Comment une transaction devient l’affaire d’une « Nation »

Tunisie Telecom

L’acquisition de GO Malta par Tunisie Telecom a montré un besoin urgent de redresser la gouvernance au sein d’une entreprise publique. La transaction de Go Malta par Tunisie Telecom a fait couler beaucoup d’encre et a suscité une véritable polémique. Des commentaires sont allés dans tous les sens sur cette opération. Certains parlent de piège et de spin-of, d’autres parlent même de scandale !

A vrai dire, les experts en conviennent, les transactions d’acquisitions sont une composante essentielle pour le développement stratégique de toute entreprise qui veut développer ses activités, anticiper les perspectives d’avenir, saisir les opportunités et acquérir de nouvelles compétences et de nouveaux marchés…

C’est dans ce sens que l’opération de rachat de l’opérateur GO Malta s’est inscrite dans le cadre d’une démarche globale initiée depuis fin 2015 par la mise en place du plan stratégique de T T. Le plan de développement stratégique de l’opérateur historique prévoit, en effet, un développement à l’international mais aussi dans son environnement. Et de rappeler que la décision de participer à cet appel d’offres a été prise par les administrateurs tunisiens de Tunisie Telecom. Les administrateurs de son partenaire stratégique émirati n’ont nullement  participé à cette décision pour éviter tout conflit d’intérêts.

Bien entendu, chaque fusion-acquisition comporte des risques.  Et c’est du rôle des  représentants des actionnaires ainsi que de la  direction d’assumer leurs responsabilités pour sécuriser l’intégration post- fusion et assurer sa réussite. Côté management, conformément aux règles de la bonne gouvernance d’entreprise, la direction peut être reconduite pour un nouveau mandat ou être remplacée selon sa performance et les résultats obtenus.

Pour leur part,  le gouvernement et les représentants des actionnaires désignent les dirigeants au niveau du Conseil d’administration et de la Direction mais également les experts et les conseillers principaux et les autorisent à proposer les orientations stratégiques et à les mettre en œuvre dans le cadre de leurs mandats (y compris le périmètre des fusions-acquisitions). Il convient de rappeler que la démocratie ne veut pas dire que tout le monde peut « co-décider » ou « s’impliquer » dans la micro-gestion des entreprises même si elles sont détenues pour une large part par l’Etat. Ce type de transactions peut en effet susciter des réactions, incitant d’autres personnes aussi loin soient-elles du secteur à s’immiscer et à partager leur opinion. Ceci est de nature à mettre à mal les décideurs s’ils veulent envisager à l’avenir d’autres opérations similaires leur permettant de mettre en œuvre leur stratégie. Et ce n’est pas peu ! Je dirai même, ce n’est guère encourageant pour les autres grandes entreprises qui ont-elles aussi un plan de transformation ou d’expansion.

Toujours dans le respect du jeu démocratique et pour dissiper les inquiétudes des parlementaires tunisiens sur cette opération, le PDG de Tunisie Telecom, Nizar Bouguila, a déjà expliqué aux membres de la Commission de la réforme administrative, de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et du contrôle de la gestion des deniers publics à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) les atouts de l’opération initiée par Tunisie Telecom pour l’acquisition des parts dans le capital de l’opérateur maltais « GO MALTA » en réponse aux besoins de développement de l’entreprise. En effet, pour améliorer sa rentabilité et réduire ses  coûts unitaires, l’opérateur a besoin d’un effet de taille que  le marché local à lui tout seul ne peut offrir. La stratégie de Tunisie Telecom consiste donc à consolider sa position dans une démarche de croissance externe afin d’acquérir cet effet de taille.

Le processus d’apprentissage démocratique est encore à ses débuts. Pour autant, l’intérêt national a ses raisons que vraisemblablement la logique politique ignore. Il faut se garder de  mettre en cause le développement des entreprises, fusse inconsciemment  au risque d’instrumenter une communication stratégique dans les médias, surtout  en ces temps-ci. Il n’est pas sain -économiquement s’entend-  de constater encore une telle inhibition face à l’esprit entrepreneurial et à l’ouverture notamment dans des secteurs aussi dynamiques que les télécommunications. On aurait aimé une toute autre attitude face à une telle opération censée porter vers le haut l’image de l’entreprise publique et du pays. Vérité d’hier, vérité d’aujourd’hui : il faut oser pour vaincre!

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