on dira Lectio autem nimis feminino protuli; et quelle leçon! Fausse odeur de débauche ou vraie menace terroriste habillée en femme tunisienne, je ne reviendrai pas sur les tenants et les aboutissants de la tempête diplomatique et médiatique soulevée par ce que l’on va désormais appeler l’affaire «Emirates Airlines» qui jusqu’à l’écriture de ces lignes, n’a pas encore livré tous ses secrets; encore moins ses protagonistes qui, eux aussi, n’ont pas dit leur dernier mot.

En revanche, je retiens qu’encore une fois, l’exemple est venu des femmes; cette fois-ci, elles ont poussé un pouvoir d’habitude frileux et dans ses petits souliers quand il s’agit d’affronter ceux qui s’affichent comme tels, à prendre ses responsabilités.

Et cette fois-ci, celui qui était en face, croyait que tout lui était permis. Face au pouvoir de l’argent, la réaction des autorités a paru en déphasage avec la colère grandissante de la rue et a fini par prendre la mesure de l’événement et à se hisser un tant soit peu au niveau de l’affront, même si Carthage était dans un oued et l’opinion dans un autre, comme on dit.

N’empêche, pour une fois, et malgré les tentatives d’instrumentalisation au bénéfice d’un camp étranger ou d’un autre, tout le monde a parlé d’une seule et même voix;  ce n’est pas rien en ces temps de cacophonie où chacun veut parler plus fort. Il aura suffi d’une interdiction de monter à bord signifiée à des voyageuses d’un jour, pour que tout s’enclenche et que l’on passe d’une réaction officielle timorée et à la limite conciliante, aux choses sérieuses.

Rappelez-vous, le sit-in du Bardo qui a chassé la Troika, c’étaient entre autres, elles, les femmes. Le président Essebsi à Carthage, c’étaient aussi elles qui l’ont décidé, même si entre-temps, elles ont juré qu’on ne les y reprendra plus.

Ce qui m’a le plus frappé dans cette affaire qui va certainement en appeler d’autres tant que Montplaisir sera aux premières loges, c’est bien ce communiqué où le bureau politique d’Ennahdha se confond en louanges à l’endroit des femmes tunisiennes en parlant de «hraieres tounes», alors qu’il n’y a pas si longtemps, il était question de complément. Une femme qui serait au service de l’homme et non son avenir.

Il est vrai que, quand on aime, on ne s’embarrasse pas de scrupules, et au sein du mouvement, on a appris la leçon par cœur. Entre Abu Dhabi et Doha, le choix est vite fait; le reste n’étant que balivernes et pure hypocrisie.

On a beaucoup parlé d’honneur bafoué, alors qu’il aurait sans doute mieux valu parler de dignité foulée aux pieds; on a entretenu l’ambiguïté alors qu’il aurait fallu nuancer; on en a fait une question d’honneur et on a beaucoup jasé, alors que ce n’était finalement pas le cas et qu’il n’y avait pas débauche en la demeure.

Après tout, nul n’est parfait. Faire exploser ou se faire exploser, qui aurait pu penser que de jeunes femmes tunisiennes pouvaient arriver à de tels extrémités. Heureusement qu’il y a dans l’actualité, pesante et oppressante, des choses qui parlent de choses qui valent le détour, comme ce film de Selma Baccar « Al Jaida » sur le combat des femmes tunisiennes contre les archaïsmes et pour l’émancipation. Un film qui rencontre un grand succès public et qui vient à point nommé pour dire que le combat contre le conservatisme le plus rétrograde continue.

On attend des excuses officielles de la partie émiratie; pour une fois, on a osé; pour une fois, les pétrodollars n’ont pas compté, seuls ont compté le devoir et le courage.

A propos de courage, je reviens toujours à Saint-Exupéry qui disait: « Le courage, c’est la moindre des choses. » Et le courage, c’est ce qui manque le plus en ce moment à ce pays.

Cela dit, le président Erdogan est dans nos murs et on peut supposer que le made in Turkey et le made in Tunisia seront à l’honneur, et c’est à qui aura le dernier mot pour faire en sorte que ça balance dans les deux sens.

Les journalistes tunisiens, eux, n’ont pas attendu pour dire haut et fort le leur. Il est vrai que la situation de leurs collègues turcs embastillés est des plus préoccupantes. Comme vous voyez, la révolution peut avoir de ces vertus…

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