Dixième congrès du mouvement Ennahdha : le bal des piranhas

gouvernement d'union

Il est patent que l’ambition personnelle s’avère être le moteur essentiel, sinon unique, des dilettantes de tous bords de la politique. On peut objecter que la politique a souvent été un choix privilégié par les prétentieux et les arrivistes assoiffés de pouvoir et de richesses. Sans exclure qu’il existe aussi de rares militants croyant en des idées et cherchant simplement à les faire prévaloir.

Le temps des «monachistes laïques» dévoués à leur patrie semble révolu, car la plupart des affidés aux partis ont des arrière-pensées plutôt utilitaristes. Ils sont le reflet indigne du vulgum pecus sur le plan moral.

La scène politico-médiatique a vécu ces dernières semaines sur l’évènement qui symboliserait une «métamorphose copernicienne» d’un parti dont le fonds de commerce est et demeure la religion, à savoir le congrès d’Ennahdha! Le spectacle des conviés choisis qui paradent avec ravissement, suscite un sentiment de déréliction chez le citoyen lambda qui regarde avec consternation un show bollywoodien analogue aux rassemblements mauves que les islamistes se complaisent à exhiber. Une occasion pour impressionner le bon peuple et les opportunistes prêts à sortir du bois. Du beau monde, ces politiciens qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à ces édiles byzantins du 15e siècle qui discouraient sur le sexe des anges quand tout autour d’eux s’écroulait!

Telle est la pièce tragi-comique qui se joue en ce moment. Celui qui a posé sa candidature pour être le président des Tunisiens et s’était engagé à sauver le pays de l’islamisme comme le souhaitait un électorat éclairé, une fois calé sur le fauteuil si convoité, entreprend un virage sur l’aile, n’hésitant pas à donner sa «bénédiction» de chef de l’Etat à ce même mouvement qu’il a combattu auparavant! Une aporie obscure! Pour l’Histoire, il aura ainsi permis à une confrérie équivoque de mieux s’incruster, en mettant un pied dans la porte, puis de la forcer insidieusement pour s’introduire dans l’enceinte républicaine, et un jour de pousser le bénéficiaire actuel vers la sortie, en la verrouillant pour des décennies. Et ce n’est qu’un début.

Face à un vide politique sidéral offrant une vraie alternative, Ennahdha roule des mécaniques et s’évertue à poursuivre ses finasseries pour la mise en coupe réglée de tout le pays. Pour ceux qui voient clair dans son manège, toutes ces manœuvres déployées à travers les démonstrations de force, les gesticulations théâtrales, les discours doucereux, les arguties patelines, les subtilités fourbes, ne sont qu’artifices destinés à gruger son monde pour mieux régner.

Dans un récent entretien au journal français Le Monde, Ghannouchi considère qu’Ennahdha est devenu «un parti politique, démocratique et civil, qui a un référentiel de valeurs musulmanes et modernes », estimant que l’islam politique a été «défiguré» par l’extrémisme. De belles paroles servies à ceux qui veulent bien y croire! La dernière sublime illumination est ce que les caciques appellent «séparation entre la prédication et le volet politique». De quelle séparation parlent-ils? Ce qui est réclamé par la société civile et les personnes avisées de ce pays, c’est carrément une coupure totale entre le politique et le religieux, un refus catégorique du mélange des genres.

Faut-il réitérer que ce qui porte le pouvoir d’un parti s’adossant sur la religion serait d’essence «divine ». Son pouvoir d’attraction permet de séduire et de s’emparer de certaines consciences. Par ailleurs, le parti qui s’en réfère est formé de personnes vulnérables avec des tentations, des ambitions, des intérêts, des calculs, des alliances qui ne peuvent s’accorder avec le sacré sans le profaner. Cette exploitation scélérate des élans de la foi par des politiques relève de la supercherie. De quel droit s’érigent-ils en fondés de pouvoir de Dieu? Le recours à la religion, qui est le dénominateur commun d’un peuple dans le champ politique est absolument une escroquerie.

Au lieu d’user de ces procédés sinueux qui prêchent un cheminement trompeur et des approches falsificatrices qui insultent l’intelligence de tous, pourquoi ne pas opter pour une véritable mutation authentique à la loyale. Elle se traduirait par des décisions sans équivoque, gages de bonne volonté, par l’annonce de quelques engagements qui démontreraient une réelle volonté de devenir un parti politique, démocratique et civil crédible :

  • Appliquer le principe de l’abandon de toutes formes d’exploitation de la religion musulmane
    dans les activités politiques du parti, même à travers des associations qui servaient de
    courroies de transmission et d’utilisation des mosquées pour la propagande;
  • Mettre fin clairement et irréversiblement à la relation avec l’organisation des Frères
    Musulmans;
  • Rompre avec «l’Union des oulémas musulmans» et fermer sa représentation en Tunisie,
    dirigée par Abdul Majid al-Najjar. La relation entre les membres de cette organisation et les
    Frères musulmans est forte, elle en est l’interface;
  • Couper toute relation et soutien aux milices dites «ligues de protection de la révolution»,
    considérées à un moment donné par un dirigeant d’Ennahdha comme «la conscience vive de la
    nation» !
  • Abandonner nettement toute branche secrète clandestine du mouvement.

Sans une volonté affirmée de tourner définitivement la page d’une secte inquiétante avec des alliances extérieures suspectes, vers un parti en symbiose avec la société tunisienne, il n’est pas question d’admettre une formation politique qui se fait l’outil destiné à mettre en miette le modèle social et qui chercherait à établir une société théocratique. Les tergiversations, les arrière-pensées, la démagogie et la mystification qui ont caractérisé cette manifestation peuvent frayer la voie aux aventures les plus dangereuses.

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