Liste noire : compter d’abord sur nous-mêmes

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Depuis l’annonce du classement de la Tunisie sur la liste noire des « paradis fiscaux », beaucoup de choses ont été dites. Les réactions épidermiques qui s’en sont suivies sont évidemment peu propices à une évaluation objective de la situation pour imputer les responsabilités et tirer les enseignements en termes d’impacts immédiats et à moyen terme.

Au-delà de l’impact sur l’image du pays, qui sera incontestablement entamée, les effets, si la décision est confirmée le 23 janvier 2018, sont évidents. Sur le volume, la qualité et la diversité des investissements directs étrangers (IDE). Sur nos banques, déjà fragilisées, dans leurs relations avec leurs correspondants et sur la surveillance accrue qu’elles devront subir dorénavant dans leurs opérations avec l’étranger. Sur la notation de la Tunisie à un moment où tout est entrepris pour l’améliorer. L’on comprendra alors, contexte de défiance aidant, pourquoi d’aucuns considèrent cette décision comme un geste d’inimitié, voire un désaveu de tout le processus de construction nationale démocratique, dont la réussite est fonction de la réussite de la transition économique que cette décision est loin de favoriser.

Aussi, posons-nous d’abord la question de savoir pourquoi la Tunisie se retrouve dans cette liste saugrenue où elle détonne et où, bien évidemment, aucun pays ni territoire européen ne figure. Ce qui dénote de la duplicité européenne. L’identité de l’organisme, qui a procédé au classement n’est pas anodin. Il s’agit de l’Union européenne, notre principal partenaire. Même si les faits incriminés pouvaient avoir une certaine réalité, on se serait attendus à mieux et à davantage de compréhension de la part de ce partenaire. Car, comment peut-on en même temps prétendre soutenir la Tunisie pour lui faire retrouver les conditions d’une croissance saine et durable, et prendre contre elle une mesure qui, justement, handicape lourdement cette reprise ?

Responsabilités ?

Maintenant, est-ce que cette décision était attendue ? La réponse est oui. Les discussions sur ce dossier remontent au début de l’année 2017. Par conséquent, les autorités tunisiennes avaient largement le temps de voir venir et de se préparer à toutes les éventualités. Avons-nous péché par négligence ? Par incompétence ? Par méconnaissance des rouages du processus de décision européen ? Ou, ce qui serait le plus grave de mon point de vue, par excès de confiance et d’assurance que notre statut de seul pays des printemps arabes ayant réussi la transition démocratique nous conférait certains privilèges ? Certains, et en cela, ils seraient coupables, ont dû peut-être  penser : « Ils n’oseraient pas le faire ».

Ces personnes ont oublié qu’un dossier, cela se prépare à force d’arguments, de faits tangibles et de preuves matérielles. Il n’y a que cette attitude qui vaille. S’en remettre au bon vouloir, voire à la sympathie des autres, conduit souvent au péril. Les Etats n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts. Quand comprendrons-nous que le monde sera de moins en moins dans la sympathie et la compassion avec nous, mais de plus en plus dans la question ? Qu’avez-vous fait de votre révolution ?

Responsabiliser

Au-delà de cette décision somme toute bienvenue, puisqu’elle nous remet en question et nous oblige à un exercice salutaire qui est de penser notre attitude par rapport aux événements extérieurs et à leur gestion par nos décideurs, je n’ai pas connaissance de la mise en place d’une cellule de suivi qui commencerait d’ores et déjà à étudier le probable impact sur notre économie et sur les négociations en cours pour l’ALECA. Attitude symptomatique d’une déresponsabilisation habituelle chez nous plus prompte à faire porter la responsabilité de notre situation sur autrui, l’on a attendu le dernier moment pour se limiter à en prendre acte et à supputer des positions des uns et des autres, comme si nous n’avions aucune action à entreprendre et que nous devrions subir.

Le moment est venu de réorganiser cette relation et de désigner un responsable Europe en charge de cette question et des négociations ALECA. A charge pour lui de définir la feuille de route, les objectifs et de coordonner avec le reste des départements. Cette personne sera la seule responsable de la conduite des opérations et sera l’unique comptable.

Les pouvoirs publics en Tunisie seraient bien inspirés d’en tirer tous les enseignements pour améliorer les conditions de négociation relatives à l’ALECA, dans le sens d’un meilleur rééquilibrage en faveur des intérêts de l’économie tunisienne, notamment dans les secteurs les plus vulnérables (i.e. agriculture et services), qui doivent être fortement soutenus, et de l’application des 4 libertés sans exclusive : libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux.

S’il est une leçon qu’il faut tirer de cet événement, c’est d’apprendre à ne compter que sur nous-mêmes. Cessons de faire dépendre notre avenir du bon plaisir des autres. Cessons d’attendre notre salut des heurts et malheurs des autres, au gré de leurs intérêts circonstanciels. Le salut est en nous. Définissons d’abord notre propre destin national, définissons notre horizon, et l’on saura alors distinguer ce qui est bon pour nous et ce qui ne l’est pas, et ainsi, transformer les menaces en opportunités pour en tirer profit.

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