«Les changements de statut et de rémunération sont indécents»

Moez Ayari L'Economiste Maghrébin

L’affaire du changement de statut et de rémunération de Chedly Ayari, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), son vice-gouverneur et son secrétaire général, a posé polémique et a créé un malaise au niveau du cercle du pouvoir.  Sur ce sujet, leconomistemaghrébin.com a contacté Moez Joudi, président de l’Association tunisienne de gouvernance, pour plus de détails.

Tout d’abord, M. Joudi a noté que la BCT est une grande institution financière en Tunisie qui a toujours conservé sa crédibilité et a été au-dessus de tout soupçon. Néanmoins, depuis 2012, certaines dérives ont été constatées, soit au niveau de la nomination du gouverneur de la BCT qui a été politisée, soit au niveau de son intervention sur le plan économique, et les équilibres financiers ont été fortement touchés, ce qui a frappé l’efficience de cette institution.  Ainsi, sa politique monétaire n’a pas aidé, durant ces dernières années, la Tunisie à conserver ses équilibres financiers.

De plus, ces dérives figurent également au niveau de la réforme de la BCT qui a suscité un risque de conflit d’intérêts, au moment où elle doit imposer la nécessité de séparation des missions et du rôle de la BCT qui n’est que de supervision et de régulation.

Cette réforme est, selon Moez Joudi, décevante et ambigüe. « Elle a été conditionnée par le crédit  du Fonds monétaire international (FMI) et a convoqué la question de l’indépendance de la BCT. La question se pose aujourd’hui : la BCT est-elle indépendante? »  En réponse, notre interlocuteur a affirmé que cette indépendance doit être appliquée seulement au rôle et prérogatives de la BCT et non au statut. Néanmoins, parmi les points sensibles qui se cachent derrière cette réforme, la question du changement de statut du gouverneur et sa rémunération est bien présente.

A l’issue de cette réforme, Chedly Ayari, gouverneur de la BCT, a préparé cette rémunération depuis presque le mois de mai dernier, quand il a déclaré que la BCT est la banque des banques et que son gouverneur devait toucher plus que les PDG des banques publiques.

Notons que d’habitude, de par les primes mentionnées, le gouverneur a un rang, un salaire et les avantages d’un ministre. Le vice-gouverneur a, pour sa part, un rang, un salaire et des avantages de secrétaire d’Etat.

Et en dépit de la situation économique alarmante que connaît la Tunisie, le gouverneur a opté pour le changement du Conseil d’administration, qu’il préside, pour être composé des représentants du secteur financier et de trois indépendants. Ces indépendants qui doivent, selon les propos de M. Joudi, être des experts, des universitaires et des anciens banquiers de renommée, devraient être bien loin de tout conflit d’intérêts.

Et par la suite, M. Ayari a opté pour un changement de statut en augmentant sa rémunération. Au moment où il a déclaré que le pays est en danger et que les salaires de la fonction publique risquent de ne pas être versés, il a multiplié son salaire par cinq. Dans les faits, il a proposé un salaire de gouverneur de 30 mille dinars, un salaire de vice-gouverneur de 26 mille dinars et un salaire de secrétaire général de 15 mille dinars.

Suite à sa réunion, le Conseil d’administration a délibéré une décision de réévaluation des salaires  respectivement à 28 mille dinars, 24 mille dinars et de 15 mille dinars.

Cette décision a été déposée au gouvernement, mais puisque le nouveau gouvernement d’union nationale est en phase de composition rien n’a été adopté.

Cette décision indécente a posé polémique. En réaction, M. Ayari a démenti avec plein de paradoxes touchant la crédibilité de la BCT. « Un démenti qui ne dément pas le fond de la question parce que le Conseil d’administration est en train de saisir cette rémunération. Cela devient une affaire d’Etat et la BCT doit publier en toute transparence la délibération du Conseil et un communiqué officiel ».

Au final, Moez Joudi a conclu que des questions d’éthique, de transparence, de gouvernance, d’intérêt national et de justesse des réformes se posent, créant beaucoup d’autres problèmes à part celui de l’augmentation des salaires.

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