Ezzedine Saidane: «L’abaissement de la note souveraine est un signal très négatif»

prêt syndiqué - l'économiste maghrébin

Revenant sur le récent abaissement de la note souveraine de la Tunisie de Ba3 à B1 avec  perspectives négatives par Moody’s, l’économiste Ezzedine Saidane a livré les raisons, les conséquences et les solutions de cette notation.

Tout d’abord, M. Saidane a rappelé que les réserves en devises de la Tunisie ont chuté de manière drastique à 11597 millions de dinars, soit l’équivalent de 90 jours d’importations. Ce qui constitue un niveau jamais atteint depuis la crise de 1986, et qui représente, selon les normes internationales, un niveau d’alerte considéré par les pays, les agences internationales de notation, les institutions financières et les investisseurs comme une ligne rouge.

Parce que tout pays qui serait en difficulté pour rembourser ses dettes donnerait naturellement la priorité aux paiements relatifs aux importations de produits alimentaires, de médicaments et de produits énergétiques. Et on considère à juste titre que l’équivalent de 90 jours d’importations est juste suffisant pour couvrir les importations de ces produits de base indispensables.

En d’autres termes, dans une telle situation, le pays en question ne serait pas en mesure de faire face aux paiements au titre de sa dette extérieure (principal et intérêts).

Pour mieux comprendre cette situation, l’économiste a souligné qu’il faudrait rappeler les sources qui alimentent les réserves de change qui sont de l’ordre de cinq. Il s’agit des exportations de biens, exportations de services notamment le tourisme,  transferts des Tunisiens à l’étranger,  investissements directs et indirects étrangers et les emprunts extérieurs dont la Tunisie use et abuse depuis 2011.

Il a précisé, également, que les réserves de change servent à effectuer nos paiements extérieurs,  notamment les importations de biens et services ainsi que le service de la dette, c’est à dire le règlement des échéances de la Tunisie  en principal et intérêts de la dette extérieure.

Ils servent, en outre, à financer les interventions de la Banque Centrale de Tunisie  (ventes de devises) pour calmer, dans certaines conditions, le marché des changes ou pour lisser la dépréciation de la valeur du dinar.

Quelles conséquences ?  

En ce qui concerne les conséquences de la baisse des réserves de change qui peuvent être graves, Ezzedine Saidane a affirmé qu’elles se résument en une perception négative du risque de la Tunisie par nos partenaires extérieurs, un coût excessif de tout crédit extérieur, une révision à la baisse de la notation souveraine de la Tunisie, une hésitation des investisseurs étrangers à considérer la Tunisie comme destination pour leurs investissements ainsi qu’une baisse continue de la valeur du dinar…

Par ailleurs, la baisse excessive de nos réserves de change n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe de la mauvaise gestion de nos affaires publiques, notamment  nos affaires économiques et financières. La gestion de notre commerce extérieur, l’énorme déficit commercial et l’insupportable déficit courant en sont un exemple.

Egalement, la baisse des réserves et le peu de progrès réalisés sur la voie des réformes sur lesquelles la Tunisie s’était engagée auprès du Fonds international monétaire (FMI) seraient à l’origine de la dernière révision à la baisse de la notation souveraine de la Tunisie de Ba3 à B1 avec perspectives négatives.

Cet abaissement donne un signal très négatif aux institutions financières et commerciales et aux investisseurs, vu que cette notation signifie clairement que la Tunisie ne serait pas en mesure de faire face à ses engagements extérieurs.

Y a-t-il des solutions malgré l’ampleur des dégâts ?

Au final, notre interlocuteur a fait savoir que les solutions existent et elles se déclinent en trois étapes, à savoir un diagnostic consensuel signé par tous les signataires du document de Carthage de la situation économique et financière de la Tunisie, un plan d’ajustement structurel à implémenter sur une période de 18 à 24 mois et une batterie de réformes profondes capables de remettre l’économie tunisienne sur une orbite de croissance, de créations d’emplois et de création de richesses.

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