Changement des billets de banque: une mesure efficace, mais à condition…

refinancement banques L'Economiste Maghrébin

« Le changement des billets de banque : petite mesure ou décision stratégique? Tel était le thème de la Première Matinale organisée par l’association Alumni IHEC Carthage, conjointement avec la Fondation Friedrich Naumann, réunissant autour d’une table ronde d’éminents experts, à l’instar de l’universitaire et économiste, Abdelkader Boudriga, l’économiste Hechmi Alaya, le banquier Ahmed El Karm, l’expert financier Achraf Ayadi et l’expert-comptable Walid Ben Salah.

Dans le cadre de cette rencontre, les experts ont défendu la mesure du changement de billets de banque comme moyen efficace de lutte contre la détérioration des finances publiques et pour faire face aux déficits publics. Elle permettrait de combattre la monétisation de l’argent en liquide engendrée par le développement de l’économie parallèle depuis 2011 et par le manque de confiance dans le système bancaire.

A cet égard, Hechmi Alaya a affirmé qu’il ne s’agit pas de changer la monnaie mais le signe monétaire, c’est-à-dire la configuration graphique et monétaire de la monnaie comme ce fut le cas avec les billets de 50 dinars (type 2008), de 30 dinars (type 1997) et de 20 dinars (type 1992).

Il a estimé que cette opération ne sert pas, comme cela a été médiatisé, à lutter contre le blanchiment d’argent. Car ce phénomène doit être contrecarré, selon ses dires, par l’élimination directe des contrebandiers et non pas par le changeant de monnaie.

Par contre, Walid Ben Salah a souligné que le changement des billets de banque n’est pas une solution mais plutôt un moyen d’appliquer les dispositions déjà en vigueur, notamment la loi anti-blanchiment de 2015, et de lutter contre le blanchiment d’argent qui prive le Trésor public de recettes très importantes.

Ahmed El Karm a déclaré, pour sa part, que l’opération n’a que des avantages et ne présente aucun inconvénient, le tout sans le moindre coût. Il s’agit, selon ses propos, d’une solution technique à un problème épineux, à condition que ce changement de billets soit accompagné d’une obligation d’ouverture d’un compte pour déposer l’argent.

Et d’ajouter qu’elle pourrait avoir un impact positif sur le secteur bancaire et financier en général, notamment par la gestion de liquidité.

Il a rappelé, dans ce sens, que la quantité de monnaie fiduciaire en circulation est, selon les derniers chiffres annoncés par la BCT, de 10 164 MDT à ce jour, contre 5 000 MDT en 2010. Alors que le PIB n’a pas dépassé la moyenne des 2% depuis cinq ans, traduisant une croissance très faible. Ce qui prouve, d’après lui, qu’il y a plus de 5 000 MDT provenant de la contrebande et du marché parallèle.

Pour sa part, Achraf Ayadi n’a pas manqué de dire que cette opération serait banale si elle n’était pas accompagnée de dispositifs juridique et fiscal, et d’une approche structurelle visant à bannir le phénomène de la contrebande et du blanchiment d’argent.  Pour ce faire, M. Ayadi a proposé de permettre aux actifs de l’économie informelle de déposer leur argent dans des comptes bancaires, mais à condition de payer une contrepartie fiscale à l’Etat et de s’adresser à des experts comptables pour régulariser leur situation fiscale.

Une telle mesure aurait pour avantage d’injecter des millions de dinars de liquidités, permettant aux gens de travailler et aux banques de disposer de liquidités dans leurs comptes sans être obligées de passer par le régulateur. Ce qui permettrait l’amélioration de la situation économique en général.

Dans le même contexte, M. Alaya a annoncé qu’en cas d’adoption de cette opération, il faut, en premier lieu, encourager les citoyens à déposer leur argent en banque, et ce, en leur accordant des taux d’intérêts favorables au dépôt par exemple.

Au final, en abordant la question du coût estimé du changement des billets de banque, les experts n’ont pas défini de chiffes exacts, en attendant la tenue des rencontres avec le ministère des Finances. Mais, ils ont été unanimes quant à la stricte application des lois et la nécessaire volonté politique pour mettre en oeuvre les réformes urgentes.

Il est à noter que la BCT a précisé, aujourd’hui, qu’elle n’a aucunement l’intention de changer les billets de banque.

2 Commentaires

  1. Ce message ne passera pas probablement. Mais L’article est à la mesure de l’initiative du grand n’importe quoi; vraiment lorsque la médiocrité nous prend.

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