La Déclaration Balfour, la déclaration d’une guerre de 100 ans

source : reseauinternational.net

Le 2 novembre 1917, Lord Arthur Balfour, chef de la diplomatie de l’empire britannique, signe un texte – à l’adresse de Lord Rothschild, figure de la communauté juive de Grande-Bretagne – qui formalise et symbolise le début du conflit israélo-arabe.

Ce texte incarne à la fois l’ouverture du processus de création de l’Etat d’Israël et la marche vers la tragédie historique dont sont encore victimes les Palestiniens. Retour sur cette page d’histoire toujours prégnant au temps présent.

Province de l’Empire ottoman depuis le XVIe siècle, la Palestine est placée sous un mandat du gouvernement britannique en 1920, décision confirmée par la Société des Nations en 1922. Entre temps, la montée de l’antisémitisme et la persécution des juifs en Europe est à l’origine d’un mouvement nationaliste juif : le sionisme.

Son père fondateur, Theodor Herzl (écrivain juif austro-hongrois, auteur de L’État juif, publié en 1896) organise en 1897 à Bâle le 1er Congrès sioniste, à l’occasion duquel il proclame que « l’objectif final du sionisme est de créer, pour le peuple juif, un foyer en Palestine ». En écho, le Premier ministre britannique Arthur Balfour s’engage dans sa fameuse déclaration de 1917 à créer un « foyer national juif ». Or la Palestine n’est pas une « terre sans peuple ».

Une majorité d’Arabes y vit et coexiste avec des minorités, notamment juive. La « Déclaration Balfour«  a provoqué un véritable appel d’air pour l’immigration des juifs en Palestine. Cette dernière ne cesse de croître jusqu’à la création de l’État d’Israël : de 1922 à 1947, le nombre de Juifs en Palestine passe de 84 000 à 608 000 (soit le tiers de la population totale) ; la superficie possédée par les Juifs progresse de 20 000 à 180 000 hectares (soit de 7% à 13% des terres cultivables) entre 1897 à 1947.

Le dynamisme du nationalisme juif a développé par réaction un sentiment nationaliste chez les Arabes palestiniens qui, contrairement aux idées reçues, ont tenté de réagir pour enrayer l’immigration juive, y compris par des révoltes violentes : les émeutes de 1921 à Jaffa, mais surtout la « grande révolte arabe » (1936-1939) qui a fait 5000 morts palestiniens (et près de 5000 juifs et 200 Britanniques). Certes, celle-ci a poussé l’autorité mandataire à suspendre l’immigration juive ainsi que l’achat de terres arabes en Palestine. Toutefois, les Britanniques (comme les Ottomans avant eux) ont empêché toute structuration politique des Arabes palestiniens et ont maté leurs révoltes.

La question palestinienne se posera en tant que telle au terme d’un processus de maturation et d’autonomisation politique à l’endroit des États arabes. La question palestinienne a émergé sous les effets conjugués du démembrement de l’Empire ottoman, de la lutte contre l’impérialisme britannique et de la montée en puissance des nationalismes juif et arabe. Le sionisme a abouti à la création de l’État d’Israël en 1948.

Face aux divisions intra-arabes et au déclin du panarabisme (à la suite de la défaite de la Guerre des Six jours, en 1967), le mouvement national palestinien s’est replié sur sa principale ressource : son peuple. Son autodétermination et la création d’un État palestinien viable, souverain et indépendant, demeurent aussi légitimes qu’improbables, au regard d’une triple atomisation : le peuple est disséminé dans un espace discontinu, fragmenté et régi par des forces politiques antagonistes. L’État palestinien est impensable tant qu’Israël poursuivra sa politique coloniale et n’admettra pas de négocier les trois points fondamentaux suivants : le retour aux frontières de 1967 aménagé par des échanges de territoires, le partage de Jérusalem et une solution négociée sur la question des réfugiés de 1948.

Avec la fin du mandat britannique, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte le 29 novembre 1947 un plan de partage de la Palestine. La résolution 181 crée deux États : l’un juif, auquel est octroyé près de 56% des territoires de la Palestine mandataire ; l’autre arabe, héritant des 45% restant. En outre, Jérusalem est placée sous un régime de tutelle internationale (l’ONU en assure l’autorité administrative). Les États arabes, au sein de la Ligue et à l’ONU, s’opposent vainement à ce plan de partage. David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l’indépendance de l’État d’Israël, le 14 mai 1948…

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