Mondialisation du terrorisme ou terrorisme contre la mondialisation

De Bruxelles à Istanbul, le terrorisme semble prendre une nouvelle forme et toucher à une autre dimension en s’attaquant aux aéroports. Ce fléau qui préoccupe, ce mouvement obscurantiste de lutte contre la tolérance, la paix et la vie, s’élargit de plus en plus, sort de ses foyers et atteint le monde entier.

Ainsi, non seulement la Tunisie et les pays fragilisés sont ciblés par Daech, mais il est clair que depuis les deux attaques ayant secoué Paris, aucun pays n’est à l’abri de la terreur et nul endroit au monde n’est en sécurité aussi bien pour ses habitants que pour ses visiteurs.

Nous assistons à ce qui pourrait être qualifié de « mondialisation du terrorisme » puisque le réseau maléfique contre l’humanité n’hésite pas à sortir de ses foyers et s’exporter à l’étranger.

Pourquoi l’aéroport, quel symbolisme et quel message?

Un aéroport est un lieu à plusieurs facettes symboliques. C’est tout d’abord une des plus importantes infrastructures d’un Etat et de son pouvoir, c’est aussi la vitrine et le premier impact des visiteurs du pays en question, c’est en l’occurrence le miroir de toutes sortes d’échanges et de flux économiques, financiers et culturels, comme c’est le lieu virtuel représentatif des frontières entre pays et nations.

 Cible idéale pour le terrorisme…

Une attaque dans un aéroport met à nu les carences dans la riposte d’un Etat :  les failles sécuritaires, la capacité à protéger son tourisme, secteur déterminant de la croissance économique, en particulier pour un pays comme la Turquie. Elle vise surtout à dissuader les flux d’échange de toutes sortes de services à valeur ajoutée pour le pays d’accueil ses amis et partenaires et par ricochet, elle vise la mondialisation.

Le double objectif visé par une l’attaque hier soir à Istanbul : tout d’abord, terroriser les civils dans une tentative de les soumettre et leur démontrer la fragilité de l’Etat attaqué, mais aussi semer l’idée de « la peur de voyager » et de préférer toute activité de production et d’échange dans son propre pays et avec ses propres compatriotes.

« Que chacun reste chez soi et s’occupe de ses enfants » …

Tel semble être le message lancé au visage des citoyens du monde en arrière-plan d’une action terroriste contre un aéroport.

C’était presque ce même message que les votants pour le Brexit ont transmis il y a quelques jours, en avançant l’immigration et ses conséquences sur leur Nation et leur qualité de vie. C’est ainsi qu’un scrutin inattendu est venu secouer le monde et l’Union européenne pour réaffirmer l’insularité britannique et son aversion de l’immigration débridée. Nul ne peut reprocher aux citoyens d’un pays- incarnation de la démocratie par excellence- d’exprimer indirectement sa peur du présent et son espoir d’un avenir meilleur avec les siens et à l’intérieur de son pays et ses propres frontières.

Ces mêmes nations, historiquement porte-étendard des droits de l’Homme, ayant accueilli les extrémistes religieux de tous bords, rebroussent aujourd’hui chemin, touchés dans leur chair par ceux-là mêmes qu’ils avaient accueilli à bras ouverts au nom de la liberté …

Ironie du sort, voilà où en est l’humanité qui a voulu vivre sans barrières et depuis quelques décennies dans un grand village planétaire et qui a accouché d’un monstre comme le terrorisme mondial, ennemi irréductible de toute forme de rapprochement, de cohabitation et de tolérance entre les humains.

Fin de la mondialisation ou nouvelle guerre mondiale?

Assistons-nous donc à un début de la fin de la mondialisation? Serait-ce une nouvelle forme camouflée de guerre mondiale entre deux mouvements? D’une part celui qui défend la liberté extrême de vivre, de travailler et de se déplacer dans un espace commun planétaire, et d’autre part, celui qui réclame l’hégémonie de la notion Nation?

Le terrorisme a horreur de la mondialisation structurée et réglementée. Ses attaques visent à manipuler les peuples pour susciter en eux la peur de tout ce qui est idéologiquement ou culturellement différent. Ces mêmes pays qui ont largement défendu la mondialisation et œuvré à démanteler toutes les barrières entres les nations, retombent dans la xénophobie, dans un rejet général de l’ouverture sur les autres cultures, réclamant le cloisonnement comme protection identitaire.

La prophétie du Britanique Ken Loach, auquel le Festival de Cannes 2016 a décerné la Palme d’Or, se réalise : « Nous nous approchons de périodes de désespoir, dont l’extrême-droite peut profiter. Certains d’entre nous sont assez âgés pour se rappeler de ce que cela a pu donner… ».

Certes un autre monde est possible et nécessaire. Mais ce retour au cloisonnement identitaire, national, idéologique, culturel et économique vers quel monde nous amène-t-il?

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