Il y a 50 ans : la « Guerre des Six jours »

Le plateau du Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est demeurent sous contrôle israélien, malgré les accords d’Oslo.

Arguant du blocus du détroit de Tiran par l’Égypte, Israël a déclenché le 5 juin 1967 une « guerre préventive » éclair contre ses voisins arabes. Au terme de cette « Guerre des Six jours », les armées égyptienne, syrienne et jordanienne sont défaites.

L’onde de choc géopolitique et symbolique de la Guerre des Six jours ne cesse de se faire sentir aujourd’hui.

La défaite est synonyme de « grande humiliation » (« Naksa ») pour les Palestiniens et les Arabes. Ce nouveau traumatisme entraîne une radicalisation manifeste lors du sommet arabe de Khartoum en août 1967, avec un front uni contre Israël et la réaffirmation des droits palestiniens. Cette cuisante défaite militaire signe surtout le déclin du nassérisme. La défaite de la guerre des Six jours en 1967 sonne le glas du panarabisme et ouvre la voie à une relative autonomisation politique des Palestiniens.

Fort des opérations commandos de « fedayins », figures symboliques du combat des Palestiniens (notamment après la résistance opposée à l’armée israélienne dans le camp de Karameh en Jordanie), le Fatah de Yasser Arafat prend le contrôle de l’OLP. La charte de l’OLP est amendée en 1968 : priorité est donnée à la lutte armée pour la libération de la Palestine, suivant une rhétorique révolutionnaire et anti-impérialiste.

Un projet politique prend rapidement forme autour d’un État démocratique, laïc et révolutionnaire. Sous l’impulsion de Yasser Arafat, le mouvement national palestinien s’engage tout à la fois dans la voie de l’autonomisation et de la structuration sociopolitique…

La victoire militaire de l’État israélien s’est traduite par une extension de sa superficie, avec le contrôle de la bande de Gaza, de la péninsule du Sinaï, du plateau du Golan, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Israël n’est pas loin de maîtriser l’ensemble du territoire de la Palestine mandataire.

La résolution 242 du Conseil de sécurité (22 novembre 1967) évoque « le retrait des forces armées israéliennes de(s) Territoires occupés » dans le cadre de l’instauration d’une paix durable. Elle restera lettre morte, jusqu’à l’accord de paix avec l’Egypte (qui comprend le retrait du Sinaï) et la décision de retrait unilatéral de Gaza en 2005. Le plateau du Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est demeurent sous contrôle israélien, malgré les accords d’Oslo.

Non seulement l’extension de l’occupation israélienne a provoqué un nouveau flux de réfugiés palestiniens (au nombre de 450 000), mais elle a été à l’origine d’une politique de (relance de la) colonisation. L’immigration juive, l’appropriation foncière et le peuplement initiés à la fin du XIXe siècle acquièrent en effet une nouvelle dimension après la Guerre des Six jours. Cette évolution témoigne d’un double phénomène inhérent au conflit israélo-palestinien : l’enjeu démographique et le poids de la religion sur le sionisme moderne.

Au début des années 1970, les gouvernements israéliens successifs, dirigés par le parti travailliste ou le Likoud, ont développé une politique de colonisation dans les Territoires occupés. L’argument de la sécurité d’Israël est alors invoqué (« Plan Allon »), les colonies faisant office de « défenses avancées ».

À la fin des années 1970, le discours prend une tournure religieuse. Le mouvement « Goush Emounim » (« Bloc de la foi ») se trouve conforté par l’arrivée au pouvoir de la droite nationaliste incarnée par le Likoud, laquelle accélère l’accaparement des terres arabes et la colonisation. Si les considérations sécuritaires demeurent, une lecture religieuse s’affirme avec force dans la volonté de judaïser les territoires occupés.

Le mythe du « Grand Israël » incluant la Judée et la Samarie (et donc une grande partie de la Cisjordanie) nourrit la quête d’une continuité territoriale entre les colonies israéliennes conduit à l’extension des quartiers de colonisation et à la constitution de véritables villes, reliées par des routes dites « de contournement » accessibles aux seuls colons.

La Cisjordanie devient un territoire mité. Les restrictions de circulation en son sein en accentuent le morcellement. Enfin, un plan de judaïsation de Jérusalem-Est est clairement à l’œuvre à travers l’installation de Juifs dans la vieille ville arabe et dans ses alentours par voie d’expropriation et peu de nouvelles constructions.

L’occupation de Jérusalem-Est à la suite de la « Guerre des Six jours » de 1967 habite les consciences arabes et entretiennent un profond sentiment d’humiliation. La défaite face à l’ennemi israélien signe le déclin du nassérisme.

Cet échec militaire (malgré la guerre d’usure de 1969-1970) grève l’héritage politique de Nasser. C’est l’ensemble du nationalisme arabe qui périclite à partir de la fin des années 60. Son incapacité politique et militaire à défendre la « cause palestinienne » finit de décrédibiliser cette idéologie en faveur de dictatures militaires, de nationalismes locaux et  des islamismes….

Il est temps de dépasser ce passé trop présent. Parce que seule une solution à deux Etats peut garantir une paix durable, la France et l’UE devraient saisir le moment symbolique du 50e anniversaire de l’occupation israélienne pour repenser ses relations avec Israël et sortir ainsi d’un statu quo politiquement mortifère.

L’occupation et la colonisation qui perdurent et se renforcent depuis la fin de la « Guerre des Six Jours » non seulement sapent la viabilité des deux Etats mais sont incompatibles avec la résolution pacifique du conflit.

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