Brexit : perdant-perdant

Brexit L'Economiste Maghrébin

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) est en marche, symbolisée par le néologisme « Brexit », une abréviation de « British Exit ». Il s’agit d’un départ volontaire, puisque lors d’un référendum organisé le 23 juin 2016, 51,9% des Britanniques ont choisi de quitter l’UE. Suite à ce scrutin démocratique, et conformément à l’article 50 du traité sur l’Union européenne (TUE), le Royaume-Uni vient de notifier sa volonté au Conseil européen. Le Royaume-Uni va donc quitter l’UE, un processus qui pourrait durer plusieurs années encore, le temps de négocier de nouveaux accords avec l’UE.

Tous les acteurs semblent perdants dans cette affaire. D’un côté, l’UE perd l’une de ses grandes puissances politique, économique, financière et militaire. De l’autre, le Royaume-Uni risque d’imploser : résolument contre la sortie britannique de l’UE, le gouvernement écossais vient d’inscrire à son agenda politique l’organisation d’un référendum d’indépendance de la province.

Le choc est réel et vient ponctuer la relation historiquement ambivalente entre la construction européenne et les Britanniques. Ainsi, si Winston Churchill plaidait en 1946 pour les « Etats-Unis d’Europe » (discours de Zurich), il n’intègre pas le Royaume-Uni à ce projet. D’ailleurs, son pays ne fera pas partie des Etats fondateurs des Communautés européennes. Ironie de l’histoire, la troisième candidature du Royaume-Uni pour adhérer à la Communauté économique européenne (CEE) avait  abouti après l’accord de « l’Europe des Six » (1973) et un … référendum par lequel les Britanniques exprimaient leur volonté d’intégrer la construction européenne. Surtout, une fois membre des Communautés puis de l’Union européennes, les gouvernements successifs n’ont cessé de freiner toute logique fédérale, donnant ainsi raison à ceux – comme le général de Gaulle – qui estimaient que les Britanniques n’étaient que les porte-voix des (intérêts) Américains en Europe… En 1979, Margaret Thatcher, tout juste élue Premier ministre, entre en conflit et réclame un rabais – qu’elle obtiendra – sur la participation de son pays au budget communautaire.

Plus tard, en 1992, si le conservateur John Major ratifie le traité de Maastricht, il a néanmoins obtenu une clause lui permettant de ne pas avoir à adhérer à la monnaie commune, l’euro. Enfin, Tony Blair ou James Cameron ont tenté de trouver un point d’équilibre entre intérêts britanniques et européens. Une quête résumée dans le discours du 6 octobre 2000, prononcé par Tony Blair devant la Bourse de Varsovie, déclarait : « [p]our la Grande-Bretagne, comme pour tous les pays qui frappent à la porte de l’Union européenne, être au centre de l’influence en Europe est la condition indispensable pour avoir de l’influence ; de la force et de la puissance dans le monde […]. L’Europe est une Europe de nations souveraines libres et indépendantes, qui ont choisi de « grouper » cette souveraineté au service de leurs propres intérêts et de la cause commune (…) ».

Le cas de la France est à cet égard symptomatique. Derrière la participation à l’Union européenne se profile une ambition nationale, une vision de la France dans le monde. Les indices ne manquent pas : l’attention portée sur la présence française au sein des institutions de l’Union (à l’échelon administratif et politique), à la place de la langue française dans le régime linguistique de l’Union ou encore à l’influence des catégories juridiques tirées du droit français sur le droit communautaire. État fondateur des Communautés européennes, la France n’a cessé de projeter dans la construction européenne son ambition d’agir sur le monde …

Passé le choc politique en Europe, chacun en Europe pense à la défense de ses propres intérêts dans le cadre des négociations à venir. La nouvelle Première ministre Theresa May représente son pays face à une équipe de négociateurs représentant l’UE. Parmi les sujets de crispation, le coût financier de la sortie de l’UE sera au cœur des négociations : le Royaume-Uni risque de verser jusqu’à 60 milliards d’euros au budget européen, soit le montant des engagements de Londres jusqu’à la fin du cycle budgétaire en 2020. Autre point de tension des négociations à venir : la libre circulation des personnes entre le Royaume-Uni et l’UE. Enfin, l’essentiel des pourparlers devrait porter sur les futures relations commerciales entre Britanniques et Européens.

Dans un contexte global de grande incertitude, le « Brexit » devrait être effectif en 2019, dans l’hypothèse où l’UE existe encore …

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Béligh Nabli
Béligh Nabli est directeur de recherche à l’Institut de Recherche International et Stratégie (IRIS, Paris). Il a suivi des études en droit à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, avant d'obtenir son doctorat à l’Institut Universitaire Européen (IUE, Florence). Ses travaux et réflexions portent essentiellement sur des problématiques juridiques, politiques et institutionnelles portant sur la France, l’Europe et la Méditerranée. Son dernier ouvrage s’intitule L’Etat. Droit et politique (Armand Colin, Coll. U, 2017).

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