Moral, préoccupations et perspectives des dirigeants d’entreprises

EY Tunisie publie le Baromètre des entreprises en Tunisie. Le Baromètre des entreprises en Tunisie 2016 en est à sa quatrième édition après les éditions de 2011, 2012 et 2014. Il s’agit d’un document de référence périodique, qui a pour but de scruter le moral, les préoccupations et perspectives des dirigeants d’entreprises.

Ce baromètre 2016 exprime et analyse les témoignages des chefs d’entreprise et leaders d’opinion sur la situation économique actuelle et le contexte d’ensemble durant cette période de transition mouvementée que connaît notre pays. Le baromètre s’articule autour d’une double analyse :

  • La synthèse, sur toute la durée de l’année 2015, de la vie des entreprises en Tunisie, suivant plusieurs lignes directrices résumées dans ce document;
  • L’analyse de la perception et des attentes des dirigeants d’entreprise et leaders d’opinion pour 2016 aussi bien de la sphère politique que des acteurs de la société civile et représentants du syndicat et du patronat.

Pour cette édition, l’étude a touché plus de 120 dirigeants et chefs d’entreprise de plus de 88 groupes et entreprises représentant plus de 130 000 salariés et un chiffre d’affaires cumulé de 16 000 millions de dinars.

A noter que le panel de participants ne cesse d’augmenter d’année en année, ce qui traduit la forte implication des dirigeants d’entreprise et leaders d’opinion dans la situation / devenir politico-économique du pays.

« La situation politique, économique et sociale reste pesante sur le potentiel des entreprises »

Si les dirigeants d’entreprises étaient 19% en 2014 à estimer que la situation politique était bonne, ils ne sont plus aujourd’hui que 15% à le penser. Malgré une stabilité politique apparente, les commentaires des dirigeants d’entreprises pointent la lenteur des réformes, l’absence d’un leadership prononcé, l’absence d’une vision stratégique sur le moyen et le long terme, ainsi qu’une prise de décision plus qu’approximative, comme les raisons de leur pessimisme vis-à-vis de la situation politique du pays.

ev conj poli 1Aux yeux des dirigeants d’entreprises, la situation économique et sociale reste mauvaise pour 90% d’entre eux, de même qu’en 2014. En revanche, les dirigeants sont beaucoup moins optimistes qu’en 2014. En effet, là où seuls 22% estimaient qu’en 2014 la situation allait se dégrader, ils sont devenus plus de 49% en 2016 à le prévoir.

12 mois1L’analyse des barrières et obstacles qui constituent un frein à l’investissement met en évidence les raisons principales qui restent du ressort des pouvoirs publics : la lourdeur administrative (pour 75% des interrogés), la corruption administrative (41%) et la législation du travail (33% des dirigeants interrogés). Les entreprises citent également le climat social général du pays (60% des interrogés) et la situation sécuritaire (57% des interrogés).

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« Malgré la conjoncture, les entreprises performent bien… voire très bien »

Depuis 2011, voire depuis l’année 2008, année de début de la crise économique mondiale, les entreprises tunisiennes évoluent dans un environnement fragilisé par de nombreux facteurs d’instabilité, qu’ils soient internes ou externes à la Tunisie. Au vu de ces facteurs et des analyses développées aussi bien par les experts économiques locaux que par les institutions internationales, il y avait lieu de s’attendre à des résultats contrastés, voire négatifs concernant la croissance des entreprises.

Contre toute attente, on observe une tendance positive d’évolution du chiffre d’affaires. En effet, plus de la moitié des entreprises tunisiennes (54%) connait une amélioration de son chiffre d’affaires en 2015, en légère baisse par rapport aux résultats du Baromètre 2014 (58%). Cette tendance est accentuée pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions de dinars, puisque 56% d’entre elles ont connu une amélioration du chiffre d’affaires contre 47% pour les autres entreprises.

A contrario, le chiffre d’affaires est en baisse pour près du quart des entreprises interrogées (24%).

Le Baromètre 2016 met en évidence des signes d’essoufflement des entreprises ainsi qu’un glissement vers les extrêmes des pyramides. Ainsi, elles sont 14% des entreprises à avoir connu une forte amélioration selon le Baromètre 2016 (contre 8% selon le baromètre 2014). En revanche, 11% des entreprises déclarent en 2016 avoir enregistré une forte baisse de leur chiffre d’affaires alors qu’elles n’étaient que 2% selon le baromètre 2014.

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« Des perspectives de stabilisation repoussées à plus de 3 ans… »

Les dirigeants interviewés sont moins optimistes qu’en 2014. Aujourd’hui, près d’un 1/3 fixe l’horizon de stabilisation de la conjoncture politique, économique et sociale à plus de cinq ans, alors qu’ils n’étaient que 12% en 2014. L’autre élément marquant du Baromètre 2016 est qu’ils sont plus du 1/3 également à estimer que la stabilisation devrait survenir à l’horizon de 3 à 5 ans.

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« Des attentes fortes pour concrétiser les 5 chantiers prioritaires »

En 2016, il s’agit clairement de la mise à niveau des services des administrations en liaison avec l’entreprise (douanes, BCT, etc.) pour plus de 8 entreprises sur 10. Parmi les autres transformations prioritaires, nous citons la refonte du cadre légal et institutionnel de l’investissement et de l’entreprise, la réorientation des avantages fiscaux et la modernisation du système éducatif et de la formation.

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Noureddine Hajji Associé Directeur Général EY Tunisie :

NOuredine Hajji1« Le baromètre EY, désormais rendez-vous incontournable pour exprimer la voix du secteur privé, fait ressortir dans cette version 2016 le décalage fort entre la réalité et les capacités de nos entreprises pour aller de l’avant, d’un côté, et le contexte politique, économique et social qui tire encore et encore vers le bas, de l’autre. Nos entreprises résistent à toutes sortes de débâcles depuis la révolution de 2011, même si des signes d’essoufflement commencent désormais à apparaitre. Malgré cela, elles continuent à faire de la croissance et à se projeter dans un avenir meilleur. Elles nous donnent de bonnes raisons d’espérer et nous font rêver de ce qu’elles sont capables de faire si les pouvoirs publics font juste ce qu’ils ont à faire. »

Sami Zaoui  Associé Advisory EY Tunisie :

zaoui sami1« Ambivalence est probablement le mot qui sied à la situation des entreprises implantées en Tunisie. Optimistes, elles le sont, puisque leur activité commerciale est favorablement orientée, qu’elles mènent tambour battant de nombreux projets internes à caractère stratégique ou opérationnel, et que l’investissement est une composante essentielle de leur feuille de route pour les années à venir. Pessimistes, elles le sont également à travers le regard sévère qu’elles portent sur les perspectives d’évolution de la situation politique, mais surtout économique et sociale de notre pays. Le baromètre EY 2016 constitue ainsi leur porte-voix et les messages-clés qu’elles souhaitent adresser sont, on ne peut plus explicites : l’intérêt national doit primer sur les intérêts corporatistes et le climat d’affaires doit être amélioré, ce qui donnera des ailes à nos valeureuses entreprises. »

 

 

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